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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

On trouve tout au salon du livre de Paris; quelques rencontres

Publié le 28 Mars 2017 par proust pour tous

La relève des proustiens est assurée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques heures de distribution de prospectus journalières, au Salon du Livre de Paris, pendant 4 jours,m'ont donné le plaisir de rencontrer toutes sortes de personnages, que la question: "Avez-vous lu Proust?" faisait réagir. En voici un échantillon:

- Un auteur de blog plein d'esprit, amateur de Proust de bons mots et de galanterie (il m'a proposé de jouer avec moi dans mon grenier: c'est gentil à mon âge): le blog de Julio Jimenez, un super Cottard polygote.

- Homme très sérieux, bien mis: - Proust est celui qui a le mieux compris Einstein, d'ailleurs il était au courant des conférences que le savant donnait, un des amis de Marcel le mentionne dans une lettre. Et Bergson? il n'avait rien compris au temps. - En quoi Proust montre qu'il comprend la relativité? - Lorsqu'il évoque les échasses qui plongent dans le temps.

Je venais de comprendre pourquoi le duc de Guermantes, dont j'avais admiré, en le regardant assis sur une chaise, combien il avait peu vieilli bien qu'il eût tellement plus d'années que moi au-dessous de lui, dès qu'il s'était levé et avait voulu se tenir debout, avait vacillé sur des jambes flageolantes comme celles de ces vieux archevêques sur lesquels il n'y a de solide que leur croix métallique et vers lesquels s'empressent les jeunes séminaristes, et ne s'était avancé qu'en tremblant comme une feuille sur le sommet peu praticable de quatre-vingt-trois années, comme si les hommes étaient juchés sur de vivantes échasses grandissant sans cesse, parfois plus hautes que des clochers, finissant par leur rendre la marche difficile et périlleuse, et d'où tout d'un coup ils tombent. Je m'effrayais que les miennes fussent déjà si hautes sous mes pas, il ne me semblait pas que j'aurais encore la force de maintenir longtemps attaché à moi ce passé qui descendait déjà si loin, et que je portais si douloureusement en moi ! Si du moins il m'était laissé assez de temps pour accomplir mon oeuvre, je ne manquerais pas de la marquer au sceau de ce Temps dont l'idée s'imposait à moi avec tant de force aujourd'hui, et j'y décrirais les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux, comme occupant dans le Temps une place autrement considérable que celle si restreinte qui leur est réservée dans l'espace, une place, au contraire, prolongée sans mesure, puisqu'ils touchent simultanément, comme des géants, plongés dans les années, à des époques vécues par eux, si distantes – entre lesquelles tant de jours sont venus se placer – dans le Temps. FIN

 

- Raphaël Enthoven: -Vous avez lu Proust? - rire - Vous savez que je suis la seule abréviatrice de Proust (tandis qu'il regardait mon prospectus Proust pour tous) ? - C'est faux, Gérard Genette l'a déjà fait. - ?? -"Marcel devient écrivain"- "Marcel devient enfin écrivain" - Je vois que vous connaissez bien Proust.

- Un auteur, qui travaille aux Archives Nationales: - Proust rend pessimiste, il nous démontre que l'amour, la société sont des leurres - -Et l'art? - Vous avez raison, mais pas l'art en tant qu'amateur, comme Swann, mais en tant que créateur !

- Quelques spectateurs:: Proust abrégé? je réprouve (en général avec un sourire condescendant et plein de morgue). - Attendez ! je retourne mon petit placard, sur la face qui s'adresse aux proustiens: - Ah c'est une très bonne idée ces dîners au café de la mairie, je connais bien cet endroit !

Nous croisâmes près de l'église Legrandin qui venait en sens inverse conduisant la même dame à sa voiture. Il passa contre nous, ne s'interrompit pas de parler à sa voisine, et nous fit du coin de son oeil bleu un petit signe en quelque sorte intérieur aux paupières et qui, n'intéressant pas les muscles de son visage, put passer parfaitement inaperçu de son interlocutrice ; mais, cherchant à compenser par l'intensité du sentiment le champ un peu étroit où il en circonscrivait l'expression, dans ce coin d'azur qui nous était affecté il fit pétiller tout l'entrain de la bonne grâce qui dépassa l'enjouement, frisa la malice ; il subtilisa les finesses de l'amabilité jusqu'aux clignements de la connivence, aux demi-mots, aux sous-entendus, aux mystères de la complicité ; et finalement exalta les assurances d'amitié jusqu'aux protestations de tendresse, jusqu'à la déclaration d'amour, illuminant alors pour nous seuls, d'une langueur secrète et invisible à la châtelaine, une prunelle énamourée dans un visage de glace. Du côté de chez Swann

- Quelques spectateurs: - Proust en  500 pages, quelle bonne idée! d'ailleurs j'en ai entendu parler - Sur France Inter? - Oui - Vous étiez debout à 5h 45 ? -Oui. 

- D'autres spectateurs: - Quelle bonne idée ce Proust pour tous, j'en ai entendu parlé? - sur France Inter ? - oui - ou Télématin ? - Madame qui écoute son mari me répondre: C'est plutôt Télématin, c'est moins tôt, tu te souviens?

- Une femme très vive:- N'êtes-vous pas celle qui déclame Proust sous un arbre? je vous cherche depuis des années;

- Sur un stand, deux jeunes femmes: - Aimez-vous Proust ? Claire Lortat-Jacob (voir photo) me répond: Attendez je vous montre mon sac. Je n'ai pas fini la Recherche, mais je ne peux m'en passer.

- Un homme énérvé: -Ah non, pas Proust, moi je suis ingénieur, je veux comprendre les choses, merci pour les vagues élucubrations. j'anime un club municipal et toutes les bonnes femmes me tannent avec leurs remarques évaporées, moi je structure leur site, je veux comprendre. - Mais vous savez que de nombreux scientifiques adorent Proust? - C'est vrai ? - Oui. - Je vais peut-être y jeter un oeil.

- Antoine Compagnon: - Connaissez-vous mon blog Proust pour tous, je vous avais parlé l'année dernière.... - (avec un grand sourire): Oh, vous savez, je suis si sollicité!

- Guillaume Gallienne: - Pourriez-vous aller voir "Dînez avec Proust" sur youtube (cf mon petit "placard") je suis sûre que vous pourriez monter la pièce quelque part (par exemple à la Comédie française)? - Je garde votre papier, je regarderai.

- Un homme charmant sur lequel je tombe 4 fois en plusieurs jours: - Pourquoi ne demandez-vous pas à André Dussolier (qui vient de passer sur la scène de France Culture) de lire vos textes ? - ça ne sert à rien, il avait déjà dit à la femme du maire de Sceaux qu'il viendrait (si le temps le permettait) me voir sous mon arbre dans le parc. Il n'est pas venu, et je comprends bien tous ces gens connus, toujours sollicités. - Peut-être, mais moi je vais lui serrer la main (ce qu'il fait).

Alors que j'écoute l'historien Patrick Boucheron interviewé par France-Culture, et que je "tracte" dans la foule une femme, à qui je tends ma réclame et à qui je dis "Aimez-vous Marcel Proust" ? - C'est lui qui parle ?

Deux jeunes gens s'arrêtent au stand d'Alfabarre où j'ai laissé quelques spécimens et comme ils ont l'air intéréssés, ils me promettent de le lire en entier (l'un d'eux a fini avec enthousiasme Du côté de chez Swann).

Deux artistes me promettent de passer au afé de la Mairie, bien qu'elles soient fauchées. J'aimerais beaucoup les revoir, d'autant que l'une travaille sur les lanternes magiques et que je me vois raconter mes prousteries en scène avec projection du méchant Golo poursuivant Geneviève de Brabant...

On avait bien inventé, pour me distraire les soirs où on me trouvait l'air trop malheureux, de me donner une lanterne magique, dont, en attendant l'heure du dîner, on coiffait ma lampe ; et, à l'instar des premiers architectes et maîtres verriers de l'âge gothique, elle substituait à l'opacité des murs d'impalpables irisations, de surnaturelles apparitions multicolores, où des légendes étaient dépeintes comme dans un vitrail vacillant et momentané. Mais ma tristesse n'en était qu'accrue, parce que rien que le changement d'éclairage détruisait l'habitude que j'avais de ma chambre et grâce à quoi, sauf le supplice du coucher, elle m'était devenue supportable. Maintenant je ne la reconnaissais plus et j'y étais inquiet, comme dans une chambre d'hôtel ou de « chalet », où je fusse arrivé pour la première fois en descendant de chemin de fer.

Au pas saccadé de son cheval, Golo, plein d'un affreux dessein, sortait de la petite forêt triangulaire qui veloutait d'un vert sombre la pente d'une colline, et s'avançait en tressautant vers le château de la pauvre Geneviève de Brabant. Ce château était coupé selon une ligne courbe qui n'était guère que la limite d'un des ovales de verre ménagés dans le châssis qu'on glissait entre les coulisses de la lanterne. Ce n'était qu'un pan de château, et il avait devant lui une lande où rêvait Geneviève qui portait une ceinture bleue. Le château et la lande étaient jaunes, et je n'avais pas attendu de les voir pour connaître leur couleur, car, avant les verres du châssis, la sonorité mordorée du nom de Brabant me l'avait montrée avec évidence. Golo s'arrêtait un instant pour écouter avec tristesse le boniment lu à haute voix par ma grand'tante et qu'il avait l'air de comprendre parfaitement, conformant son attitude, avec une docilité qui n'excluait pas une certaine majesté, aux indications du texte ; puis il s'éloignait du même pas saccadé. Et rien ne pouvait arrêter sa lente chevauchée. Si on bougeait la lanterne, je distinguais le cheval de Golo qui continuait à s'avancer sur les rideaux de la fenêtre, se bombant de leurs plis, descendant dans leurs fentes. Le corps de Golo lui-même, d'une essence aussi surnaturelle que celui de sa monture, s'arrangeait de tout obstacle matériel, de tout objet gênant qu'il rencontrait en le prenant comme ossature et en se le rendant intérieur, fût-ce le bouton de la porte sur lequel s'adaptait aussitôt et surnageait invinciblement sa robe rouge ou sa figure pâle toujours aussi noble et aussi mélancolique, mais qui ne laissait paraître aucun trouble de cette transvertébration. Du côté de chez Swann

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