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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

les phrases courtes me font haleter; défense de la phrase longue

Publié le 18 Juin 2016 par proust pour tous

dans ce cas je préfère: "Bouleversement de toute ma personne"
dans ce cas je préfère: "Bouleversement de toute ma personne"

Annie Ernaux "Je ne suis pas sortie de ma nuit" coll. folio, 1999, p.105: (mort de la mère):

Ce jour qui ne s'est pas levé pour elle. Elle était la vie, rien que la vie, et la violence. Le temps est gris, cette ville nouvelle qu'elle n'a jamais aimée, où elle est morte. Est-ce que je vais sortir de cette douleur?

Tous les gestes me lient à elle. Peut-être épuiser cette douleur, la fatiguer en racontant, décrivant. Je ne peux relire les notes précédentes, trop de douleur. Ce qu'il y a de terrible, c'est le rapport entre ces deux ans et demi de déchéance, où elle était devenue proche de moi, et sa mort. Elle était à nouveau une enfant mais elle ne grandira pas. Mon désir à chaque fois de la nourrir, de lui couper les ongles, de la coiffer. Le dimanche de Pâques, ses cheveux propres, doux. Ne pas pouvoir imaginer que ça s'arrête.

Encore aujourd'hui, ce n'est pas tout à fait fini.

Alexandre Vialatte

La ponctuation, ce n’est pas de l’orthographe, c’est de la pensée.

Quelques heures plus tard, Françoise put une dernière fois et sans les faire souffrir peigner ces beaux cheveux qui grisonnaient seulement et jusqu'ici avaient semblé être moins âgés qu'elle. Mais maintenant, au contraire, ils étaient seuls à imposer la couronne de la vieillesse sur le visage redevenu jeune d'où avaient disparu les rides, les contractions, les empâtements, les tensions, les fléchissements que, depuis tant d'années, lui avait ajoutés la souffrance. Comme au temps lointain où ses parents lui avaient choisi un époux, elle avait les traits délicatement tracés par la pureté et la soumission, les joues brillantes d'une chaste espérance, d'un rêve de bonheur, même d'une innocente gaieté, que les années avaient peu à peu détruits. La vie en se retirant venait d'emporter les désillusions de la vie. Un sourire semblait posé sur les lèvres de ma grand'mère. Sur ce lit funèbre, la mort, comme le sculpteur du moyen âge, l'avait couchée sous l'apparence d'une jeune fille. Le côté de Guermantes
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