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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

VIVRE EN MÉTAPHORES: OUI À LA MADELEINE, NON AUX PAVÉS ANCIENS

Publié le 21 Octobre 2017 par proust pour tous

En route pour le colloque "Proust et Versailles" organisé par le très aimable quoique très érudit Pr Luc Fraisse (qui enseigne à Strasbourg), je me suis égarée. Comment atteindre assez rapidement (j'étais en retard) l'auditorium du château de Versailles? En arrivant rue de l'Indépendance américaine, j'avise un quidam qui sortait d'un bâtiment officiel côté château; il m'indique sans hésitation le bâtiment que je cherchais, situé à l'entrée principale qui fait suite à la magnifique cour pentue et pavée sous Louis XIV. Il faut donc faire le tour, : premiers pavés, premières douleur. Ayant accouché 3 fois "sans douleur" grâce à une méthode abandonnée aujourd'hui au profit de méthodes anesthésiques plus scientifiques, (et j'imagine plus efficaces), j'ai appris que le mental peut dominer la crainte d'avoir mal,  je me dis que si je me concentre sur la signification de pavés mal équarris, je vais retrouver une extase liée à mon passé, mes fréquentes visites de ce lieu dont on ne se lasse pas, et ne voulant rien laisser au hasard, j'abandonne l'idée de mémoire involontaire et faute de mieux je me concentre sur ma mémoire volontaire, je dirais même volontariste. En vain. J'atteins ce que je crois être le bon port pour être renvoyée via la même chaussée pavée, mais prise de rebours, avec le même résultat. Je vous épargne ma frustration, mes jurons tout internes, pensés très fort durant mon deuxième tour de piste pour découvrir enfin l'Eden discret, mais indiqué par, sur le bâtiment en question: Restaurant Alain Ducasse. Et quand à l'heure de déjeuner, remarquant avec une poignée de coreligionnaires  que  le plat du jour chez Ducasse n'était pas dans notre fourchette de prix, nous avons repris notre route admirée et maudite, nous plaignant en choeur de ce chemin de croix dont les pavés n'avaient enchanté aucun de ces proustiens pourtant convaincus.

Mais au moment où, me remettant d'aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent, tout mon découragement s'évanouit devant la même félicité qu'à diverses époques de ma vie m'avaient donnée la vue d'arbres que j'avais cru reconnaître dans une promenade en voiture autour de Balbec, la vue des clochers de Martinville, la saveur d'une madeleine trempée dans une infusion, tant d'autres sensations dont j'ai parlé et que les dernières oeuvres de Vinteuil m'avaient paru synthétiser. Comme au moment où je goûtais la madeleine, toute inquiétude sur l'avenir, tout doute intellectuel étaient dissipés. Le Temps retrouvé

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Ce MERCREDI 25 OCTOBRE sera le 4ème mercredi du mois d'octobre, celui de DÎNEZ AVEC PROUST: apportez votre texte préféré pour le lire au 1er étage du café de la Mairie, à 20 h.

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