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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

J-4 : les Guermantes les Verdurin et leur entourage ont décidé pour qui ils voteront dimanche

Publié le 19 Avril 2017 par proust pour tous

Jean-Jacques Salgon écrit:

Tandis que Jupien clamait à qui voulait l'entendre qu'il voterait Marine Le Pen (parce que bon nombre des proches collaborateurs de la candidate fréquentaient son bordel de la rue de l'Arcade), le baron de Charlus avait laissé entendre dans un dîner que par fidélité à une ancienne baronnie que ses ancêtres avaient possédée dans la vallée d'Aspe, il n'était pas exclu qu'il votât Lasalle. Suivant une de ces subtiles et secrètes alliances que la sociologie fait parfois naître au sein de classes aux intérêts pourtant contradictoires, Françoise avait rejoint sans vraiment le vouloir la vieille marquise de Villeparisis et son neveu Basin, le duc de Guermantes, en faisant depuis le premier jour qui avait suivi la primaire le choix de François Fillon. Son valet de pied, Joseph Périgaud, hésitait encore entre Poutou et Nathalie Artaud. Saint-Loup, lui, depuis des années, professait la plus vive sympathie pour l'allure martiale, juvénile et pour la détermination de Dupont-Aignan. Le snobisme qui constituait pour ainsi dire l'épine dorsale de Legrandin ou du jeune Octave avait fait converger vers Cheminade leurs choix issus pourtant de personnalités opposées. Brichot avait toujours défendu la candidature de Hamon, peut-être simplement par suite de son obsession étymologique qui lui faisait faussement relier ce patronyme aux divinités de l'Égypte antique. Le vieux marquis de Norpois qui ne jurait que par l'indépendance de la France défendait la candidature d'Asselineau. Quant aux Verdurin, ils n'avaient eu aucun mal à entraîner une bonne partie des fidèles du petit clan, Bloch en tête, dans le soutien exclusif à Emmanuel Macron qu'ils considéraient comme le seul candidat de l'avant-garde et de l'élite intellectuelle. Mais ce qui agitait depuis quelques jours tout le Faubourg Saint-Germain et y faisait courir comme un frisson mondain, s'y répandait comme une traînée de poudre, s'y colportait de dîner en dîner, s'y murmurait d'un air entendu jusque dans les loges de l'Opéra, c'était une fois de plus le mot de la duchesse de Guermantes qui, dans une soirée chez la princesse Mathilde où elle n'avait fait que passer, avait déclaré d'un ton solennel et d'un air mystérieux (qui laissaient supposer à ses interlocuteurs qu'elle était allée chercher les raisons de son choix dans les sphères les plus inexpugnables et imprévisibles qui depuis toujours inspiraient ses goûts esthétiques et ses options intellectuelles ou morales) qu'elle voterait sans la moindre hésitation pour le seul candidat "valable" (c'était son mot): Jean-Luc Mélenchon.
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