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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

PROUST À L'ÉCOLE 3 : À la découverte de l'univers proustien (suite)

Publié le 30 Septembre 2019 par proust pour tous in Proust à l'école

le livre, base de cet enseignement de Proust

 

Séance 3 : À la découverte de l’univers proustien

Objectif général : Donner envie de lire À la recherche du temps perdu de Marcel Proust à des collégiens de 3e, en établissement REP.

Le point du programme : Se chercher, se construire, se raconter, se représenter

La problématique : « Chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même » (Proust) ou comment l’œuvre de Marcel Proust peut-elle nous apprendre à comprendre la vie et à réfléchir sur elle ?

 

Lecture et écriture de Marcel Proust (ses œuvres)

 

 

• Extrait :  Sculpture et cuisine p. 105

En guise d’introduction, lisez ce texte.

Françoise, personnage secondaire, mais important dans À la recherche du temps perdu, dresse de Paris un hymne à sa patronne de Combray, disparue alors, mais toujours vivante, éternelle comme une antique divinité de l’abondance.

 

        Oui, chez Mme Octave, ah ! une bien sainte femme, mes pauvres enfants, et où il y avait toujours de quoi, et du beau et du bon, une bonne femme, vous pouvez dire, qui ne plaignait pas les perdreaux, ni les faisans, ni rien, que vous pouviez arriver dîner à cinq, à six, ce n’était pas la viande qui manquait et de première qualité encore, et vin blanc, et vin rouge, tout ce qu’il fallait. (…) Tout était toujours à ses dépens, même si la famille, elle restait des mois et années. (…) Ah ! je vous réponds qu’on ne partait pas de là avec la faim. Comme M. le curé nous l’a eu fait ressortir bien des fois, s’il y a une femme qui peut compter d’aller près du bon Dieu, sûr et certain que c’est elle. Pauvre Madame, je l’entends encore qui me disait de sa petite voix : « Françoise, vous savez, moi je ne mange pas, mais je veux que ce soit aussi bon pour tout le monde que si je mangeais. » (1)

  1. Dans Le Côté des Guermantes, partie 1.

*

**

Observez et aidez-vous simplement des questions pour dégager l’intérêt du texte :

  1. Quelle est la tonalité de cette réplique ?
  2. Quelle vertu semble être accordée à Mme Octave par Françoise ?
  3. Montrez à travers le texte, que la cuisine pour Françoise est un art.
  4. Qu’est-ce qui est surprenant dans la réponse de Mme Octave ? Expliquez simplement.

Compétence du socle visée :

-Lire, comprendre et interpréter des textes littéraires en fondant l’interprétation sur quelques outils d’analyse simples.

Graine de culture 

Proust a sans doute lu les œuvres de Jean Anthelme Brillat-Savarin (1755-1826) qui était un gastronome et un critique culinaire. Dans À la recherche du temps perdu, la cuisine tient une place importante, et nombreux sont ceux qui ont tenté de cuisiner les menus de Françoise, comme « cette salade d’ananas et de truffes (1) » qui a fait couler tant d’encre…

  1. Dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs, partie 1.

L’avis de Luc Fraisse, spécialiste de Proust

professeur à l’université de Strasbourg

On se demande si la composition de cette salade reflète une recette raffinée de la Belle Epoque, ou constitue une fantaisie comique de la part de Proust. Une telle salade en tout cas coûte fort cher : une petite portion de truffe et un ananas (on les faisait venir des Etats-Unis à l’époque) coûtent chacun l’équivalent de 20 kg de pain. Ce mélange de salé-sucré n’était pas du tout à la mode, dans la gastronomie française traditionnelle. Il faut mettre très peu de truffe dans l’ananas, sinon elle donne au dessert un goût de terre. L’invité d’honneur, le marquis de Norpois, qui est un ambassadeur, fait un accueil mitigé à ce dessert raffiné : pas un mot, pas une expression, et il suggère qu’il en reprend contraint et forcé.

 

Dans le livre Proust, La Cuisine retrouvée d’Anne Borrel, Alain Senderens et Jean-Bernard Naudin, on trouve une recette de la salade d’ananas et de truffes :

« On ne se gênait guère pour l’envoyer quérir dès qu’on avait besoin d’une recette […] de salade à l’ananas… » (« Du côté de chez Swann »)

Salade d’ananas et de truffes

Ingrédients : 1 ananas frais, 1 truffe fraîche, 1 boîte de jus de truffe.
Épluchez l’ananas et coupez-le en tranches fines. Ôtez le centre.
Passez la truffe à l’eau claire et coupez-la également en tranches fines.
Dans un saladier de verre, intercalez les tranches d’ananas et les tranches de truffe. Recouvrez le saladier d’un film alimentaire. Mettez à rafraîchir pendant 2 heures, en remuant le saladier de temps en temps, avec douceur, afin que l’ananas s’imprègne délicatement du fumet de la truffe.

 

Travail d’écriture

 

Compétences du socle :

  • Exploiter les principales fonctions de l’écrit : Comprendre le rôle de l’écriture
  • Pratiquer l’écriture d’invention

À votre tour, inventez ou inspirez-vous d’une recette de cuisine (une de celles que vous faites ou que font vos parents), en la transformant en un véritable chef d’œuvre. Vous pourriez commencer ainsi :

 

« Quand je rentrais du collège, ma mère (ou une autre personne) me préparait mon plat préféré. J’aimais la regarder quand … » 

*

**

 

Si vous rencontrez des difficultés à la rédaction du sujet, voici un texte qui pourra vous aider.

 

 

Eugène Le Roy, Jacquou le Croquant (1899)

 

Lina se préparait à faire du pain et je la regardais faire […] D’abord, elle arrangea son mouchoir de tête de manière à cacher tous ses cheveux, puis elle releva ses manches jusqu’à l’épaule et se savonna bien les bras et les mains à l’eau tiède, et après les rinça à l’eau froide, que je lui faisais couler dessus avec le tuyau du godet. Ensuite, s’étant bien nettoyé les ongles, elle prépara le levain, vida de la farine, puis de l’eau chaude et commença à pétrir. C’était une joie de la voir faire : elle maniait d’abord la farine, la mêlant à l’eau tout bellement ; puis, quand la pâte fut liée, elle la prenait comme à brassées, la soulevait et la rejetait fortement dans la maie (1). Ses beaux bras ronds, un peu hâlés au-dessus du poignet, d’un joli blanc rosé plus haut, s’enfonçaient vigoureusement dans la pâte qui collait à la peau, gluante, et qu’elle détachait avec son doigt en ratissant. « Ah ! me pensais-je en la voyant ainsi, quel plaisir de planter le couteau dans la tourte enfarinée, de manger le pain savoureux de sa ménagère, ce pain qu’elle a fait de ses mains […] ! Quel bonheur de communier autour de la table de famille, enfants et tous, avec ce pain de bon froment dans lequel elle a mis, pour ainsi parler, quelque chose de son affection ! »

(1) Meuble où l’on range la farine et le levain.

 

Dégagez le sens de ces expressions, en faisant des phrases. Portez une attention toute particulière sur les mots « don » et « méthodes » :

  1. « pour lequel elle avait certainement un don »
  2. « selon des méthodes sues d’elle seule »

À partir de vos réponses, que pourrions-nous penser de la cuisine de Françoise ?

*

**

Observez et aidez-vous simplement des questions pour dégager l’intérêt du texte :

 

1/ À votre avis, qui est Françoise ? Citez le texte.

2/ Montrez par un relevé lexical que la cuisine que propose Françoise est tout un art ?

3/ À qui est-elle comparée ? Faites une recherche sur cet artiste.

4/ Par quel adjectif pourriez-vous qualifier ce texte ? Pourquoi ?

 

Compétence du socle :

  • Élaborer une interprétation de textes littéraires
  • Lire des textes variés avec des objectifs divers

L’avis de Laurence Grenier :

Le texte ne présente pas de difficulté particulière et l’on reconnait bien ici les phrases proustiennes comme nous l’avons déjà développé dans la séance précédente (phrases en tiroirs, coordonnées le plus souvent, ce qui les allongent). Les temps sont ceux du récit, en particulier l’imparfait dont la valeur ici est celle de la description d’un personnage et de ses habitudes, Françoise. L’intérêt est donc ailleurs …

 

On le trouve dans cette phrase « maman craignait que notre vieille servant ne tombât malade ». Il s’agit d’un subjonctif imparfait. Les valeurs du subjonctif sont :

  • Le subjonctif est un mode lié à la notion de possibilité.
  • Il est essentiellement employé dans :
  • Les propositions principales et indépendantes pour marquer l’ordre, le souhait ou l’indignation ;
  • Les subordonnées complétives après un verbe ou un nom exprimant une volonté, un sentiment, une possibilité, une nécessité ou un doute (il craint que, il veut que, il faut que, etc.)
  • Les subordonnées de temps introduites par avant que et jusqu’à ce que ;
  • Les subordonnées de concession (quoique, bien que…) ;
  • Les subordonnées de but (afin que, pour que…)
  • Les subordonnées qui expriment la cause rejetée (non que…)

(source : https://m.bescherelle. com/les-valeurs-du-subjonctif)

Sa conjugaison n’est pas difficile. Méthode pour conjugaison des verbes au subjonctif imparfait :

Prenez la base du passé simple (voyelles a, i, u, in que vous garderez). Ajoutez ensuite les terminaisons -sse, -sses, -^t, -ssions, -ssent.

Exemple : que je chantasse, que tu partisses, qu’elle tombât, que nous vinssions, que vous pussiez, qu’ils rigolassent.

 

Compétence du socle :

  • Maitriser le fonctionnement du verbe et son orthographe.

À vous de jouer : Voici Complainte amoureuse d’Alphonse Allais, poète du XIXe siècle.

Conjuguez au subjonctif imparfait les verbes à l’infinitif :

 

Ah ! Fallait-il que je vous voir

Ah ! Fallait-il que je vous voir

Fallait-il que vous me plaire

Qu’ingénument je vous le dire

Qu’avec orgueil vous vous taire

Fallait-il que je vous aimer

Que vous me désespérer

Et qu’enfin je m’opiniâtrer

Et que je vous idolâtrer

Pour que vous m’assassiner.

*

**

 

Texte en écho : Victor Hugo, Le Rhin (1842)

 

C’est là une vraie cuisine. Une salle immense. Un des murs occupé par les cuivres, l’autre par les faïences. Au milieu, en face des fenêtres, la cheminée, énorme caverne qu’emplit un feu splendide. Au plafond, un noir réseau de poutres magnifiquement enfumées, auxquelles pendent toutes sortes de choses joyeuses, des paniers, des lampes, un garde-manger, et au centre une large nasse à claire-voie où s’étalent de vastes trapèzes de lard. Sous la cheminée, outre le tournebroche, la crémaillère et la chaudière, reluit et pétille un trousseau éblouissant d’une douzaine de pelles et de pincettes de toutes formes et de toutes grandeurs. L’âtre flamboyant envoie des rayons dans tous les coins, découpe de grandes ombres sur le plafond, jette une fraîche teinte rose sur les faïences bleues et fait resplendir l’édifice fantastique des casseroles comme une muraille de braise. Si j’étais Homère ou Rabelais, je dirais : Cette cuisine est un monde dont cette cheminée est le soleil.

C’est un monde en effet. Un monde où se meut toute une république d’hommes, de femmes et d’animaux. Des garçons, des servantes, des marmitons, des rouliers attablés, des poêles sur des réchauds, des marmites qui gloussent, des fritures qui glapissent, des pipes, des cartes, des enfants qui jouent, et des chats, et des chiens et le maître qui surveille. Mens agitat molem.

Dans un angle, une grande horloge à gaine et à poids dit gravement l’heure à tous ces gens occupés.

Parmi les choses innombrables qui pendent au plafond, j’en ai admiré une surtout, le soir de mon arrivée. C’est une petite cage où dormait un petit oiseau. Cet oiseau m’a paru être le plus admirable emblème de la confiance. Cet antre, cette forge à indigestion, cette cuisine effrayante, est jour et nuit pleine de vacarme, l’oiseau dort. On a beau faire rage autour de lui, les hommes jurent, les femmes querellent, les enfants crient, les chiens aboient, les chats miaulent, l’horloge sonne, le couperet cogne, la lèchefrite piaille, le tournebroche grince, la fontaine pleure, les bouteilles sanglotent, les vitres frissonnent, les diligences passent sous la voûte comme le tonnerre ; la petite boule de plume ne bouge pas. — Dieu est adorable. Il donne la foi aux petits oiseaux.

 

Observez et aidez-vous simplement des questions pour dégager l’intérêt du texte :

  1. Quel est le temps dominant dans cet extrait ? Pourquoi est-il si important ? (Rappel des valeurs du présent)
  2. Comment est organisée la description de cette cuisine ? Quelles impressions se dégagent de celle-ci ? Justifiez votre réponse par des indices du texte.
  3. Qui sont Homère et Rabelais ? Pourquoi sont-ils convoqués ici ?
  4. Relevez une métaphore et une énumération (ou d’autres figures de style que vous reconnaissez). Quel effet produisent-elles dans l’esprit du lecteur ? (On expliquera l’intérêt de l’hypotypose à la fin du texte, avec cette longue énumération)
  5. En quoi l’histoire de la « petite boule de plume » est-elle surprenante ? (Faites des hypothèses de lecture)

Compétence du socle :

  • Élaborer une interprétation de textes littéraires
  • Lire des textes variés avec des objectifs divers

 

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