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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

15 décembre, 15 ème portrait de Marcel Proust, un peu de sadisme; December 15, 15th portrait of Marcel Proust, at touch of sadism

Publié le 15 Décembre 2016 par proust pour tous

Proust, en narrateur, tel qu'il a été imaginé par Bruce Cayard (qui dessinait pour "Sesame street" entre autres). Le narrateur va assister à une scène de pure sadisme. Bruce, que je voyais souvent du temps où je vivais à Darien (Ct), chez les Gagnon, dans leur magnifique magasin "Couleur Provence", où nous nous réunissions souvent autour d'un verre de bon rouge-camembert, comme le font dans le monde entier les expatriés nostalgiques. 

 

C'est peut-être d'une impression ressentie aussi auprès de Montjouvain, quelques années plus tard, impression restée obscure alors, qu'est sortie, bien après, l'idée que je me suis faite du sadisme. On verra plus tard que, pour de tout autres raisons, le souvenir de cette impression devait jouer un rôle important dans ma vie. C'était par un temps très chaud ; mes parents qui avaient dû s'absenter pour toute la journée, m'avaient dit de rentrer aussi tard que je voudrais ; et étant allé jusqu'à la mare de Montjouvain où j'aimais revoir les reflets du toit de tuile, je m'étais étendu à l'ombre et endormi dans les buissons du talus qui domine la maison, là où j'avais attendu mon père autrefois, un jour qu'il était allé voir M. Vinteuil. Il faisait presque nuit quand je m'éveillai, je voulus me lever, mais je vis Mlle Vinteuil (autant que je pus la reconnaître, car je ne l'avais pas vue souvent à Combray, et seulement quand elle était encore une enfant, tandis qu'elle commençait d'être une jeune fille) qui probablement venait de rentrer, en face de moi, à quelques centimètres de moi, dans cette chambre où son père avait reçu le mien et dont elle avait fait son petit salon à elle. La fenêtre était entr'ouverte, la lampe était allumée, je voyais tous ses mouvements sans qu'elle me vît, mais en m'en allant j'aurais fait craquer les buissons, elle m'aurait entendu et elle aurait pu croire que je m'étais caché là pour l'épier. Du côté de chez Swann

 

 

Proust, as the narrator, imagined by Bruce Cayard (who had drawn a lot for "Sesame street" among other programs). The narrator is on the verge of witnessing a scene of pure sadism. Bruce, whom I used to see often when I was still living in Darien (CT), at the Gagnon's in their magnificent store "Couleur Provence", for meetings with red wine and camembert as all over the world nostalgic French expatriates do.. 

 

And it is perhaps from another impression which I received at Montjouvain, some years later, an impression which at that time was without meaning, that there arose, long afterwards, my idea of that cruel side of human passion called ‘sadism.’ We shall see, in due course, that for quite another reason the memory of this impression was to play an important part in my life. It was during a spell of very hot weather; my parents, who had been obliged to go away for the whole day, had told me that I might stay out as late as I pleased; and having gone as far as the Montjouvain pond, where I enjoyed seeing again the reflection of the tiled roof of the hut, I had lain down in the shade and gone to sleep among the bushes on the steep slope that rose up behind the house, just where I had waited for my parents, years before, one day when they had gone to call on M. Vinteuil. It was almost dark when I awoke, and I wished to rise and go away, but I saw Mlle. Vinteuil (or thought, at least, that I recognised her, for I had not seen her often at Combray, and then only when she was still a child, whereas she was now growing into a young woman), who probably had just come in, standing in front of me, and only a few feet away from me, in that room in which her father had entertained mine, and which she had now made into a little sitting-room for herself. The window was partly open; the lamp was lighted; I could watch her every movement without her being able to see me; but, had I gone away, I must have made a rustling sound among the bushes, she would have heard me, and might have thought that I had been hiding there in order to spy upon her. Swann's Way

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