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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Disparition de René Lagane: plus que la phrase longue, la phrase complexe

Publié le 26 Mai 2018 par proust pour tous

Je reprends un blog de l'an dernier, dans lequel un grammairien, René Lagane (dénommé par Marie-Pierre " le grand René Lagane", mon cousin récemment disparu dans sa 98 ème année) analyse techniquement une phrase que je chéris. Malgré l'enthousiasme disons mitigé de René pour la phrase proustienne, je découvrais toujours avec impatience les analyses pleines d'humour qu'il m'envoyait lorsque je lui soumettais un texte. Et Proust aurait pu dire de lui " avec un ennemi comme celui-là, qui a besoin d'amis ?" 

 

Et lui qui, quand il souffrait par Odette eût tant désiré de lui laisser voir un jour qu’il était épris d’une autre, maintenant qu’il l’aurait pu, il prenait mille précautions pour que sa femme ne soupçonnât pas ce nouvel amour. A l'ombre des jeunes filles en fleurs

 

L’analyse du grammairien :

1 Si le subjonctif ("soupçonnât") est obligatoire après "pour que", l'imparfait est une élégance de l'usage soutenu, peu ou prou suranné mais très recevable à la 3ème pers. du singulier.

2 Le cas de "eût tant désiré" est tout différent. C'est un subj. plus-que-parfait employé dans
une prop non subord. comme variante littéraire du condit passé (appelée parfois "condit.passé 2ème forme"). Ici, la marque littéraire est très nette.

3 Je note qu'à la ligne suivante, dans un cas semblable, on rencontre le condit. passé 1ère forme :"aurait pu".

4. Autre construction archaïsante :"désirer de + infinitif". L'usage courant, même à l'époque de Proust, est "désirer + infinitif (sans "de")

il : La reprise de "Lui" qui s'annonçait comme un sujet, par "il"(prenait) n'est certes pas fautive, mais personnellement j'aurais trouvé plus élégant de ne pas la faire. Question de goût.

C’EST JUSTEMENT CELA QUE LE PROUSTIEN ADORE !

 

C'est en pensant à René Lagane que mercredi dernier au Café de la Mairie nous avons lu quelques phrases longues longues longues, et magnifiques. Pourtant les piques pleines d'esprit de René au sujet de ces longueurs me manquent déjà.

 

 

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