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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Sur le langage; après et mousmé; On language: after and mousmé

Publié le 22 Février 2017 par proust pour tous

Mousmé, du japonais musume, jeune fille japonaise (comme une cloche, je croyais que c'était une femme de harem, ou une danseuse du ventre. J'ai une excuse: mousmé = maitresse en langage populaire, d'après Larousse en ligne)

 

 

Certaines expressions, des modes souvent très passagères (on l'espère) m'exaspèrent, et la dernière est : "après" utilisé à la place de "bien que", ou "quoique" un exemple: "c'est un homme charmant, après c'est normal, il a reçu une bonne éducation". En écrivant cela, je me demande si l'utilisation du "après" n'est pas encore une tentative inconsciente de supprimer le subjonctif: je demanderai à Marie-Pierre ce qu'elle en pense !

Mais les agacements (et non agaceries, qui elles s'appliquent AUSSI à la scène ci-dessous) liés au langage ne sont pas d'aujourd'hui:

Comme, continuant à ajouter un nouvel anneau à la chaîne extérieure de propos sous laquelle je cachais mon désir intime, je parlais, tout en ayant maintenant Albertine au coin de mon lit, d'une des filles de la petite bande, plus menue que les autres, mais que je trouvais tout de même assez jolie : « Oui, me répondit Albertine, elle a l'air d'une petite mousmé. » De toute évidence, quand j'avais connu Albertine, le mot de « mousmé » lui était inconnu. Il est vraisemblable que, si les choses eussent suivi leur cours normal, elle ne l'eût jamais appris, et je n'y aurais vu pour ma part aucun inconvénient car nul n'est plus horripilant. À l'entendre on se sent le même mal de dents que si on a mis un trop gros morceau de glace dans sa bouche. Mais chez Albertine, jolie comme elle était, même « mousmé » ne pouvait m'être déplaisant. En revanche, il me parut révélateur sinon d'une initiation extérieure, au moins d'une évolution interne. Malheureusement il était l'heure où il eût fallu que je lui dise au revoir si je voulais qu'elle rentrât à temps pour son dîner et aussi que je me levasse assez tôt pour le mien. C'était Françoise qui le préparait, elle n'aimait pas qu'il attendît et devait déjà trouver contraire à un des articles de son code qu'Albertine, en l'absence de mes parents, m'eût fait une visite aussi prolongée et qui allait tout mettre en retard. Mais, devant « mousmé », ces raisons tombèrent et je me hâtai de dire :

– Imaginez-vous que je ne suis pas chatouilleux du tout, vous pourriez me chatouiller pendant une heure que je ne le sentirais même pas.

– Vraiment !

– Je vous assure.

Elle comprit sans doute que c'était l'expression maladroite d'un désir, car comme quelqu'un qui vous offre une recommandation que vous n'osiez pas solliciter, mais dont vos paroles lui ont prouvé qu'elle pouvait vous être utile :

– Voulez-vous que j'essaye ? dit-elle avec l'humilité de la femme. Le côté de Guermantes

 

Some remarks about fashionable words that bother you (cannot be translated): in French "but" instead of "although"

As, continuing to add fresh links to the external chain of talk behind which I hid my intimate desire, I spoke, having Albertine secure now on the corner of my bed, of one of the girls of the little band, one smaller than the rest, whom, nevertheless, I had thought quite pretty, “Yes,” answered Albertine, “she reminds me of a little mousmé.” There had been nothing in the world to shew, when I first knew Albertine, that she had ever heard the word mousmé. It was probable that, had things followed their normal course, she would never have learned it, and for my part I should have seen no cause for regret in that, for there is no more horrible word in the language. The mere sound of it makes one’s teeth ache as they do when one has put too large a spoonful of ice in one’s mouth. But coming from Albertine, as she sat there looking so pretty, not even ‘mousmé‘ could strike me as unpleasant. On the contrary, I felt it to be a revelation, if not of an outward initiation, at any rate of an inward evolution. Unfortunately it was now time for me to bid her good-bye if I wished her to reach home in time for her dinner, and myself to be out of bed and dressed in time for my own. It was Françoise who was getting it ready; she did not like having to keep it back, and must already have found it an infringement of one of the articles of her code that Albertine, in the absence of my parents, should be paying me so prolonged a visit, and one which was going to make everything late. But before ‘mousmé‘ all these arguments fell to the ground and I hastened to say:

“Just fancy; I’m not in the least ticklish; you can go on tickling me for an hour on end and I won’t even feel it.”

“Really?”

“I assure you.”

She understood, doubtless, that this was the awkward expression of a desire on my part, for, like a person who offers to give you an introduction for which you have not ventured to ask him, though what you have said has shewn him that it would be of great service to you.

“Would you like me to try?” she inquired, with womanly meekness. The Guermantes Way

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