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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

La méditation de Thais de Jules Massenet; Jules Massenet's Meditation from Thais

Publié le 29 Octobre 2016 par proust pour tous

Encore sous le coup délicieux du colloque "Proust et la musique", à la Fondation Singer-Polignac, et ayant remarqué que, malgré des recherches approfondies, et surtout l'intervention brillantissime de Stéphane Chaudier qui a décortiqué l'évolution de la Sonate de Vinteuil sous l'angle pur du roman, je propose que lors du prochain "Dînez avec Proust", au café de la Mairie, le mercredi 9 novembre, et pour ponctuer l'exécution du pauvre Charlus par Mme Verdurin, nous écoutions en place de sonate de Vinteuil un air triste qui me plait beaucoup. Sauf si Jérôme Bastianelli, qui lors de ce même collogue a exécuté l'oreille musicale de Ruskin, amateur d'un air appelé "Le biniou",  considère que "La méditation de Thais" de Massenet vaut "Le biniou", Ou si un autre grand amateur de sonates de la Belle Epoque, Claude Wittezaele, insiste pour que l'on entende une sonate de Fauré....

[Charlus] « Venez, reprit-il, n'est-ce pas, voilà le moment agréable des fêtes, le moment où tous les invités sont partis, l'heure de Doña Sol ; espérons que celle-ci finira moins tristement. Malheureusement vous êtes pressé, pressé probablement d'aller faire des choses que vous feriez mieux de ne pas faire. Tout le monde est toujours pressé, et on part au moment où on devrait arriver. Nous sommes là comme les philosophes de Couture, ce serait le moment de récapituler la soirée, de faire ce qu'on appelle, en style militaire, la critique des opérations. On demanderait à Mme Verdurin de nous faire apporter un petit souper auquel on aurait soin de ne pas l'inviter, et on prierait Charlie – toujours Hernani – de rejouer pour nous seuls le sublime adagio. Est-ce assez beau, cet adagio ! Mais où est-il le jeune violoniste ? je voudrais pourtant le féliciter, c'est le moment des attendrissements et des embrassades. Avouez, Brichot, qu'ils ont joué comme des Dieux, Morel surtout. Avez-vous remarqué le moment où la mèche se détache ? Ah ! bien alors, mon cher, vous n'avez rien vu. On a eu un fa dièse qui peut faire mourir de jalousie Enesco, Capet et Thibaud ; j'ai beau être très calme, je vous avoue qu'à une sonorité pareille, j'avais le coeur tellement serré que je retenais mes sanglots. La salle haletait ; Brichot, mon cher, s'écria le baron en secouant violemment l'universitaire par le bras, c'était sublime. Seul le jeune Charlie gardait une immobilité de pierre, on ne le voyait même pas respirer, il avait l'air d'être comme ces choses du monde inanimé dont parle Théodore Rousseau, qui font penser mais ne pensent pas. Et alors, tout d'un coup, s'écria M. de Charlus avec emphase et en mimant comme un coup de théâtre, alors... la Mèche ! Et pendant ce temps-là, gracieuse petite contredanse de l'allegro vivace. Vous savez, cette mèche a été le signe de la révélation, même pour les plus obtus. La princesse de Taormine, sourde jusque-là, car il n'est pas pires sourdes que celles qui ont des oreilles pour ne pas entendre, la princesse de Taormine, devant l'évidence de la mèche miraculeuse, a compris que c'était de la musique et qu'on ne jouerait pas au poker. Oh ! ça a été un moment bien solennel. La prisonnière

 

Still charmed by the delicious conference "Proust et la musique", at the Fondation Singer-Polignac, and having noticed that, in spite of deep research and a brilliant intervention by  Stéphane Chaudier who saw the sonate de Vinteuil  from a novelist point of view, I suggest that during our next  "Dînez avec Proust", at café de la Mairie, November 9, and to illustrate the execution of poor Charlus by Mme Verdurin, we will listen in place of the Sonate de Vinteuil a sad piece of music that I Iike. Except if Jérôme Bastianelli, who, during that same conference, had executed Ruskin's musical ear, lover of a song named "Le biniou",  considers that "La méditation de Thais" by Massenet equals "Le biniou", Or if another great sonata lover from the 1900s, Claude Wittezaele, insists on a Fauré sonata....

[Charlus] “Come, won’t you,” he repeated, “this is the pleasant moment at a party, the moment when all the guests have gone, the hour of Dona Sol; let us hope that it will end less tragically. Unfortunately you are in a hurry, in a hurry probably to go and do things which you would much better leave undone. People are always in a hurry and leave at the time when they ought to be arriving. We are here like Couture’s philosophers, this is the moment in which to go over the events of the evening, to make what is called in military language a criticism of the operations. We might ask Mme. Verdurin to send us in a little supper to which we should take care not to invite her, and we might request Charlie — still Hernani — to play for ourselves alone the sublime adagio. Isn’t it fine, that adagio? But where is the young violinist, I would like to congratulate him, this is the moment for tender words and embraces. Admit, Brichot, that they played like gods, Morel especially. Did you notice the moment when that lock of hair came loose? Ah, then, my dear fellow, you saw nothing at all. There was an F sharp at which Enesco, Capet and Thibaut might have died of jealousy; I may have appeared calm enough, I can tell you that at such a sound my heart was so wrung that I could barely control my tears. The whole room sat breathless; Brichot, my dear fellow,” cried the Baron, gripping the other’s arm which he shook violently, “it was sublime. Only young Charlie preserved a stony immobility, you could not even see him breathe, he looked like one of those objects of the inanimate world of which Théodore Rousseau speaks, which make us think, but do not think themselves. And then, all of a sudden,” cried M. de Charlus with enthusiasm, making a pantomime gesture, “then . . . the Lock! And all the time, the charming little country-dance of the allegro vivace. You know, that lock was the symbol of the revelation, even to the most obtuse. The Princess of Taormina, deaf until then, for there are none so deaf as those that have ears and hear not, the Princess of Taormina, confronted by the message of the miraculous lock, realised that it was music that they were playing and not poker. Oh, that was indeed a solemn moment.”The Captive

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