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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Proust Jules et moi: une sonate de Vinteuil inversée: A reversed Vinteuil sonata

Publié le 10 Mars 2017 par proust pour tous

Bach, concerto pour 2 violons

Hier Jules, en déplacement, m'a envoyé un sms me recommandant d'écouter du Bach (concerto pour 2 violons) qu'il adore. Une grosse madeleine pleine de beurre s'ensuivit: il y a quelques années nous avions assisté à l'église Saint-Germain-des-prés. à un concert (requiem de Fauré, que chantait notre amie Florence et sa chorale). Le concerto de Bach constituait la première partie, et je pus voir Jules, très ému par cette musique, à qui j'essayai de communiquer ma joie d'être avec lui écoutant tant de beauté: je me suis fait durement rabrouer, et compris alors que Jules ne pouvait être profondément touché par l'art que seul. Et, terriblement triste et dépitée, la soirée gâchée, je sentis une blessure d'amour et d'amour-propre comme on en sent rarement. Un horrible souvenir.

Alors, quelques années plus tard, Jules voulant que j'écoute ce concerto en pensant à lui ? Que le temps a agi, et comme cela me rend heureuse et triste à la fois (une vraie madeleine,schizophrène).

 

Mais tout à coup ce fut comme si elle était entrée, et cette apparition lui fut une si déchirante souffrance qu'il dut porter la main à son coeur. C'est que le violon était monté à des notes hautes où il restait comme pour une attente, une attente qui se prolongeait sans qu'il cessât de les tenir, dans l'exaltation où il était d'apercevoir déjà l'objet de son attente qui s'approchait, et avec un effort désespéré pour tâcher de durer jusqu'à son arrivée, de l'accueillir avant d'expirer, de lui maintenir encore un moment de toutes ses dernières forces le chemin ouvert pour qu'il pût passer, comme on soutient une porte qui sans cela retomberait. Et avant que Swann eût eu le temps de comprendre, et de se dire : « C'est la petite phrase de la sonate de Vinteuil, n'écoutons pas ! » tous ses souvenirs du temps où Odette était éprise de lui, et qu'il avait réussi jusqu'à ce jour à maintenir invisibles dans les profondeurs de son être, trompés par ce brusque rayon du temps d'amour qu'ils crurent revenu, s'étaient réveillés et, à tire d'aile, étaient remontés lui chanter éperdument, sans pitié pour son infortune présente, les refrains oubliés du bonheur. Du côté de chez Swann

 

Yesterday Jules, traveling, sent me an sms inviting me to listen to Bach (concerto for 2 violins) that he adores. Big fat madeleine: some years ago we had attended a concert in the Saint-Germain-des-prés church, were our friend Florence was singing in a choir (Fauré Requiem). The Bach concerto was the first part of the concert, and I saw Jules, next to me in the church, terribly moved by this music. I tried to communicate and share my own joy and exaltation, to be rudely put down and ignored and I realised that Jules could only be deeply touched by such beauty alone, that he could not associate me to his pleasure. Terribly sad and disappointed, the whole evening spoiled, I felt a love and ego wound as you rarely experience it. An horrible memory.

So now, Jules asking me to listen to that concerto while thinking of him? As time goes by, and how happy and sad I felt at the same time (a true schizophrenic madeleine).

 

But suddenly it was as though she had entered, and this apparition tore him with such anguish that his hand rose impulsively to his heart. What had happened was that the violin had risen to a series of high notes, on which it rested as though expecting something, an expectancy which it prolonged without ceasing to hold on to the notes, in the exaltation with which it already saw the expected object approaching, and with a desperate effort to continue until its arrival, to welcome it before itself expired, to keep the way open for a moment longer, with all its remaining strength, that the stranger might enter in, as one holds a door open that would otherwise automatically close. And before Swann had had time to understand what was happening, to think: “It is the little phrase from Vinteuil’s sonata. I mustn’t listen!”, all his memories of the days when Odette had been in love with him, which he had succeeded, up till that evening, in keeping invisible in the depths of his being, deceived by this sudden reflection of a season of love, whose sun, they supposed, had dawned again, had awakened from their slumber, had taken wing and risen to sing maddeningly in his ears, without pity for his present desolation, the forgotten strains of happiness. Swann's Way

 

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