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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

La fille de Minos et de Pasiphée: mon père - Phèdre - Proust - le soleil - un beau vers

Publié le 11 Juillet 2016 par proust pour tous

le soleil à l'époque de Racine
le soleil à l'époque de Racine

Une des "sept leçons de Marcel Proust" que j'avais identifiées, et exposées dans ce recueil d'extraits, était "Relier tout à tout", un trait de caractère que je possède à un point très élevé (trop parfois), et que je retrouve chez d'autres proustiens. En voici une illustration toute fraîche: cherchant des phrases typiquement proustiennes à analyser grammaticalement, je pense à cette phrase extraite de Phèdre que mon père citait souvent comme le plus beau vers du théâtre français. Je trouve sur internet une analyse très fine:

1. « La fille de Minos et de Pasiphaé. » (Hippolyte, I, i, 36 = dit par Hippolyte dans Acte I, scène i, vers 36).

Voici deux exemples de bonnes analyses / interprétations :

Avec cette périphrase, Hippolyte évite de nommer Phèdre tout en soulignant la dualité de sa situation et de sa personnalité. Comme la fille de Minos, de roi de l'enfer, et de Pasiphaé, la fille du Soleil, Phèdre combine en elle-même l'obscurité et la lumière, le noir et le blanc, la mort et la vie. On pourrait dire qu'avec cette périphrase Hippolyte présage le tourment de Phèdre à travers la tragédie.

Cette périphrase sert à rappeler au lecteur les origines de Phèdre. Cela est important parce que Pasiphaé, la mère de Phèdre, était tourmentée par le désir; la passion irrationelle causée par Vénus et sa malédiction sur la famille est un thème central dans la pièce. Hippolyte dit que “cet heureux temps n’est plus” depuis l’arrivée de Phèdre. Elle amène la malédiction de sa famille à Athènes

2. Noble et brillant auteur d'une triste famille,
Toi, dont ma mère osait se vanter d'être fille,
Qui peut-être rougis du trouble où tu me vois,
Soleil, je te viens voir pour la dernière fois. (Phèdre, I, iii, 169-72)

Voici deux exemples de bonnes analyses / interprétations :

Cette métaphore sert à décrire le soleil comme le père, le chef de la famille, d’une manière plus poétique que de dire, “chef d’une triste famille.” En disant « auteur », Phèdre met la responsabilité sur l’auteur, d’une manière subtile, comme s’il est le créateur de la famille, et comme s’il a causé la tristesse. En plus, en parlant au soleil en apostrophe, Phèdre fait deux choses: 1) elle donne de la « vie » au soleil, comme s’il était un vrai homme, un personnage; et 2) en donnant des qualités humaines au soleil, Phèdre peut « lui » parler et exprimer toutes ses pensées aux spectateurs, sans parler avec un autre personnage.

C'est un exemple de l'apostrophe parce que Phèdre parle au Soleil, qui est absent; c'est aussi une périphrase quand elle l'appelle « noble et brillant auteur d'une triste famille. » C'est alors à la fois une référence à la destinée tragique de sa famille et un « au revoir » émotionnel et dramatique à son grand-père.

Or, mon père, à cause de qui j'ai lu Proust, avant de mourir, se soulevant de son lit d'agonie, alors que la fenêtre de sa chambre avait été ouverte par ma soeur, cita: "Soleil, je viens te voir pour la dernière fois".

Quel beau lien ! mon père - Phèdre - le soleil - le beau vers - Proust


 
J'avais entendu parler de Bergotte pour la première fois par un de mes camarades plus âgé que moi et pour qui j'avais une grande admiration, Bloch. En m'entendant lui avouer mon admiration pour la Nuit d'Octobre, il avait fait éclater un rire bruyant comme une trompette et m'avait dit : « Défie-toi de ta dilection assez basse pour le sieur de Musset. C'est un coco des plus malfaisants et une assez sinistre brute. Je dois confesser, d'ailleurs, que lui et même le nommé Racine, ont fait chacun dans leur vie un vers assez bien rythmé, et qui a pour lui, ce qui est selon moi le mérite suprême, de ne signifier absolument rien. C'est : « La blanche Oloossone et la blanche Camire » et « La fille de Minos et de Pasiphaé ». Ils m'ont été signalés à la décharge de ces deux malandrins par un article de mon très cher maître, le père Lecomte, agréable aux Dieux immortels. Du côté de chez Swann
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