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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Ingrédients pour élever la conversation: des préceptes d'Alcibiade à Mme Verdurin

Publié le 26 Août 2016 par proust pour tous

plafond de la bibliothèque de Montaigne
plafond de la bibliothèque de Montaigne

La conversation, si chère aux Français, s'épanouit dans l'art du "comment recevoir", un genre évoqué par Montaigne qui le fait remonter à l'Antiquité; Mme Verdurin, une Alcibiade de la Belle Epoque?

Il y a de la jalousie et envie entre nos plaisirs, ils se choquent et empêchent l'un l'autre. Alcibiade, homme bien entendu à faire bonne chère, chassait la musique même des tables, pour qu'elle ne troublât la douceur des devis [propos], par la raison, que Platon lui prête, Que c'est un usage d'hommes populaires, d'appeler des joueurs d'instruments et des chantres aux festins, à faute de bons discours et agréables entretiens, de quoi les gens d'entendement savent s'entrefestoyer.
Montaigne, Les essais, livre III, 13, De l'expérience
Les Verdurin n'invitaient pas à dîner : on avait chez eux « son couvert mis ». Pour la soirée, il n'y avait pas de programme. Le jeune pianiste jouait, mais seulement si « ça lui chantait », car on ne forçait personne et comme disait M. Verdurin : « Tout pour les amis, vivent les camarades ! » Si le pianiste voulait jouer la chevauchée de la Walkyrie ou le prélude de Tristan, Mme Verdurin protestait, non que cette musique lui déplût, mais au contraire parce qu'elle lui causait trop d'impression. « Alors vous tenez à ce que j'aie ma migraine ? Vous savez bien que c'est la même chose chaque fois qu'il joue ça. Je sais ce qui m'attend ! Demain quand je voudrai me lever, bonsoir, plus personne ! » S'il ne jouait pas, on causait, et l'un des amis, le plus souvent leur peintre favori d'alors, « lâchait », comme disait M. Verdurin, « une grosse faribole qui faisait s'esclaffer tout le monde », Mme Verdurin surtout, à qui, – tant elle avait l'habitude de prendre au propre les expressions figurées des émotions qu'elle éprouvait – le docteur Cottard (un jeune débutant à cette époque) dut un jour remettre sa mâchoire qu'elle avait décrochée pour avoir trop ri.
L'habit noir était défendu parce qu'on était entre « copains » et pour ne pas ressembler aux « ennuyeux » dont on se garait comme de la peste et qu'on n'invitait qu'aux grandes soirées, données le plus rarement possible et seulement si cela pouvait amuser le peintre ou faire connaître le musicien. Le reste du temps, on se contentait de jouer des charades, de souper en costumes, mais entre soi, en ne mêlant aucun étranger au petit « noyau ».
Du côté de chez Swann,

Joué lors d'un "Dînez avec Proust", "Swann dîne chez les Verdurin"

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