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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Qui fera le marquis de Cambremer (il faut du nez) ? Who will play the Marquis de Cambremer ?

Publié le 6 Janvier 2017 par proust pour tous

Magritte

M. de Cambremer ne ressemblait guère à la vieille marquise. Il était, comme elle le disait avec tendresse, « tout à fait du côté de son papa ». Pour qui n'avait entendu que parler de lui, ou même de lettres de lui, vives et convenablement tournées, son physique étonnait. Sans doute devait-on s'y habituer. Mais son nez avait choisi, pour venir se placer de travers au-dessus de sa bouche, peut-être la seule ligne oblique, entre tant d'autres, qu'on n'eût eu l'idée de tracer sur ce visage, et qui signifiait une bêtise vulgaire, aggravée encore par le voisinage d'un teint normand à la rougeur de pommes. Il est possible que les yeux de M. de Cambremer gardassent dans leurs paupières un peu de ce ciel du Cotentin, si doux par les beaux jours ensoleillés, où le promeneur s'amuse à voir, arrêtées au bord de la route, et à compter par centaines les ombres des peupliers, mais ces paupières lourdes, chassieuses et mal rabattues, eussent empêché l'intelligence elle-même de passer. Aussi, décontenancé par la minceur de ce regard bleu, se reportait-on au grand nez de travers. Par une transposition de sens, M. de Cambremer vous regardait avec son nez. Ce nez de M. de Cambremer n'était pas laid, plutôt un peu trop beau, trop fort, trop fier de son importance. Busqué, astiqué, luisant, flambant neuf, il était tout disposé à compenser l'insuffisance spirituelle du regard ; malheureusement, si les yeux sont quelquefois l'organe où se révèle l'intelligence, le nez (quelle que soit d'ailleurs l'intime solidarité et la répercussion insoupçonnée des traits les uns sur les autres), le nez est généralement l'organe où s'étale le plus aisément la bêtise. Sodome et Gomorrhe

 

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Jeudi 12 janvier 2017, à 20 h, au café de la Mairie, "Dîner à La Raspelière" (cliquer sur le Dîner pour voir la video) si vous voulez jouer un rôle, recevez la partition sur demande

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M. de Cambremer bore no resemblance to the old Marquise. To anyone who had only heard of him, or of letters written by him, well and forcibly expressed, his personal appearance was startling. No doubt, one would grow accustomed to it. But his nose had chosen to place itself aslant above his mouth, perhaps the only crooked line, among so many, which one would never have thought of tracing upon his face, and one that indicated a vulgar stupidity, aggravated still further by the proximity of a Norman complexion on cheeks that were like two ripe apples. It is possible that the eyes of M. de Cambremer retained behind their eyelids a trace of the sky of the Cotentin, so soft upon sunny days when the wayfarer amuses himself in watching, drawn up by the roadside, and counting in their hundreds the shadows of the poplars, but those eyelids, heavy, bleared and drooping, would have prevented the least flash of intelligence from escaping. And so, discouraged by the meagreness of that azure glance, one returned to the big crooked nose. By a transposition of the senses, M. de Cambremer looked at you with his nose. This nose of his was not ugly, it was if anything too handsome, too bold, too proud of its own importance. Arched, polished, gleaming, brand new, it was amply prepared to atone for the inadequacy of his eyes. Unfortunately, if the eyes are sometimes the organ through which our intelligence is revealed, the nose (to leave out of account the intimate solidarity and the unsuspected repercussion of one feature upon the rest), the nose is generally the organ in which stupidity is most readily displayed. Cities of the Plain

 

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