Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Le poids des photos; Photographs' weight

Publié le 26 Mars 2016 par proust pour tous

Sonneuse de clochette (Laurence Grenier), M. le curé de Combray (Patrice Louis) le père du narrateur (Jean-Michel Tesseron)
Sonneuse de clochette (Laurence Grenier), M. le curé de Combray (Patrice Louis) le père du narrateur (Jean-Michel Tesseron)

Le coup de grâce en ce qui concerne le reportage sur notre fête saint-sulpicienne "A table à Combray": une trinité, certainement pas sainte, malgré la présence d'un membre du clergé qui n'a du moine que l'habit. Et je me demande si au lieu d'élucubrer sur ma vie illuminée par l'oeuvre de Proust, je ne ferais pas mieux de faire un roman-photo.

Enfin je venais de trouver la photographie. « Elle est sûrement merveilleuse », continuait à dire Robert, qui n'avait pas vu que je lui tendais la photographie. Soudain il l'aperçut, il la tint un instant dans ses mains. Sa figure exprimait une stupéfaction qui allait jusqu'à la stupidité. « C'est ça la jeune fille que tu aimes ? » finit-il par me dire d'un ton où l'étonnement était maté par la crainte de me fâcher. Il ne fit aucune observation, il avait pris l'air raisonnable, prudent, forcément un peu dédaigneux qu'on a devant un malade – eût-il été jusque-là un homme remarquable et votre ami – mais qui n'est plus rien de tout cela car, frappé de folie furieuse, il vous parle d'un être céleste qui lui est apparu et continue à le voir à l'endroit où vous, homme sain, vous n'apercevez qu'un édredon. Je compris tout de suite l'étonnement de Robert, et que c'était celui où m'avait jeté la vue de sa maîtresse, avec la seule différence que j'avais trouvé en elle une femme que je connaissais déjà, tandis que lui croyait n'avoir jamais vu Albertine. Mais sans doute la différence entre ce que nous voyions l'un et l'autre d'une même personne était aussi grande. Le temps était loin où j'avais bien petitement commencé à Balbec par ajouter aux sensations visuelles quand je regardais Albertine, des sensations de saveur, d'odeur, de toucher. Depuis, des sensations plus profondes, plus douces, plus indéfinissables s'y étaient ajoutées, puis des sensations douloureuses. Bref Albertine n'était, comme une pierre autour de laquelle il a neigé, que le centre générateur d'une immense construction qui passait par le plan de mon coeur. Robert, pour qui était invisible toute cette stratification de sensations, ne saisissait qu'un résidu qu'elle m'empêchait au contraire d'apercevoir. Ce qui avait décontenancé Robert quand il avait aperçu la photographie d'Albertine était non le saisissement des vieillards troyens voyant passer Hélène et disant : « Notre mal ne vaut pas un seul de ses regards », mais celui exactement inverse et qui fait dire : « Comment, c'est pour ça qu'il a pu se faire tant de bile, tant de chagrin, faire tant de folies ! ». Albertine disparue

____________________________________________________________________________

Prochain "Dînez avec Proust" le jeudi 7 avril: Swann dîne chez les Verdurin

_____________________________________________________________________________

Here is the deathblow of our saint-Sulpicien celebration: a Trinity, certainly not Holy, in spite of the presence of a member of clergy. And I wonder if instead of endlessly digressing on my life illuminated by Proust's novel, I should not write a photo-novel....

At last I managed to find her photograph. “She is bound to be wonderful,” still came from Robert, who had not seen that I was holding out the protograph to him. All at once he caught sight of it, he held it for a moment between his hands. His face expressed a stupefaction which amounted to stupidity. “Is this the girl you are in love with?” he said at length in a tone from which astonishment was banished by his fear of making me angry. He made no remark upon it, he had assumed the reasonable, prudent, inevitably somewhat disdainful air which we assume before a sick person — even if he has been in the past a man of outstanding gifts, and our friend — who is now nothing of the sort, for, raving mad, he speaks to us of a celestial being who has appeared to him, and continues to behold this being where we, the sane man, can see nothing but a quilt on the bed. I at once understood Robert’s astonishment and that it was the same in which the sight of his mistress had plunged me, with this difference only that I had recognised in her a woman whom I already knew, whereas he supposed that he had never seen Albertine. But no doubt the difference between our respective impressions of the same person was equally great. The time was past when I had timidly begun at Balbec by adding to my visual sensations when I gazed at Albertine sensations of taste, of smell, of touch. Since then, other more profound, more pleasant, more indefinable sensations had been added to them, and afterwards painful sensations. In short, Albertine was merely, like a stone round which snow has gathered, the generating centre of an immense structure which rose above the plane of my heart. Robert, to whom all this stratification of sensations was invisible, grasped only a residue of it which it prevented me, on the contrary, from perceiving. What had disconcerted Robert when his eyes fell upon Albertine’s photograph was not the consternation of the Trojan elders when they saw Helen go by and said: “All our misfortunes are not worth a single glance from her eyes,” but the exactly opposite impression which may be expressed by: “What, it is for this that he has worked himself into such a state, has grieved himself so, has done so many idiotic things!” The Fugitive
Commenter cet article