Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

9 juillet : une ballade à Cabourg; Wandering in Cabourg

Publié le 1 Juillet 2016 par proust pour tous

A Cabourg, annonce d'une séance de dédicaces
A Cabourg, annonce d'une séance de dédicaces

Si vous êtes abonné au journal "Le pays d'Auge", vous trouverez vendredi prochain un article annonçant la séance de dédicaces de mon "Proust pour Tous", le samedi 9 juillet, à la Maison de la Presse, 11, av de la Mer à Cabourg. Le livre se fera une place dans les rayons de toutes les librairies de vilages normands aux noms les plus étymologiques.

– Ne vous fiez pas trop à celles qu'il indique, me répondit Brichot ; l'ouvrage, qui est à la Raspelière et que je me suis amusé à feuilleter, ne me dit rien qui vaille ; il fourmille d'erreurs. Je vais vous en donner un exemple. Le mot Bricq entre dans la formation d'une quantité de noms de lieux de nos environs. Le brave ecclésiastique a eu l'idée passablement biscornue qu'il vient de Briga, hauteur, lieu fortifié. Il le voit déjà dans les peuplades celtiques, Latobriges, Nemetobriges, etc., et le suit jusque dans les noms comme Briand, Brion, etc... Pour en revenir au pays que nous avons le plaisir de traverser en ce moment avec vous, Bricquebosc signifierait le bois de la hauteur, Bricqueville l'habitation de la hauteur, Bricquebec, où nous nous arrêterons dans un instant avant d'arriver à Maineville, la hauteur près du ruisseau. Or ce n'est pas du tout cela, pour la raison que bricq est le vieux mot norois qui signifie tout simplement : un pont. De même que fleur, que le protégé de Mme de Cambremer se donne une peine infinie pour rattacher tantôt aux mots scandinaves floi, flo, tantôt au mot irlandais ae et aer, est au contraire, à n'en point douter, le fiord des Danois et signifie : port. De même l'excellent prêtre croit que la station de Saint-Martin-le-Vêtu, qui avoisine la Raspelière, signifie Saint-Martin-le-Vieux (vetus). Il est certain que le mot de vieux a joué un grand rôle dans la toponymie de cette région. Vieux vient généralement de vadum et signifie un gué, comme au lieu dit : les Vieux. C'est ce que les Anglais appelaient « ford » (Oxford, Hereford). Mais, dans le cas particulier, vieux vient non pas de vetus, mais de vastatus, lieu dévasté et nu. Vous avez près d'ici Sottevast, le vast de Setold ; Brillevast, le vast de Berold. Je suis d'autant plus certain de l'erreur du curé, que Saint-Martin-le-Vieux s'est appelé autrefois Saint-Martin-du-Gast et même Saint-Martin-de-Terregate. Or le v et le g dans ces mots sont la même lettre. On dit : dévaster mais aussi : gâcher. Jachères et gâtines (du haut allemand wastinna) ont ce même sens : Terregate c'est donc terra vastata. Quant à Saint-Mars, jadis (honni soit qui mal y pense) Saint-Merd, c'est Saint-Medardus, qui est tantôt Saint-Médard, Saint-Mard, Saint-Marc, Cinq-Mars, et jusqu'à Dammas. Il ne faut du reste pas oublier que, tout près d'ici, des lieux, portant ce même nom de Mars, attestent simplement une origine païenne (le dieu Mars) restée vivace en ce pays, mais que le saint homme se refuse à reconnaître. Les hauteurs dédiées aux dieux sont en particulier fort nombreuses, comme la montagne de Jupiter (Jeumont). Votre curé n'en veut rien voir et, en revanche, partout où le christianisme a laissé des traces, elles lui échappent. Il a poussé son voyage jusqu'à Loctudy, nom barbare, dit-il, alors que c'est Locus sancti Tudeni, et n'a pas davantage, dans Sammarçoles, deviné Sanctus Martialis. Votre curé, continua Brichot, en voyant qu'il m'intéressait, fait venir les mots en hon, home, holm, du mot holl (hullus), colline, alors qu'il vient du norois holm, île, que vous connaissez bien dans Stockholm, et qui dans tout ce pays-ci est si répandu, la Houlme. Engohomme, Tahoume, Robehomme, Néhomme, Quettehon, etc. » Ces noms me firent penser au jour où Albertine avait voulu aller à Amfreville-la-Bigot (du nom de deux de ses seigneurs successifs, me dit Brichot), et où elle m'avait ensuite proposé de dîner ensemble à Robehomme. Quant à Montmartin, nous allions y passer dans un instant. « Est-ce que Néhomme, demandai-je, n'est pas près de Carquethuit et de Clitourps ? – Parfaitement, Néhomme c'est le holm, l'île ou presqu'île du fameux vicomte Nigel dont le nom est resté aussi dans Néville. Carquethuit et Clitourps, dont vous me parlez, sont, pour le protégé de Mme de Cambremer, l'occasion d'autres erreurs. Sans doute il voit bien que carque, c'est une église, la Kirche des Allemands. Vous connaissez Querqueville, sans parler de Dunkerque. Car mieux vaudrait alors nous arrêter à ce fameux mot de Dun qui, pour les Celtes, signifiait une élévation. Et cela vous le retrouverez dans toute la France. Votre abbé s'hypnotisait devant Duneville repris dans l'Eure-et-Loir ; il eût trouvé Châteaudun, Dun-le-Roi dans le Cher ; Duneau dans la Sarthe ; Dun dans l'Ariège ; Dune-les-Places dans la Nièvre, etc., etc. Ce Dun lui fait commettre une curieuse erreur en ce qui concerne Doville, où nous descendrons et où nous attendent les confortables voitures de Mme Verdurin. Doville, en latin donvilla, dit-il. En effet Doville est au pied de grandes hauteurs. Votre curé, qui sait tout, sent tout de même qu'il a fait une bévue. Il a lu, en effet, dans un ancien Fouillé Domvilla. Alors il se rétracte ; Douville, selon lui, est un fief de l'Abbé, Domino Abbati, du mont Saint-Michel. Il s'en réjouit, ce qui est assez bizarre quand on pense à la vie scandaleuse que, depuis le Capitulaire de Saint-Clair-sur-Epte, on menait au mont Saint-Michel, et ce qui ne serait pas plus extraordinaire que de voir le roi de Danemark suzerain de toute cette côte où il faisait célébrer beaucoup plus le culte d'Odin que celui du Christ. D'autre part, la supposition que l'n a été changée en m ne me choque pas et exige moins d'altération que le très correct Lyon qui, lui aussi, vient de Dun (Lugdunum). Mais enfin l'abbé se trompe. Douville n'a jamais été Douville, mais Doville, Eudonis Villa, le village d'Eudes. Douville s'appelait autrefois Escalecliff, l'escalier de la pente. Vers 1233, Eudes le Bouteiller, seigneur d'Escalecliff, partit pour la Terre-Sainte ; au moment de partir il fit remise de l'église à l'abbaye de Blanchelande. Échange de bons procédés : le village prit son nom, d'où actuellement Douville. Mais j'ajoute que la toponymie, où je suis d'ailleurs fort ignare, n'est pas une science exacte ; si nous n'avions ce témoignage historique, Douville pourrait fort bien venir d'Ouville, c'est-à-dire : les Eaux. Les formes en ai (Aigues-Mortes), de aqua, se changent fort souvent en eu, en ou. Or il y avait tout près de Douville des eaux renommées, Carquebut. Vous pensez que le curé était trop content de trouver là quelque trace chrétienne, encore que ce pays semble avoir été assez difficile à évangéliser, puisqu'il a fallu que s'y reprissent successivement saint Ursal, saint Gofroi, saint Barsanore, saint Laurent de Brèvedent, lequel passa enfin la main aux moines de Beaubec. Mais pour tuit l'auteur se trompe, il y voit une forme de toft, masure, comme dans Criquetot, Ectot, Yvetot, alors que c'est le thveit, essart, défrichement, comme dans Braquetuit, le Thuit, Regnetuit, etc. De même, s'il reconnaît dans Clitourps le thorp normand, qui veut dire : village, il veut que la première partie du nom dérive de clivus, pente, alors qu'elle vient de cliff, rocher. Mais ses plus grosses bévues viennent moins de son ignorance que de ses préjugés. Si bon Français qu'on soit, faut-il nier l'évidence et prendre Saint-Laurent-en-Bray pour le prêtre romain si connu, alors qu'il s'agit de saint Lawrence Toot, archevêque de Dublin ? Mais plus que le sentiment patriotique, le parti pris religieux de votre ami lui fait commettre des erreurs grossières. Ainsi vous avez non loin de chez nos hôtes de la Raspelière deux Montmartin, Montmartin-sur-Mer et Montmartin-en-Graignes. Pour Graignes, le bon curé n'a pas commis d'erreur, il a bien vu que Graignes, en latin Grania, en grec crêné, signifie : étangs, marais ; combien de Cresmays, de Croen, de Gremeville, de Lengronne, ne pourrait-on pas citer ? Mais pour Montmartin, votre prétendu linguiste veut absolument qu'il s'agisse de paroisses dédiées à saint Martin. Il s'autorise de ce que le saint est leur patron, mais ne se rend pas compte qu'il n'a été pris pour tel qu'après coup ; ou plutôt il est aveuglé par sa haine du paganisme ; il ne veut pas voir qu'on aurait dit Mont-Saint-Martin comme on dit le mont Saint-Michel, s'il s'était agi de saint Martin, tandis que le nom de Montmartin s'applique, de façon beaucoup plus païenne, à des temples consacrés au dieu Mars, temples dont nous ne possédons pas, il est vrai, d'autres vestiges, mais que la présence incontestée, dans le voisinage, de vastes camps romains rendrait des plus vraisemblables même sans le nom de Montmartin qui tranche le doute. Vous voyez que le petit livre que vous allez trouver à la Raspelière n'est pas des mieux faits. » Sodome et Gomorrhe

If you receive "Le pays d'Auge", a popular regional newspaper, you will find next Friday an article announcing a day of signature for my book "Proust pour Tous", for Saturday July 9, at Maison de la Presse, 11, av de la Mer à Cabourg. The dook will find its place on the shelves of many bookstores located in Normand small villages with etymologies of all kinds.

“Don’t put any faith in the ones he gives,” replied Brichot, “there is a copy of the book at la Raspelière, which I have glanced through, but without finding anything of any value; it is a mass of error. Let me give you an example. The word Bricq is found in a number of place-names in this neighbourhood. The worthy cleric had the distinctly odd idea that it comes from Briga, a height, a fortified place. He finds it already in the Celtic tribes, Latobriges, Nemetobriges, and so forth, and traces it down to such names as Briand, Brion, and so forth. To confine ourselves to the region in which we have the pleasure of your company at this moment, Bricquebose means the wood on the height, Bricqueville the habitation on the height, Bricquebec, where we shall be stopping presently before coming to Maineville, the height by the stream. Now there is not a word of truth in all this, for the simple reason that bricq is the old Norse word which means simply a bridge. Just as fleur, which Mme. de Cambremer’s protégé takes infinite pains to connect, in one place with the Scandinavian words floi, flo, in another with the Irish word ae or aer, is, beyond any doubt, the fjord of the Danes, and means harbour. So too, the excellent priest thinks that the station of Saint-Mars-le-Vetu, which adjoins la Raspelière, means Saint-Martin-le-Vieux (vetus). It is unquestionable that the word vieux has played a great part in the toponymy of this region. Vieux comes as a rule from vadum, and means a passage, as at the place called les Vieux. It is what the English call ford (Oxford, Hereford). But, in this particular instance, Vêtu is derived not from vetus, but from vas-tatus, a place that is devastated and bare. You have, round about here, Sottevast, the vast of Setold, Brillevast, the vast of Berold. I am all the more certain of the cure’s mistake, in that Saint-Mars-le-Vetu was formerly called Saint-Mars du Cast and even Saint-Mars-de-Terregate. Now the v and the g in these words are the same letter. We say dévaster, but also gâcher. Jâchères and gatines (from the High German wastinna) have the same meaning: Terregate is therefore terra vasta. As for Saint-Mars, formerly (save the mark) Saint-Merd, it is Saint-Medardus, which appears variously as Saint-Médard, Saint-Mard, Saint-Marc, Cinq-Mars, and even Dammas. Nor must we forget that quite close to here, places bearing the name of Mars are proof simply of a pagan origin (the god Mars) which has remained alive in this country but which the holy man refuses to see. The high places dedicated to the gods are especially frequent, such as the mount of Jupiter (Jeumont). Your curé declines to admit this, but, on the other hand, wherever Christianity has left traces, they escape his notice. He has gone so far afield as to Loctudy, a barbarian name, according to him, whereas it is simply Locus Sancti Tudeni, nor has he in Sammarcoles divined Sanctus Martialis. Your curé,” Brichot continued, seeing that I was interested, “derives the terminations hon, home, holm, from the word holl (hullus), a hill, whereas it cornes from the Norse holm, an island, with which you are familiar in Stockholm, and which is so widespread throughout this district, la Houlme, Engohomme, Tahoume, Robehomme, Néhomme, Quettehon, and so forth.” These names made me think of the day when Albertine had wished to go to Amfreville-la-Bigot (from the name of two successive lords of the manor, Brichot told me), and had then suggested that we should dine together at Robehomme. As for Maineville, we were just coming to it. “Isn’t Néhomme,” I asked, “somewhere near Carquethuit and Clitourps?” “Precisely; Néhomme is the holm, the island or peninsula of the famous Viscount Nigel, whose name has survived also in Neville. The Carquethuit and Clitourps that you mention furnish Mme. de Cambremer’s protégé with an occasion for further blunders. No doubt he has seen that carque is a church, the Kirche of the Germans. You will remember Querqueville, not to mention Dunkerque. For there we should do better to stop and consider the famous word Dun, which to the Celts meant high ground. And that you will find over the whole of France. Your abbé was hypnotised by Duneville, which recurs in the Eure-et-Loir; he would have found Châteaudun, Dun-le-Roi in the Cher, Duneau in the Sarthe, Dun in the Ariège, Dune-les-Places in the Nièvre, and many others. This word Dun leads him into a curious error with regard to Douville where we shall be alighting, and shall find Mme. Verdurin’s comfortable carriages awaiting us. Douville, in Latin donvilla, says he. As a matter of fact, Douville does lie at the foot of high hills. Your curé, who knows everything, feels all the same that he has made a blunder. He has, indeed, found in an old cartulary, the name Domvilla. Whereupon he retracts; Douville, according to him, is a fief belonging to the Abbot, Domino Abbati, of Mont Saint-Michel. He is delighted with the discovery, which is distinctly odd when one thinks of the scandalous life that, according to the Capitulary of Sainte-Claire sur Epte, was led at Mont Saint-Michel, though no more extraordinary than to picture the King of Denmark as suzerain of all this coast, where he encouraged the worship of Odin far more than that of Christ. On the other hand, the supposition that the n has been changed to m does not shock me, and requires less alteration than the perfectly correct Lyon, which also is derived from Dun (Lugdunum). But the fact is, the abbé is mistaken. Douville was never Donville, but Doville, Eudonis villa, the village of Eudes. Douville was formerly called Escalecliff, the steps up the cliff. About the year 1233, Eudes le Bouteiller, Lord of Escalecliff, set out for the Holy Land; on the eve of his departure he made over the church to the Abbey of Blanchelande. By an exchange of courtesies, the village took his name, whence we have Douville to-day. But I must add that toponymy, of which moreover I know little or nothing, is not an exact science; had we not this historical evidence, Douville might quite well come from Ouville, that is to say the Waters. The forms in ai (Aiguës-Mortes), from aqua, are constantly changed to eu or ou. Now there were, quite close to Douville, certain famous springs, Carquethuit. You might suppose that the curé was only too ready to detect there a Christian origin, especially as this district seems to have been pretty hard to convert, since successive attempts were made by Saint Ursal, Saint Gofroi, Saint Barsanore, Saint Laurent of Brèvedent, who finally handed over the task to the monks of Beaubec. But as regards thuit the writer is mistaken, he sees in it a form of toft, a building, as in Cricquetot, Ectot, Yvetot, whereas it is the thveit, the clearing, the reclaimed land, as in Braquetuit, le Thuit, Regnetuit, and so forth. Similarly, if he recognises in Clitourps the Norman thorp which means village, he insists that the first syllable of the word must come from clivus, a slope, whereas it comes from cliff, a precipice. But his biggest blunders are due not so much to his ignorance as to his prejudices. However loyal a Frenchman one is, there is no need to fly in the face of the evidence and take Saint-Laurent en Bray to be the Roman priest, so famous at one time, when he is actually Saint Lawrence ‘Toot, Archbishop of Dublin. But even more than his patriotic sentiments, your friend’s religious bigotry leads him into strange errors. Thus you have not far from our hosts at la Raspelière two places called Montmartin, Montmartin-sur-Mer and Montmartin-en-Graignes. In the case of Graignes, the good curé has been quite right, he has seen that Graignes, in Latin Grania, in Greek Krene, means ponds, marshes; how many instances of Cresmays, Croen, Gremeville, Lengronne, might we not adduce? But, when he comes to Montmartin, your self-styled linguist positively insists that these must be parishes dedicated to Saint Martin. He bases his opinion upon the fact that the Saint is their patron, but does not realise that he was only adopted subsequently; or rather he is blinded by his hatred of paganism; he refuses to see that we should say Mont-Saint-Martin as we say Mont-Saint-Michel, if it were a question of Saint Martin, whereas the name Montmartin refers in a far more pagan fashion to temples consecrated to the god Mars, temples of which, it is true, no other vestige remains, but which the undisputed existence in the neighbourhood of vast Roman camps would render highly probable even without the name Montmartin, which removes all doubt. You see that the little pamphlet which you will find at la Raspelière is far from perfect.” Cities of the Plain
Commenter cet article