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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Marcel Proust, David Hockney : Perspective inversée; Reverse perspective

Publié le 2 Septembre 2017 par proust pour tous

David Hockney

La perspective inversée désigne celle où les lignes de fuite des sujets de la représentation ne se rencontrent pas derrière ou dans le fond du tableau mais bien devant.

C'est à dire au niveau du spectateur.

Après avoir vu une magnifique exposition à Beaubourg, des oeuvres de David Hockney, j'ai essayé de comprendre ce que l'un des panneaux didactiques annonçait: la pratique par l'artiste, dans certains de ses tableaux, de la perspective inversée. illustrée ici par un exemple frappant.

Ce qui m'a amenée par mon réseau de neurones aboutissant tous à Proust, à comprendre pourquoi "la recherche" ne peut être vraiment apprécié qu'à un certain âge, la lecture ayant deux fonctions majeures: chez les jeunes, en une perspective classique, celle de la fenêtre ouverte, une ouverture sur le monde à découvrir, alors que chez les adultes, une vision produite par la vie déjà vécue en perspective inversée, qui part du monde extérieur pour le ramener au lecteur, et ainsi l'aider à voir mieux en lui-même, et ce faisant, en produisant ce que l'on appelle de la Littérature avec un grand L.

Le narrateur jeune, lecture en perspective classique:

Beaux après-midi du dimanche sous le marronnier du jardin de Combray, soigneusement vidés par moi des incidents médiocres de mon existence personnelle que j'y avais remplacés par une vie d'aventures et d'aspirations étranges au sein d'un pays arrosé d'eaux vives, vous m'évoquez encore cette vie quand je pense à vous et vous la contenez en effet pour l'avoir peu à peu contournée et enclose – tandis que je progressais dans ma lecture et que tombait la chaleur du jour – dans le cristal successif, lentement changeant et traversé de feuillages, de vos heures silencieuses, sonores, odorantes et limpides. Du côté de chez Swann

Le narrateur en fin du roman, lecture en perspective inversée:

Si M. de Charlus n'avait pas donné à l'« infidèle » sur qui Musset pleure dans la Nuit d'Octobre ou dans le Souvenir le visage de Morel, il n'aurait ni pleuré, ni compris, puisque c'était par cette seule voie, étroite et détournée, qu'il avait accès aux vérités de l'amour. L'écrivain ne dit que par une habitude prise dans le langage insincère des préfaces et des dédicaces : « mon lecteur ». En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans ce livre, il n'eût peut-être pas vu en soi-même. La reconnaissance en soi-même, par le lecteur, de ce que dit le livre est la preuve de la vérité de celui-ci, et vice versa, au moins dans une certaine mesure, la différence entre les deux textes pouvant être souvent imputée non à l'auteur mais au lecteur. Le Temps retrouvé

 

The reverse perspective: technically, the vanishing points are placed outside the painting with the illusion that they are "in front of" the painting.

Which means at the spectator's level. 

That brought me by my network of neurones all leading to Proust, to understand why "the Search" may be really understood and appreciated only at a certain age. Reading filling two major functions, for the young, in a linear classic perspective, such as that in a window, open on a world to discover, while for adults, a vision produced by a life already lived in a reverse perspective, that starts from the outside world to lead to  the reader and so doing help him to see better in himself, product of Literature with a capital L.

The narrator, while young, in a classic perspective on reading: 

Sweet Sunday afternoons beneath the chestnut-tree in our Combray garden, from which I was careful to eliminate every commonplace incident of my actual life, replacing them by a career of strange adventures and ambitions in a land watered by living streams, you still recall those adventures and ambitions to my mind when I think of you, and you embody and preserve them by virtue of having little by little drawn round and enclosed them (while I went on with my book and the heat of the day declined) in the gradual crystallisation, slowly altering in form and dappled with a pattern of chestnut-leaves, of your silent, sonorous, fragrant, limpid hours. Swann's Way

 

The narrator at the end of the novel, in a reverse perspective on reading:    

  If M. de Charlus had not given Morel’s face to the unfaithful one over whom Musset sheds tears in the Nuit d’Octobre or in the Souvenir, he would neither have wept nor understood since it was by that road alone, narrow and tortuous though it might be, that he had access to the verities of love. It is only through a custom which owes its origin to the insincere language of prefaces and dedications that a writer says “my reader”. In reality, every reader, as he reads, is the reader of himself. The work of the writer is only a sort of optic instrument which he offers to the reader so that he may discern in the book what he would probably not have seen in himself. The recognition of himself in the book by the reader is the proof of its truth and vice-versa, at least in a certain measure, the difference between the two texts being often less attributable to the author than to the reader. Time Regained

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