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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Un beau cadeau d'anniversaire

Publié le 5 Août 2016 par proust pour tous

Un beau cadeau d'anniversaire

Ovide, pour mon anniversaire, via Jules, m'a fait un merveilleux cadeau que j'aimerais partager avec toutes celles (et tous ceux) qui ont la chance de n'avoir plus 20 ans.

Ne t’informe jamais de son âge, ni du consulat sous lequel elle est née : laisse le censeur remplir ce rigoureux devoir, surtout si elle n’est plus dans la fleur de la jeunesse, si la belle saison de sa vie est passée, et si déjà elle est réduite à s’arracher des cheveux gris.
Jeunes Romains, cet âge, et même un âge plus avancé, n’est pas stérile en plaisirs : c’est un champ qu’il faut ensemencer pour qu’il donne un jour sa moisson. Travaillez, tandis que vos forces et votre jeunesse le permettent : assez tôt, dans sa marche insensible, viendra la vieillesse caduque. Fendez l’océan avec la rame, ou les sillons avec la charrue ; armez du glaive meurtrier vos mains belliqueuses, ou consacrez aux belles vos efforts, votre vigueur et vos soins. C’est un autre genre de milice, où l’on peut aussi recueillir de riches trophées. Ajoutez que les femmes déjà sur le retour sont plus savantes dans l’art d’aimer : elles ont l’expérience, qui seule perfectionne tous les talents. Elles réparent par la toilette les outrages du temps, et parviennent, à force de soins, à déguiser leurs années. Elles sauront à ton gré, par mille attitudes diverses, varier les plaisirs de Vénus : nulle peinture voluptueuse n’offre plus de diversité. Chez elles le plaisir naît sans provocation irritante : ce plaisir le plus doux, celui que partagent à la fois et l’amante et l’amant. Je hais des embrassements dont l’effet n’est pas réciproque : aussi les caresses d’un adolescent ont-elles pour moi peu d’attrait. Je hais cette femme qui se livre parce qu’elle doit se livrer, et qui, froide au sein du plaisir, songe encore à ses fuseaux. Le plaisir qu’on m’accorde par devoir cesse pour moi d’être un plaisir, et je dispense ma maîtresse de tout devoir envers moi. Qu’il m’est doux d’entendre sa voix émue exprimer la joie qu’elle éprouve, et me prier de ralentir ma course pour prolonger son bonheur ! J’aime à la voir, ivre de volupté, fixer sur moi ses yeux mourants, ou, languissante d’amour, se refuser longtemps à mes caresses !
Mais, ces avantages, la nature ne les accorde pas à la première jeunesse : ils sont réservés à cet âge qui suit le septième lustre. Que d’autres, trop pressés, boivent un vin nouveau ; pour moi, que l’on me verse d’un vieux vin qui date de nos anciens consuls. Ce n’est qu’après un grand nombre d’années que le platane peut lutter contre les ardeurs du soleil, et les prés nouvellement fauchés blessent nos pieds nus. Quoi ! tu pourrais préférer Hermione à Hélène ? et la fille d’Althée l’emporterait sur sa mère ? Si donc tu veux goûter les fruits de l’amour dans leur maturité, tu obtiendras, pour peu que tu persévères, une récompense digne de tes vœux. L'art d'aimer

Quant à Swann, voici un amant d'âge mûr plus blasé !

A cette époque de la vie, on a déjà été atteint plusieurs fois par l'amour; il n'évolue plus seul suivant ses propres lois inconnues et fatales, devant notre cœur étonné et passif. Nous venons à son aide, nous le faussons par la mémoire, par la suggestion. En reconnaissant un de ses symptômes, nous nous rappelons, nous faisons renaître les autres. Comme nous possédons sa chanson, gravée en nous tout entière, nous n'avons pas besoin qu'une femme nous en dise le début - rempli par l'admiration qu'inspire la beauté -, pour en trouver la suite. Et si elle commence au milieu - là où les cœurs se rapprochent, où l'on parle de n'exister plus que l'un pour l'autre - , nous avons assez l'habitude de cette musique pour rejoindre tout de suite notre partenaire au passage où elle nous attend. Du côté de chez Swann
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genevieve pascaud 05/08/2016 19:34

Pouvoir aimer à tout âge, quel bonheur! Et pouvoir, à tout âge encore, tomber amoureuse, autre bonheur!
Bon anniversaire, Laurence, toujours très jeune!