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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Un conte de Noël: Syndrome de Mme Sazerat; A Christmas tale: Mme Sazerat' syndrome

Publié le 4 Décembre 2017 par proust pour tous

Un conte de Noël: d'abord cette photo envoyée par Jean-Michel Tesseron qui a été souffrant mais que nous espérons de retour au café de la Mairie, au 1er étage et s'il n'a pas l'envie de monter le très raide escalier qui y conduit, une salle au rez-de-chaussée a été ouverte pour l'accommoder. Cette photo envoyée sur facebook, j'ai voulu la dédier à notre fou préféré Patrice Louis, qui signe, pensai-je, tous les articles de son blog par PAROLE DE PROUSTITE, mot utilisé par écrit mais aussi oralement, puisqu'à chaque fois que j'avais l'occasion de présenter Patrice "un grand proustien" il me rétorquait "proustite". OR, C'ÉTAIT UNE ERREUR, j'aurais dû entendre "proustiste", je suppose depuis que la lumière a été faite sur cette excitante affaire que Proust suivi de iste signifie "journaliste de proust".

ÉLÉMENTAIRE, Dr WATSON ! Mais on s'approche de Noël et j'ai déjà l'absolution du narrateur:

Ma tante pouvait lui dire vingt fois en une minute : « C'est la fin, ma pauvre Eulalie », vingt fois Eulalie répondait : « Connaissant votre maladie comme vous la connaissez, madame Octave, vous irez à cent ans, comme me disait hier encore Mme Sazerin. » (Une des plus fermes croyances d'Eulalie, et que le nombre imposant des démentis apportés par l'expérience n'avait pas suffi à entamer, était que Mme Sazerat s'appelait Mme Sazerin.) Du côté de chez Swann

« Ah ! vous avez déjà rencontré Mlle de Forcheville ? » Or, au contraire, j'étais certain de n'avoir jamais été présenté à aucune jeune fille de ce nom, lequel m'eût certainement frappé, tant il était familier à ma mémoire depuis qu'on m'avait fait un récit rétrospectif des amours d'Odette et de la jalousie de Swann. En soi ma double erreur de nom, de m'être rappelé de l'Orgeville comme étant d'Éporcheville et d'avoir reconstitué en Éporcheville ce qui était en réalité Forcheville, n'avait rien d'extraordinaire. Notre tort est de croire que les choses se présentent habituellement telles qu'elles sont en réalité, les noms tels qu'ils sont écrits, les gens tels que la photographie et la psychologie donnent d'eux une notion immobile. En fait ce n'est pas du tout cela que nous percevons d'habitude. Nous voyons, nous entendons, nous concevons le monde tout de travers. Nous répétons un nom tel que nous l'avons entendu jusqu'à ce que l'expérience ait rectifié notre erreur, ce qui n'arrive pas toujours. Tout le monde à Combray parla pendant vingt-cinq ans à Françoise de Mme Sazerat et Françoise continua à dire Mme Sazerin, non par cette volontaire et orgueilleuse persévérance dans ses erreurs qui était habituelle chez elle, se renforçait de notre contradiction et était tout ce qu'elle avait ajouté chez elle à la France de Saint-André-des-Champs (des principes égalitaires de 1789 elle ne réclamait qu'un droit du citoyen, celui de ne pas prononcer comme nous et de maintenir qu'hôtel, été et air étaient du genre féminin), mais parce qu'en réalité elle continua toujours d'entendre Sazerin. Cette perpétuelle erreur, qui est précisément la « vie », ne donne pas ses mille formes seulement à l'univers visible et à l'univers audible, mais à l'univers social, à l'univers sentimental, à l'univers historique, etc. Albertine disparue 

 

A Christmas tale: first, that photograph sent by Jean-Michel Tesseron, who has been unwell but whom we hope to see soon in our "Dinez avec Proust", at the café de la mairie, 2nd floor, and if he prefers not to climb the steep staircase, a new room downstairs has been open to accomodate him. I dedicated that photo to our favorite fouPatrice Louis who, I thought then, signed all his blog's entries by PAROLE DE PROUSTITE, a word he uses for his blog but also orally, since each time I had the opportunity to introduce him as "un grand proustien" he was replying "proustite". HERE WAS THE MISTAKE, I should have heard  "proustiste", As the Proust' journalist.

ELEMENTARY, WATSON ! But it's Christmas season and I am already pardoned by the narrator:

 

My aunt might say to her twenty times in a minute: “The end is come at last, my poor Eulalie!”, twenty times Eulalie would retort with: “Knowing your illness as you do, Mme. Octave, you will live to be a hundred, as Mme. Sazerin said to me only yesterday.” For one of Eulalie’s most rooted beliefs, and one that the formidable list of corrections which her experience must have compiled was powerless to eradicate, was that Mme. Sazerat’s name was really Mme. Sazerin. Combray

 

“Oh! You have met Mlle. de Forcheville before.” I myself, on the contrary, was certain that I had never been introduced to any girl of that name, which would certainly have impressed me, so familiar was it in my memory ever since I had been given a retrospective account of Odette’s love affairs and Swann’s jealousy. In itself my twofold error as to the name, in having remembered ‘de l’Orgeville’ as ‘d’Éporcheville’ and in having reconstructed as ‘d’Éporcheville’ what was in reality ‘Forcheville,’ was in no way extraordinary. Our mistake lies in our supposing that things present themselves ordinarily as they are in reality, names as they are written, people as photography and psychology give an unalterable idea of them. As a matter of fact this is not at all what we ordinarily perceive. We see, we hear, we conceive the world quite topsy-turvy. We repeat a name as we have heard it spoken until experience has corrected our mistake, which does not always happen. Everyone at Combray had spoken to Françoise for five-and-twenty years of Mme. Sazerat and Françoise continued to say ‘Mme. Sazerin,’ not from that deliberate and proud perseverance in her mistakes which was habitual with her, was strengthened by our contradiction and was all that she had added of herself to the France of Saint-André-des-Champs (of the equalitarian principles of 1789 she claimed only one civic right, that of not pronouncing words as we did and of maintaining that ‘hôtel,’ ‘été’ and ‘air’ were of the feminine gender), but because she really did continue to hear ‘Sazerin.’ This perpetual error which is precisely ‘life,’ does not bestow its thousand forms merely upon the visible and the audible universe but upon the social universe, the sentimental universe, the historical universe, and so forth. The Fugitive

 

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