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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

le style de PROUST analysé (suite): la surprise de fin de phrase, les 3 adjectifs, Saint-Simon...

Publié le 14 Octobre 2017 par proust pour tous

 

En relisant l'épatante analyse de la poésie dans le style de Proust, par David Orbach, dont voici un autre extrait traitant de la rime: 

Parmi les chambres dont j’évoquais le plus souvent l’image dans mes nuits d’insomnie, aucune ne ressemblait moins aux chambres de Combray, saupoudrées d’une atmosphère grenue, pollinisée, comestible et dévote, que celle du Grand-Hôtel de la Plage, à Balbec, dont les murs passés au ripolin contenaient comme les parois polies d’une piscine où l’eau bleuit, un air pur, azuré et salin.

"un air pur, azuré et salin." À l’oreille, le mot inhabituel "salin" dénote un peu par rapport aux deux autres adjectifs " pur" et "azuré". Il ne semble pas à sa place mais nous n’en sommes plus étonnés : C’est le dernier de la phrase ! Il doit cacher autre chose. 
"pur" et "azuré" se terminant tous deux par une syllabe incluant la consonne /r/. Consonne /r/ que nous ne retrouvons pas dans "salin". Celui-ci remplace donc un autre mot qui assurerait la rime de l’ensemble. Ce mot en filigrane, quel est-il ? En cherchant nous trouvons aisément le mot qui ressemble à "salin" mais qui contient lui un /r/, c’est "marin". Nous retrouvons une expression familière sous-entendue dans la mémoire du lecteur : "un air marin". ( remplacé ici par "un air salin"). L’air marin, n’est-ce pas précisément ce que doit ressentir le narrateur à Balbec, dans une des chambres du Grand-Hôtel de la Plage ?

et en discutant avec Catherine Le Gallen, celle-ci me fit remarquer: "cette rime approximative, me fait penser à la règle des 3 adjectifs employée de travers par la vieille marquise de Cambremer" :

C'était l'époque où les gens bien élevés observaient la règle d'être aimables et celle dite des trois adjectifs. Mme de Cambremer les combinait toutes les deux. Un adjectif louangeux ne lui suffisait pas, elle le faisait suivre (après un petit tiret) d'un second, puis (après un deuxième tiret) d'un troisième. Mais ce qui lui était particulier, c'est que, contrairement au but social et littéraire qu'elle se proposait, la succession des trois épithètes revêtait, dans les billets de Mme de Cambremer, l'aspect non d'une progression, mais d'un diminuendo. Mme de Cambremer me dit, dans cette première lettre, qu'elle avait vu Saint-Loup et avait encore plus apprécié que jamais ses qualités « uniques – rares – réelles », et qu'il devait revenir avec un de ses amis (précisément celui qui aimait la belle-fille), et que, si je voulais venir, avec ou sans eux, dîner à Féterne, elle en serait « ravie – heureuse – contente ». Peut-être était-ce parce que le désir d'amabilité n'était pas égalé chez elle par la fertilité de l'imagination et la richesse du vocabulaire que cette dame tenait à pousser trois exclamations, n'avait la force de donner dans la deuxième et la troisième qu'un écho affaibli de la première. Qu'il y eût eu seulement un quatrième adjectif, et de l'amabilité initiale il ne serait rien resté. Enfin, par une certaine simplicité raffinée qui n'avait pas dû être sans produire une impression considérable dans la famille et même le cercle des relations, Mme de Cambremer avait pris l'habitude de substituer au mot, qui pouvait finir par avoir l'air mensonger, de « sincère », celui de « vrai ». Et pour bien montrer qu'il s'agissait en effet de quelque chose de sincère, elle rompait l'alliance conventionnelle qui eût mis « vrai » avant le substantif, et le plantait bravement après. Ses lettres finissaient par : « Croyez à mon amitié vraie. » « Croyez à ma sympathie vraie. » 

enfin en attendant le colloque de vendredi 20 à Versailles "Proust et Versailles" je me suis rappelée dans la Recherche l'analyse par le narrateur du style de Saint-Simon

Il en est ainsi pour tous les grands écrivains, la beauté de leurs phrases est imprévisible, comme est celle d'une femme qu'on ne connaît pas encore ; elle est création puisqu'elle s'applique à un objet extérieur auquel ils pensent – et non à soi – et qu'ils n'ont pas encore exprimé. Un auteur de Mémoires, d'aujourd'hui, voulant, sans trop en avoir l'air, faire du Saint-Simon, pourra à la rigueur écrire la première ligne du portrait de Villars : « C'était un assez grand homme brun... avec une physionomie vive, ouverte, sortante », mais quel déterminisme pourra lui faire trouver la seconde ligne qui commence par : « et véritablement un peu folle ». La vraie variété est dans cette plénitude d'éléments réels et inattendus, dans le rameau chargé de fleurs bleues qui s'élance, contre toute attente, de la haie printanière qui semblait déjà comble, tandis que l'imitation purement formelle de la variété (et on pourrait raisonner de même pour toutes les autres qualités du style) n'est que vide et uniformité, c'est-à-dire ce qui est le plus opposé à la variété, et ne peut chez les imitateurs en donner l'illusion et en rappeler le souvenir que pour celui qui ne l'a pas --comprise chez les maîtres.

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NOUS PARLERONS DE TOUT CELA, ET SURTOUT DE POÉSIE GRÂCE À VIVIANE GERVAIS AUTEUR DU POÈME "COMBRAY" CE JEUDI 19 NOVEMBRE, POUR CEUX QUI NE PEUVENT/VEULENT PAS VENIR LE MERCREDI 25, AU CAFÉ DE LA MAIRIE PLACE ST SULPICE À 20 H. N'OUBLIEZ PAS VOTRE TEXTE !

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