Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

PROUST À L'ÉCOLE 6 : séance 4 : La madeleine, un petit gâteau pour un grand succès

Publié le 1 Novembre 2019 par proust pour tous in Proust à l'école

Séance 4 : À la découverte de l’univers proustien

Objectif général : Donner envie de lire À la recherche du temps perdu de Marcel Proust à des collégiens de 3e, en établissement REP.

Le point du programme : Se chercher, se construire, se raconter, se représenter

La problématique : « Chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même » (Proust) ou comment l’œuvre de Marcel Proust peut-elle nous apprendre à comprendre la vie et à réfléchir sur elle ?

 

Séance 4 : La madeleine, un petit gâteau pour un grand succès (Peut-être en faire au collège ?)

 

  Extrait :  La madeleine de Proust, p. 118-123

Compétence du socle visée :

- Lire, comprendre et interpréter des textes littéraires en fondant l’interprétation sur quelques outils d’analyse simples.

 

 

 

 

 

L’avis de Jérôme Bastianelli,

président de la Société des amis de Marcel Proust

 

La Madeleine de Proust ? Ce passage du Côté de chez Swann est tellement représentatif de l’œuvre de Proust qu’il est devenu une expression à part entière, et on demande souvent à quelqu’un quelles sont ses « madeleines de Proust » pour lui faire avouer quelles impressions du présent lui rappellent son passé. Ce qu’on oublie fréquemment, c’est que pour Proust, l’effet miraculeux qui nous fait traverser les années ne se produit que si l’on ne s’y attend pas. Si le héros de son roman, celui qu’on appelle le Narrateur, prenait une madeleine dans le but précis de se souvenir de sa jeunesse, il resterait à la surface des choses, enfermé dans ce que son esprit, sa « mémoire volontaire », lui dicterait. Proust explique que les heures de notre passé sont « mortes pour l’intelligence », ce qui signifie qu’il ne faut pas laisser notre pensée nous guider pour les retrouver, mais au contraire faire confiance à nos sensations, sans y réfléchir. Du coup, il convient de s’armer de patience, car il faut attendre que ces sensations libératrices viennent à notre rencontre, à l’improviste, sous la forme d’un aliment, d’une odeur, d’une forme, d’une musique… On passe peut-être chaque jour à côté d’un objet qui, si on le remarquait, nous transporterait dans notre enfance. Pourtant, aujourd’hui, grâce à la radio par exemple, les effets de « mémoire involontaire » sont sans doute plus fréquents qu’à l’époque de Proust : il n’est pas rare qu’en entendant soudainement une chanson que l’on avait oubliée, on se rappelle intensément une période de notre vie à laquelle on n’avait plus songé depuis longtemps. Qui, en effet, peut dire que cela ne lui est jamais arrivé ?

 

 

L’avis de Lilia Hassaine,

 romancière

 

Cet épisode de la madeleine, le plus célèbre, m’émeut à chaque fois pour son caractère poétique et philosophique. Poétique, car Proust expose que « l’édifice immense du souvenir » peut reposer sur une « gouttelette impalpable », autrement dit : Les plus grandes émotions naissent souvent  d’un détail, d’un geste, d’une sensation... qu’on croyait avoir oubliés. L’oubli fait partie de la mémoire, il ne la contredit pas. On peut verser des larmes en respirant un parfum qui appartenait à quelqu’un qu’on aimait, et qu’on n’avait pas senti depuis des années. C’est cette idée très proustienne (et si joliment décrite) que la sensation l’emporte sur toute forme de logique, que l’amour naît de petits riens inconscients, que le temps perdu n’est jamais perdu... car on peut retrouver des sensations du passé grâce à la lecture, grâce à l’écriture. La madeleine, c’est ce petit gâteau qui symbolise si bien l’envie d’écrire. L’envie de chercher quelque chose d’enfoui en nous-mêmes, pour le déplier, pour le faire revivre. Chaque écrivain a sa madeleine, un sentiment ou une personne qu’il cherche à retrouver, à ressusciter.

 

 

Observez et aidez-vous simplement des questions pour dégager l’intérêt du texte :

 

1/ De manière générale, de quoi parle Marcel Proust dans cet extrait ? (Savoir repérer le thème du texte) Reformulez avec vos mots ce qui s’y passe (ce travail pourra faire l’objet d’une mise en commun à l’oral afin de corriger d’éventuelles mauvaises compréhensions)

2/ Après avoir lu cet extrait, découpez-le en 3 parties afin d’en dégager les mouvements successifs. Donnez-leur un titre précis qui rendra compte du texte.

3/ Quels sont les temps verbaux que vous reconnaissez dans ces trois parties ? Donnez-en la valeur ? (Proposez une distinction entre les temps du passé du début du texte (« Il y avait déjà bien des années ») et ceux que vous rencontrez à la fin : « ce jour-là je ne sortais pas », « quand j’allais lui dire bonjour ») 

4/ Dans quel état d’esprit se trouve le narrateur dans les premières lignes ? Relevez des termes qui le prouvent.

5/À partir de quel moment intervient un changement ? Qui le provoque ? Qu’est-ce qui le provoque ?

6/ À la suite de ce changement, quels sens sont convoqués ? Soyez précis dans votre relevé.

7/ Quelle figure de style reconnaissez-vous ici : « petit coquillage de pâtisserie » ? À votre avis, pourquoi cette appellation ?

8/ Par quels autres moyens le narrateur évoque-t-il ce « petit coquillage de pâtisserie » ? Comment apparaît-il tout au long du texte ?

9/ Finalement, que provoquent ce premier « choc » et toutes ces émotions éprouvées dans l’esprit de Marcel ?

10/ « le dimanche matin » « avant l’heure de la messe » « avant déjeuner » : Quelle est la fonction grammaticale dans ces trois expressions ? Que montrent-elles de la vie du petit Marcel ? Était-il un enfant dissipé ? Justifiez votre réponse.

11/ Relevez l’indice qui permet de situer la scène géographiquement ? À quoi cela vous fait-il penser ?

12/ Relevez les périphrases qui désignent la maison de son enfance. Comment peut-on la percevoir ? Est-elle une maison sombre ? Justifiez votre réponse ?

13/ Finalement, qu’a provoqué ce petit gâteau « dodu » chez le narrateur ? Qu’a-t-elle permis aussi à l’écrivain Marcel Proust de faire ? Rappelez-vous de ce que vous avez lu à propos des « clochers de Martinville ».

*

**

 

Il existe une bande dessinée de Stéphane Heuet (1998), Combray, tome 1, qui retrace grâce à des vignettes le texte que vous avez lu. Comment le dessinateur a-t-il joué sur les formes de cette planche pour rendre les émotions du narrateur ?

 

Reconnaissez-vous les étapes du récit sur cette planche de bande-dessinée ?

 

Réécriture :

Compétence du socle visée :

  • Mobiliser les connaissances orthographiques, syntaxiques et lexicales en rédaction de texte dans des contextes variés

Récrivez le début de l’extrait au présent de l’indicatif et en considérant le narrateur comme narrateur externe :

« Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n'était pas le théâtre et le drame de mon coucher n'existait plus pour moi, quand un jour d'hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j'avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d'abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine. »

*

**

Texte en écho : « Oui, les mots, ma patrie, les mots, ça console et ça venge » (A. Cohen)

 

Albert Cohen (1895-1981), Le Livre de ma mère (1954)

La mère de l’auteur est décédée en 1943. Le livre que l’auteur écrit lui est dédié, mais lui, il se souvient d’elle et s’imagine qu’elle pourrait être encore là, à ses côtés. Le texte reconstruit grâce à l’art de l’écriture l’image de cette mère fantasmée. Le texte mélange alors subtilement le passé et le présent de l’écrivain alors même que sa mère n’a pas pu assister à ses premiers succès littéraires. Le conditionnel donne une force certaine à cette écriture autobiographique.

Tout éveillé, je rêve et je me raconte comment ce serait si elle était en vie. Je vivrais avec elle, petitement, dans la solitude. Une petite maison, au bord de la mer, loin des hommes. Nous deux, elle et moi, une petite maison tordue, et personne d’autre. Une petite vie très tranquille et sans talent. Je me ferais une âme nouvelle, une âme de petite vieille comme elle pour qu’elle ne soit pas gênée par moi et qu’elle soit tout à fait heureuse. Pour lui faire plaisir, je ne fumerais plus. On vaquerait gentiment, elle et moi, aux besognes du ménage. On ferait la cuisine avec de petites réflexions genre « je crois vraiment qu’un peu, mais très peu, de chicorée améliore le café » ou « il vaut mieux saler pas assez que trop, on est toujours à temps ». Avec la cuiller de bois, je ferais des tapotements, comme elle. Deux vieilles sœurs, elle et moi, et pendant que l’une égoutterait les macaronis, l’autre râperait le fromage. On balayerait tout en bavardant, on ferait briller les cuivres et, quand tout serait fini, on s’assiérait. On se souriait d’aise et de camaraderie, on soupirerait de bonne fatigue satisfaite, on contemplerait avec bonheur notre ouvrage, notre cuisine si propre et ordonnée. Par amour et pour lui plaire, j’exagérerais ma satisfaction. Et puis on boirait du café chaud pour se récompenser et, tout en le sirotant, elle me sourirait à travers ses lunettes heurtant le bord de la tasse. On aurait quelquefois des fous rires ensemble. On se rendrait tout le temps des services souriants et menus. Le soir, après le dîner et lorsque tout serait en ordre, on causerait gentiment au coin du feu, elle et moi, nous regardant gentiment, deux vraies petites vieilles, si aimables et confortables et sincères, deux petites reinettes, deux malignes et satisfaites, avec pas beaucoup de dents mais bien coquines. […] Ma mère et moi, copains jurés, causant ensemble, ensemble éternellement. […]

Je lève la tête, je me regarde dans la glace et, tandis que parle le bonhomme de la radio, je me regarde écrire, doux, sage comme une image, avec une figure soudaine presque gentille, absorbé, privé de poids, souriant un peu, tenant légèrement la feuille de la main gauche tandis que la droite trace enfantinement. Ce type qui écrit avec tant de soin et d’amour et qui va mourir bientôt, j’ai un peu pitié de lui. »

 

 Avis de Laurent Angard, professeur de lettres au collège Lamartine (Bischheim 68)

Ce texte d’Albert Cohen n’est pas une réminiscence comme on a pu le découvrir dans le texte de Marcel Proust, mais il relève aussi du souvenir, celui d’une mère aimée et pourtant tyrannique. Elle n’est plus et cependant, lui, l’homme, l’écrivain qu’il est devenu, s’imagine être encore à côté d’elle. La puissance de la littérature ici nous ouvre les portes d’un fantasme, celui de vivre encore un peu auprès de l’être adoré. Il « rêve », dit-il, dès la première phrase, et il « raconte » : seul le roman a ce pouvoir. Tout réside dans ces deux petits mots : un monde surgit – comme dans le texte de Proust ! Mais un monde virtuel et potentiel, marqué par la tendresse des mots (les deux petites vieilles, comme le romancier l’écrit avec humour ou « Maman et moi, copains jurés »), par le foisonnement des conditionnels qui rythment ce souvenir-fantasme. Et quand le présent, à la fin du texte, revient…le ton change. L’écrivain est devant son miroir. Il est l’adulte qui raconte une tranche de vie, la sienne, réelle ou pas, peu importe finalement – les « je » actualisent ces moments. Les mots ont couru sur la page blanche et eux seuls sont capables alors de mélanger le passé, le présent, et un peu de cet autre temps, un temps qui rend les choses et les êtres potentiellement présents…

 

Travail d’écriture :

Compétences du socle :

  • Exploiter les principales fonctions de l’écrit : Comprendre le rôle de l’écriture
  • Pratiquer l’écriture d’invention

Ce récit dans lequel la madeleine joue un rôle essentiel dans la vie du narrateur est très connu, car ce petit gâteau a provoqué chez lui ce que l’on nomme une réminiscence (du latin reminiscentia, de reminisci (« se souvenir »), de memini (« avoir présent à l’esprit ») ; apparenté à mens (« esprit »)). Un souvenir involontaire lié à une odeur, un bruit, un goût qui nous projette dans notre passé et qui nous rappelle de bons moments.

À votre tour, racontez un souvenir involontaire qui a été provoqué par l’un de vos cinq sens. Ce souvenir peut être un souvenir scolaire, un souvenir d’un événement familial, d’un moment de bonheur avec un être important, une rencontre particulière…

Vous pouvez, par exemple, imaginer que surgit devant vous un objet que vous retrouvez dans une vieille armoire d’une personne qui vous est chère. Cet objet va vous rappeler sans que vous vous y attendiez un souvenir involontaire…

Consignes :

  • Précisez les circonstances en introduction
  • Introduisez la description rapide d’un lieu, d’un personnage, d’un décor…
  • Vous pouvez, si vous le souhaitez, introduire des paroles rapportées.
  • Utilisez les temps du passé et éventuellement le présent de narration
  • Introduisez quelques commentaires au présent (moment de l’écriture)

Vous pouvez aussi vous servir de certaines expressions :

  • Le déclenchement du souvenir :
    • « Je me souviens qu’un jour » ; « si mes souvenirs sont justes » ; « voici comment les choses se passèrent » ; « autant que je me souvienne »…
  • L’ouverture du récit :
    • « je devais avoir un peu plus de X ans lorsque » ; « c’était en janvier que » ; « la scène me frappa au point que je crois bien n’avoir pas oublié le moindre détail » ; « ce fut pendant l’été que » ; « l’année de mes X ans »…
  • Les commentaires du narrateur (de vous)
    • « au moment où j’écris ces lignes, je m’interroge encore » ; « j’ai compris depuis que c’est difficile pour un enfant de … » ; « oh ! la belle journée ! » ; « combien de fois ai-je pensé à elle ou à lui »…

*

**

 

Nous avons demandé à Anne Noblot de se prêter à l’exercice. Médecin en semaine et autrice le week-end à Dunkerque, elle a déjà écrit 12 livres, dont les actions se passent le plus souvent dans le Nord de la France. Elle butine un peu tous les genres : nouvelles, poésie, polar, littérature jeunesse, et roman. Ses préférences vont aux nouvelles, avec une écriture qui touche à l'intime et au quotidien, réservant une petite place à l'humour :  il faut savoir sourire pour affronter la vie.

« J'aime Proust, dit-elle, pour ses phrases longues qui font cheminer la pensée, ses souvenirs d'enfance si nets et si tendres, son élégance, son regard parfois cruel, voire moqueur sur une "Belle Époque" tellement soucieuse des convenances et si peu d'humanité. »

Voilà sa « rédaction »…

 

Le parfum de la maîtresse

 

C’était une après-midi comme une autre, une sortie shopping entre filles. Caroline et moi avons nos petites habitudes, à vrai dire : la librairie rue Thorez, le Monop place Voltaire, un café chez Mélanie à la brasserie de la paix… un circuit bien rodé, des adresses qui nous enchantent, des ambiances que l’on retrouve avec le plaisir des habituées, le petit parcours sans faute d’un bon moment entre amies.

Ce samedi-là, Caroline, qui devait se réapprovisionner en make-up (elle parle franglais à longueur de temps), m’a emmenée à la parfumerie du centre commercial Longchamp. C’est une grande boutique où je ne mets jamais les pieds, je me fournis en maquillage au rayon cosmétique des grands magasins, et mon eau de toilette (toujours la même depuis 10 ans) m’est offerte à Noel et à mon anniversaire par mon mari… c’est vraiment la routine, me direz-vous, mais il se trouve que j’aime la routine, moi.

En entrant dans le hall du centre commercial, toutes les odeurs se mêlent : celle des gaufres au sucre glace du pâtissier dès l’entrée, celle de la foule qui piétine, et dès qu’on entre chez Sapho (la parfumerie en question), on est assailli par une multitude de parfums qui s’entremêlent, c’est à la fois enivrant et déroutant, toutes ces fragrances qui n’en font plus qu’une, qui tournoient comme un nuage, nous enveloppent comme une brume…

J’ai laissé Caro à ses emplettes (elle passe toujours un temps fou à choisir, comparer, discuter avec les vendeuses) et je me suis promenée au hasard des rayonnages de parfums, au milieu de tous ces jolis coffrets multicolores, bien alignés, enveloppés de cellophane brillante dans cette nuée de fragrances qui flottent dans l’air climatisé et le brouhaha des clients disséminés partout.

Des petits testeurs sont disposés en bordure des étagères et je me suis amusée à découvrir quelques parfums inconnus, au hasard. Le premier, métallique et urbain, ne m’a guère séduite. Le second, trop capiteux, m’a presque fait éternuer. Quant au troisième…  Il s’appelait Casaque, très floral, avec une touche de jasmin, mais pour moi, il était l’empreinte douce d’un souvenir oublié. Je me suis retrouvée assise à mon pupitre, occupée à broder au point de croix un abécédaire. Je n’avais même pas encore 6 ans, et à la rentrée au cours préparatoire, les petites filles apprenaient à broder… Je n’étais vraiment pas douée en travaux manuels, il faut le dire, et la maitresse vint à mon secours de nombreuses fois pour reprendre une bêtise, dénouer un fil à broder tout emmêlé ou bien m’aider à enfiler l’aiguille… Elle se penchait alors sur moi, m’épaulait, guidait parfois mes mains maladroites de petite fille pataude, sans jamais s’impatienter, avec douceur et adresse. Et son parfum enveloppait cette gestuelle d’apprentissage, tout me revenait à présent, c’était donc celui-là : Casaque de Jean d’Albret. Romantique et floral, dit l’étiquette. Bien plus que cela pour moi : le parfum de ma tendre enfance, le parfum de la maitresse… Je revois mon petit canevas carré bordé d’un ruban rouge, et toutes les lettres de l’abécédaire, l’écheveau de coton, l’aiguille au chas ovale, et puis toute la classe, les pupitres, les affiches, le tableau, les cartes de géographie, l’estrade… tout me revient par la grâce de ce petit flacon au parfum si évocateur.

Ma mémoire est comme une grande commode pleine de tous petits tiroirs, si minuscules qu’on en oublie l’existence. Mais il suffit d’un parfum, ou parfois d’une musique, ou du goût savoureux d’un mets en bouche, et les tiroirs s’ouvrent, révélant les trésors de mes souvenirs. Ils sont tous là, mes souvenirs, dans le ventre de la commode : ils y dorment. Et parfois ils se rappellent à moi. Et je mesure alors le pouvoir infini de la mémoire. Et vous tous, comme moi, possédez tous ces trésors. Ils sont votre richesse, toute votre vie.

*

**

Dans son autobiographie, Le Voile noir, Anny Duperey se penche sur son enfance marquée par la disparition accidentelle de ses parents alors qu'elle n'avait que huit ans et demi.

Aidez-vous de ce texte, et surtout de la manière dont elle joue avec le mot réminiscence pour commencer son récit. En jaune, ce qui pourrait vous servir pour votre rédaction.

« Les maillots qui grattent »

« Oh ! Une réminiscence ! Un vague, très vague souvenir d'une sensation d'enfance : les maillots tricotés main qui grattent partout lorsqu'ils sont mouillés… Ce n'est pas le plus agréable des souvenirs mais qu'importe, c'en est au moins un.

Et je suis frappée de constater encore une fois, en regardant sur ces photos* les vêtements que nous portons ma mère et moi, que tout, absolument tout, à part nos chaussures et les chapeaux de paille, était fait à la maison. Jusqu'aux maillots de bain.

Que d'attention, que d'heures de travail pour me vêtir ainsi de la tête aux pieds. Que d'amour dans les mains qui prenaient mes mesures, tricotaient sans relâche. Est-ce pour me consoler d'avoir perdu tout cela, pour me rassurer que je passai des années à fabriquer mes propres vêtements, plus tard ?

Et puis qu'importe ces histoires de vêtements, de maniaquerie couturière, et qu'importe cette si vague réminiscence des maillots qui grattent, si fugitive que déjà je doute de l'avoir retrouvée un instant… Ce qui me fascine sur cette photo, m'émeut aux larmes, c'est la main de mon père sur ma jambe. La manière si tendre dont elle entoure mon genou, légère mais prête à parer toute chute, et ma petite main à moi abandonnée sur son cou. Ces deux mains, l'une qui soutient et l'autre qui se repose sur lui.

Après la photo il a dû resserrer son étreinte, m'amener à plier les genoux, j'ai dû me laisser aller contre lui, confiante, et il a dû me faire descendre du bateau en disant "hop là", comme le font tous les pères en emportant leur enfant dans leurs bras pour sauter un obstacle.

Nous avons dû gaiement rejoindre ma mère qui rangeait l'appareil photo et marcher tous les trois sur la plage. J'ai dû vivre cela, oui…

La photo me dit qu'il faisait beau, qu'il y avait du vent dans mes cheveux, que la lumière de la côte normande devait être magnifique ce jour-là.

Et entre mes deux parents à moi, si naturellement et si complètement à moi pour quelque temps encore, j'ai dû me plaindre des coquillages qui piquent les pieds, comme le font tous les enfants ignorants de leurs richesses. »

  • Dans son livre, l’auteure insère cette photo, où on la voit « en maillot de bain qui gratte », accompagnée de son père.

Photographie de Lucien Legras (c’est le père d’Anny Duperey)

Le Voile noir, Paris, éd. du Seuil, 1992, p. 150

*

**

Votre petit coin cuisine, avec votre livre de grammaire…

Compétence du socle visée :

  • Maîtriser le fonctionnement du verbe et son orthographe.

 

 

 

 

 

Voici la véritable recette de la madeleine de Proust.

Pour 18 madeleines environ

Préparation : 10 minutes

Cuisson : 5 à 6 minutes

 

Ingrédients

125 g de beurre + 15 g pour les moules

125 g de farine

3 œufs

125 g de sucre en poudre

½ sachet de levure chimique

1 zeste de citron

1 pincée de sel

Ustensiles

 

1 robot ou batteur électrique

1 tamis pour la farine

1 râpe

1 moule à madeleines

1 pinceau à cuisiner

 

 Les étapes :

  • Sortir le beurre à l’avance pour le laisser ramollir
  • Préchauffer le four à 210° C (th. 7)
  • Laver et sécher le citron et en râper le zeste
  • Faire fondre les 15 g de beurre et en enduire les moules avec le pinceau à cuisiner
  • Verser dans un saladier le sucre en poudre et le beurre ramolli
  • Battre au batteur et ajouter le zeste de citron
  • Dans un autre bol, battre les œufs en omelette puis les ajouter à la première préparation
  • Ajouter ensuite la farine, le sel et la levure en les tamisant
  • Continuer de battre pour obtenir un mélange très lisse
  • Remplir les moules aux 2/3 en s’aidant de deux grandes cuillères
  • Enfourner pour 8 à 10 min
  • Sortir les madeleines du four, les laisser refroidir 5 à 10 minutes et les démouler pour les laisser refroidir

 À la manière d’un grand pâtissier, amusez-vous à donner des conseils pour la fabrication de ces petits gâteaux dodus. Conjuguez à l’impératif présent, 2ème personne du singulier puis du pluriel, les verbes à l’infinitif …

Ex : sortir le beurre… Þ sors le beurre…sortez le beurre…

 

Bon appétit et bonne lecture

 

La madeleine, un petit gâteau pour un grand succès

Commenter cet article
A
Magnifiques avis de Jérôme Bastianelli et la romancière talentueuse Lilia Hassaine
Répondre