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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

En cherchant une métaphore, je trouve un texte MAGNIFIQUE; While looking for a metaphor, I stumble on a MAGNIFICENT text.

Publié le 13 Septembre 2017 par proust pour tous

Ce matin lisant dans le journal que le nouveau téléphone d'Apple présente une réalité augmentée, je cherche une métaphore  dans La recherche, et tombe sur ce texte:

À ces mots prononcés comme nous entrions en gare de Parville, si loin de Combray et de Montjouvain, si longtemps après la mort de Vinteuil, une image s'agitait dans mon coeur, une image tenue en réserve pendant tant d'années que, même si j'avais pu deviner, en l'emmagasinant jadis, qu'elle avait un pouvoir nocif, j'eusse cru qu'à la longue elle l'avait entièrement perdu ; conservée vivante au fond de moi – comme Oreste dont les Dieux avaient empêché la mort pour qu'au jour désigné il revînt dans son pays punir le meurtre d'Agamemnon – pour mon supplice, pour mon châtiment, qui sait ? d'avoir laissé mourir ma grand'mère, peut-être ; surgissant tout à coup du fond de la nuit où elle semblait à jamais ensevelie et frappant comme un Vengeur, afin d'inaugurer pour moi une vie terrible, méritée et nouvelle, peut-être aussi pour faire éclater à mes yeux les funestes conséquences que les actes mauvais engendrent indéfiniment, non pas seulement pour ceux qui les ont commis, mais pour ceux qui n'ont fait, qui n'ont cru, que contempler un spectacle curieux et divertissant, comme moi, hélas ! en cette fin de journée lointaine à Montjouvain, caché derrière un buisson où (comme quand j'avais complaisamment écouté le récit des amours de Swann) j'avais dangereusement laissé s'élargir en moi la voie funeste et destinée à être douloureuse du Savoir. Et dans ce même temps, de ma plus grande douleur j'eus un sentiment presque orgueilleux, presque joyeux, d'un homme à qui le choc qu'il aurait reçu fait faire un bond tel qu'il serait parvenu à un point où nul effort n'aurait pu le hisser. Albertine amie de Mlle Vinteuil et de son amie, pratiquante professionnelle du Sapphisme, c'était, auprès de ce que j'avais imaginé dans les plus grands doutes, ce qu'est au petit acoustique de l'Exposition de 1889, dont on espérait à peine qu'il pourrait aller du bout d'une maison à une autre, les téléphones planant sur les rues, les villes, les champs, les mers, reliant les pays. C'était une « terra incognita » terrible où je venais d'atterrir, une phase nouvelle de souffrances insoupçonnées qui s'ouvrait. Et pourtant ce déluge de la réalité qui nous submerge, s'il est énorme auprès de nos timides et infimes suppositions, il était pressenti par elles. C'est sans doute quelque chose comme ce que je venais d'apprendre, c'était quelque chose comme l'amitié d'Albertine et Mlle Vinteuil, quelque chose que mon esprit n'aurait su inventer, mais que j'appréhendais obscurément quand je m'inquiétais tout en voyant Albertine auprès d'Andrée. C'est souvent seulement par manque d'esprit créateur qu'on ne va pas assez loin dans la souffrance. Et la réalité la plus terrible donne, en même temps que la souffrance, la joie d'une belle découverte, parce qu'elle ne fait que donner une forme neuve et claire à ce que nous remâchions depuis longtemps sans nous en douter. Sodome et Gomorrhe

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Je lirai ce texte demain soir, jeudi 14 septembre,  au CAFÉ DE LA MAIRIE place St Sulpice, vers 20 h, pour la rentrée de "Dînez avec Proust"  Et vous?

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As I was reading an article about the augmented reality presented by the new Apple iphone, I stumbled on that magnificent text:

At the sound of these words, uttered as we were entering the station of Parville, so far from Combray and Montjouvain, so long after the death of Vinteuil, an image stirred in my heart, an image which I had kept in reserve for so many years that even if I had been able to guess, when I stored it up, long ago, that it had a noxious power, I should have supposed that in the Course of time it had entirely lost it; preserved alive in the depths of my being — like Orestes whose death the gods had prevented in order that, on the appointed day, he might return to his native land to punish the murderer of Agamemnon — as a punishment, as a retribution (who can tell?) for my having allowed my grandmother to die, perhaps; rising up suddenly from the black night in which it seemed for ever buried, and striking, like an Avenger, in order to inaugurate for me a novel, terrible and merited existence, perhaps also to making dazzlingly clear to my eyes the fatal consequences which evil actions indefinitely engender, not only for those who have committed them, but for those who have done no more, have thought that they were doing no more than look on at a curious and entertaining spectacle, like myself, alas, on that afternoon long ago at Montjouvain, concealed behind a bush where (as when I complacently listened to an account of Swann’s love affairs), I had perilously allowed to expand within myself the fatal road, destined to cause me suffering, of Knowledge. And at the same time, from my bitterest grief I derived a sentiment almost of pride, almost joyful, that of a man whom the shock he has just received has carried at a bound to a point to which no voluntary effort could have brought him. Albertine the friend of Mlle. Vinteuil and of her friend, a practising and professional Sapphist, was, compared to what I had imagined when I doubted her most, as are, compared to the little acousticon of the 1889 Exhibition with which one barely hoped to be able to transmit sound from end to end of a house, the telephones that soar over streets, cities, fields, seas, uniting one country to another. It was a terrible terra incognita this on which I had just landed, a fresh phase of undreamed-of sufferings that was opening before me. And yet this deluge of reality that engulfs us, if it is enormous compared with our timid and microscopic suppositions, was anticipated by them. It was doubtless something akin to what I had just learned, something akin to Albertine’s friendship with Mlle. Vinteuil, something which my mind would never have been capable of inventing, but which I obscurely apprehended when I became uneasy at the sight of Albertine and Andrée together. It is often simply from want of the creative spirit that we do not go to the full extent of suffering. And the most terrible reality brings us, with our suffering, the joy of a great discovery, because it merely gives a new and clear form to what we have long been ruminating without suspecting it. Cities of the Plain

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