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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

La phrase longue: dialogue proustien; Long sentence: a Proustian conversation

Publié le 23 Octobre 2016 par proust pour tous

Hôtel de Polignac à Paris

 

Samedi dernier, alors que j'approchai de la Maison de la Presse rue Houdan à Sceaux (pour surveiller les ventes de la "petite" recherche, surnom charmant trouvé par Frédéric Vion de Télématin pour mon "Proust pour tous"), je surpris la remarque agacée d'une dame ronde et mûre se tournant vers deux enfants d'environ 7-8 ans, alors qu'elle parlait à leur père: "Ne vous impatientez pas les enfants, je finis ma phrase et je m'en vais". Une quinzaine de minutes plus tard, alors que j'avais découvert l'effet positif de la diffusion de Télématin sur la taille de la pile de mes bouquins, je repassai devant la même femme parlant au même homme père des mêmes enfants . Et je me dis, voilà une femme qui parle comme Proust écrivait, avec des phrases rudement longues....

Mais au lieu de la simplicité, c'est le faste que je mettais au plus haut rang, si, après que j'avais forcé Françoise, qui n'en pouvait plus et disait que les jambes « lui rentraient », à faire les cent pas pendant une heure, je voyais enfin, débouchant de l'allée qui vient de la Porte Dauphine – image pour moi d'un prestige royal, d'une arrivée souveraine telle qu'aucune reine véritable n'a pu m'en donner l'impression dans la suite, parce que j'avais de leur pouvoir une notion moins vague et plus expérimentale – emportée par le vol de deux chevaux ardents, minces et contournés comme on en voit dans les dessins de Constantin Guys, portant établi sur son siège un énorme cocher fourré comme un cosaque, à côté d'un petit groom rappelant le « tigre » de « feu Baudenord », je voyais – ou plutôt je sentais imprimer sa forme dans mon coeur par une nette et épuisante blessure – une incomparable victoria, à dessein un peu haute et laissant passer à travers son luxe « dernier cri » des allusions aux formes anciennes, au fond de laquelle reposait avec abandon Mme Swann, ses cheveux maintenant blonds avec une seule mèche grise ceints d'un mince bandeau de fleurs, le plus souvent des violettes, d'où descendaient de longs voiles, à la main une ombrelle mauve, aux lèvres un sourire ambigu où je ne voyais que la bienveillance d'une Majesté et où il y avait surtout la provocation de la cocotte, et qu'elle inclinait avec douceur sur les personnes qui la saluaient. Du côté de chez Swann: Nom de pays: le nom

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ACTUALITES PROUSTIENNES: "Proust et la musique" à la fondation Singer-Polignac à Paris (du 25 au 27 octobre).Tous les mercredis j'annoncerai les actualités proustiennes en France: ENVOYEZ-MOI VOS NOUVELLES (pièces, conférences, dîners, livres....) à venir

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Last Saturday, as I was strolling near Maison de la Presse rue Houdan in Sceaux (in order to check the state of the sales of my book "Proust pour tous" after it had been mentioned on television), I noticed the remark of a plump middle-aged woman to two children whose father she was talking to: "Be patient children, I am almost done, I finish my sentence and leave." Around fifteen minutes later, having checked the positive effect of television on the size of my books' pile, I again passed by that same woman talking to the same father of the same two children. And I thought to myself: "That woman speaks as Proust wrote, with damn long sentences! "....

But instead of simplicity it was to ostentation that I must assign the first place if, after I had compelled Françoise, who could hold out no longer, and complained that her legs were ‘giving’ beneath her, to stroll up and down with me for another hour, I saw at length, emerging from the Porte Dauphine, figuring for me a royal dignity, the passage of a sovereign, an impression such as no real Queen has ever since been able to give me, because my notion of their power has been less vague, and more founded upon experience — borne along by the flight of a pair of fiery horses, slender and shapely as one sees them in the drawings of Constantin Guys, carrying on its box an enormous coachman, furred like a cossack, and by his side a diminutive groom, like Toby, “the late Beaudenord’s tiger,” I saw — or rather I felt its outlines engraved upon my heart by a clean and killing stab — a matchless victoria, built rather high, and hinting, through the extreme modernity of its appointments, at the forms of an earlier day, deep down in which lay negligently back Mme. Swann, her hair, now quite pale with one grey lock, girt with a narrow band of flowers, usually violets, from which floated down long veils, a lilac parasol in her hand, on her lips an ambiguous smile in which I read only the benign condescension of Majesty, though it was pre-eminently the enticing smile of the courtesan, which she graciously bestowed upon the men who bowed to her. Swann's Way, Place-Names: The Name
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D
Eh be, ça mérite de figurer dans un prochain Duetto, cette scène...
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