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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Les mystères de la mémoire, une histoire bilingue; The mysteries of memory; a bilingual story

Publié le 1 Décembre 2017 par proust pour tous

"La vie n'est qu'une salope", ces mots m'étaient venus alors qu'un clochard près de l'église d'Auteuil me taxait de 2 malheureux euros, et que pour lui remonter un moral atteint par une vie "de galère" (une expression qui n'existait pas du temps de ma jeunesse, mais que j'ai adoptée avec enthousiasme). Il en fut enchanté, riant et partant ragaillardi, je le voyais sur le point de lever les bras au ciel en chantant "Alleluia".

Donc me voici ravie de ma trouvaille linguistique, me voilà me vantant du bien que j'avais fait à pas cher et répétant à l'envi mon bon mot.

Jusqu'à ce que, patatrac, je ressors ma petite tirade chez Delamain, pour le lancement de LA JOURNÉE DE LA MADELEINE, en présence de nombreux amis, dont Marie-Hélène, amie de la talentueuse Laure Hillerin, de passage à Paris, juste débarquée de l'Eurostar.

- En Amérique, existe-t-il aussi cette phrase que nous avons en Angleterre ? "Life is a bitch" ? Yes, yes, yes. et me voici dépossédée de mon esprit créatif, qui ne faisait, à mon insu, que traduire l'essence de 25 ans passés en terre anglophone.

" Vous croyez à tout, moi je ne crois à rien. Gardez vos illusions, si vous le pouvez. Je vais vous faire le décompte de la vie. Soit que vous voyagiez, soit que vous restiez au coin de votre cheminée et de votre femme, il arrive toujours un âge auquel la vie n'est plus qu'une habitude exercée dans un certain milieu préféré. Le bonheur consiste alors dans l'exercice de nos facultés appliquées à des réalités. Hors ces deux préceptes, tout est faux...

Honoré de Balzac Gobseck (La comédie humaine, Scènes de la vie privée

 

Notre amour de la vie n'est qu'une vieille liaison dont nous ne savons pas nous débarrasser. Sa force est dans sa permanence. Mais la mort qui la rompt nous guérira de désir de l'immortalité. Albertine disparue 

 

"La vie n'est qu'une salope", these words came to my mouth when a trump, posted near the église d'Auteuil had taxed me of 2 poor euros, and to cheer him up. He was delighted and I envisioned him almost raising his arms and chanting "Hallelujah".

 I am so happy for my linguistic finding, and boasting here and there of my good deed, and of my wit. 

Until that fateful evening when, at the Delamain bookstore, among friends who had come for the first international LA JOURNÉE DE LA MADELEINE, Marie-Hélène, a friend of the talented Laure Hillerin, just out of the London-Paris' Eurostar: 

- In America, is there also that expression we use in England ? "Life is a bitch" ? Yes, yes, yes. 

 

Our love of life is only an old connexion of which we do not know how to rid ourself. Its strength lies in its permanence. But death which severs it will cure us of the desire for immortality. The Fugitive

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P
Chère Laurence,<br /> <br /> Je n'ai pas très bien compris si c'est "la vie [qui] n'est qu'une salope" ou la "vie de galère" qui n'existait pas du temps de votre jeunesse (hier !). J'ai alors chercher les occurrences des deux mots dans la Recherche. Si j'ai trouvé "galère" deux fois, il n'y a aucune trace de "salope" — en revanche, Charlus use de "salaud" et une petite frappe de l'hôtel de Jupien de "saloperie".<br /> Bonne Journée<br /> Patrice<br /> <br /> *« On parle beaucoup des Verdurin depuis quelque temps », disait Mme de Souvré. Odette, avec un dédain souriant de duchesse, répondait : « Mais oui, il me semble en effet qu'on en parle beaucoup. De temps en temps il y a comme cela des gens nouveaux qui arrivent dans la société », sans penser qu'elle était elle-même une des plus nouvelles. « La princesse de Caprarola y a dîné, reprit Mme de Souvré. — Ah ! répondit Odette en accentuant son sourire, cela ne m'étonne pas. C'est toujours par la princesse de Caprarola que ces choses-là commencent, et puis il en vient une autre, par exemple la comtesse Molé. » Odette, en disant cela, avait l'air d'avoir un profond dédain pour les deux grandes dames qui avaient l'habitude d'essuyer les plâtres dans les salons nouvellement ouverts. On sentait à son ton que cela voulait dire qu'elle, Odette, comme Mme de Souvré, on ne réussirait pas à les embarquer dans ces galères-là. IV<br /> <br /> *Et en descendant pour rejoindre maman qui m'attendait, à cette heure où à Combray il faisait si bon goûter le soleil tout proche, dans l'obscurité conservée par les volets clos, ici, du haut en bas de l'escalier de marbre dont on ne savait pas plus que dans une peinture de la Renaissance s'il était dressé dans un palais ou sur une galère, la même fraîcheur et le même sentiment de la splendeur du dehors étaient donnés grâce au velum qui se mouvait devant les fenêtres perpétuellement ouvertes et par lesquelles, dans un incessant courant d'air, l'ombre tiède et le soleil verdâtre filaient comme sur une surface flottante et évoquaient le voisinage mobile, l'illumination, la miroitante instabilité du flot. VI<br /> <br /> *« Décidément, baron, dit Brichot, si jamais le Conseil des Facultés propose d'ouvrir une chaire d'homosexualité, je vous fais proposer en première ligne. Ou plutôt non, un institut de psycho-physiologie spéciale vous conviendrait mieux. Et je vous vois surtout pourvu d'une chaire au Collège de France, vous permettant de vous livrer à des études personnelles dont vous livreriez les résultats, comme fait le professeur de tamoul ou de sanscrit devant le très petit nombre de personnes que cela intéresse. Vous auriez deux auditeurs et l'appariteur, soit dit sans vouloir jeter le plus léger soupçon sur notre corps d'huissiers, que je crois insoupçonnable. — Vous n'en savez rien, répliqua le baron d'un ton dur et tranchant. D’ailleurs, vous vous trompez en croyant que cela intéresse si peu de personnes. C'est tout le contraire. » Et sans se rendre compte de la contradiction qui existait entre la direction que prenait invariablement sa conversation et le reproche qu'il allait adresser aux autres : « C'est, au contraire, effrayant, dit-il à Brichot d'un air scandalisé et contrit, on ne parle plus que de cela. C'est une honte, mais c'est comme je vous le dis, mon cher ! Il paraît qu'avant-hier, chez la duchesse d'Ayen, on n'a pas parlé d'autre chose pendant deux heures; vous pensez, si maintenant les femmes se mettent à parler de ça, c'est un véritable scandale ! Ce qu'il y a de plus ignoble c'est qu'elles sont renseignées, ajouta-t-il avec un feu et une énergie extraordinaires, par des pestes, de vrais salauds, comme le petit Châtellerault, sur qui il y a plus à dire que sur personne, et qui leur racontent les histoires des autres. V<br /> <br /> *Le jeune homme eut beau, comprenant trop tard son erreur, dire qu'il ne blairait pas les flics et pousser l'audace jusqu'à dire au baron : « Fous-moi un rancart » (un rendez-vous) le charme était dissipé. On sentait le chiqué, comme dans les livres des auteurs qui s'efforcent pour parler argot. C'est en vain que le jeune homme détailla toutes les « saloperies » qu'il faisait avec sa femme. M. de Charlus fut seulement frappé combien ces saloperies se bornaient à peu de chose. VII
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