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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Ce soir mercredi 2 mars 2016, à 18h au Café de la Mairie

Publié le 2 Mars 2016 par proust pour tous

Cuisine de la Tante Léonie, musée Marcel Proust à Illiers-Combray
Cuisine de la Tante Léonie, musée Marcel Proust à Illiers-Combray

Si vous voulez vous préparer au prochain "Dînez avec Proust" qui s'intitule "A table à Combray", ou discuter de l'actualité proustienne, à partir de 18h, aujourd'hui mercredi 2 mars 2016, au café de la Mairie, place St Sulpice.

(Un petit coup au carreau: c'était la pluie.)
LÉONIE : Eh bien ! Françoise, qu'est-ce que je disais ? Ce que cela tombe ! Mais je crois que j'ai entendu le grelot de la porte du jardin, allez donc voir qui est-ce qui peut être dehors par un temps pareil.
(Françoise revient)
FRANÇOISE : C'est Mme Amédée qui a dit qu'elle allait faire un tour. Ça pleut pourtant fort.
LÉONIE : (en levant les yeux au ciel) Cela ne me surprend point. J'ai toujours dit qu'elle n'avait point l'esprit fait comme tout le monde. J'aime mieux que ce soit elle que moi qui soit dehors en ce moment.
FRANÇOISE : (avec douceur) Mme Amédée, c'est toujours tout l'extrême des autres.
LÉONIE : (en soupirant) Voilà le salut passé ! Eulalie ne viendra plus; ce sera le temps qui lui aura fait peur.
FRANÇOISE : Mais il n'est pas cinq heures, madame Octave, il n'est que quatre heures et demie.
LÉONIE : Que quatre heures et demie ? et j'ai été obligée de relever les petits rideaux pour avoir un méchant rayon de jour. À quatre heures et demie ! Huit jours avant les Rogations ! Ah ! ma pauvre Françoise, il faut que le bon Dieu soit bien en colère après nous. Aussi, le monde d'aujourd'hui en fait trop ! Comme disait mon pauvre Octave, on a trop oublié le bon Dieu et il se venge.
(Coup de sonnette d’Eulalie. Elle entre dans la chambre. Puis un autre coup de sonette. Françoise remonte)
FRANÇOISE : M. le Curé serait enchanté, ravi, si Madame Octave ne repose pas et pouvait le recevoir. M. le Curé ne veut pas déranger. M. le Curé est en bas, j'y ai dit d'entrer dans la salle.
LÉONIE : Monsieur le Curé, qu'est-ce que l'on me disait qu'il y a un artiste qui a installé son chevalet dans votre église pour copier un vitrail. Je peux dire que je suis arrivée à mon âge sans avoir jamais entendu parler d'une chose pareille ! Qu'est-ce que le monde aujourd'hui va donc chercher ! Et ce qu'il y a de plus vilain dans l'église !
LE CURÉ : Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est ce qu'il y a de plus vilain, car s'il y a à Saint-Hilaire des parties qui méritent d'être visitées, il y en a d'autres qui sont bien vieilles dans ma pauvre basilique, la seule de tout le diocèse qu'on n'ait pas restaurée ! Mon Dieu, le porche est sale et antique, mais enfin d'un caractère majestueux ; passe même pour les tapisseries d'Esther dont personnellement je ne donnerais pas deux sous, mais qui sont placées par les connaisseurs tout de suite après celles de Sens. Je reconnais d'ailleurs, qu'à côté de certains détails un peu réalistes, elles en présentent d'autres qui témoignent d'un véritable esprit d'observation. Mais qu'on ne vienne pas me parler des vitraux. Cela a-t-il du bon sens de laisser des fenêtres qui ne donnent pas de jour et trompent même la vue par ces reflets d'une couleur que je ne saurais définir, dans une église où il n'y a pas deux dalles qui soient au même niveau et qu'on se refuse à me remplacer sous prétexte que ce sont les tombes des abbés de Combray et des seigneurs de Guermantes, les anciens comtes de Brabant. Les ancêtres directs du Duc de Guermantes d'aujourd'hui et aussi de la Duchesse puisqu'elle est une demoiselle de Guermantes qui a épousé son cousin. Voyez Roussainville, ce n'est plus aujourd'hui qu'une paroisse de fermiers, quoique dans l'antiquité cette localité ait dû un grand essor au commerce de chapeaux de feutre et des pendules. (Je ne suis pas certain de l'étymologie de Roussainville. Je croirais volontiers que le nom primitif était Rouville (Radulfi villa) comme Châteauroux (Castrum Radulfi), mais je vous parlerai de cela une autre fois.) Hé bien ! l'église a des vitraux superbes, presque tous modernes, et cette imposante Entrée de Louis-Philippe à Combray qui serait mieux à sa place à Combray même, et qui vaut, dit-on, la fameuse verrière de Chartres. Je voyais même hier le frère du docteur Percepied qui est amateur et qui la regarde comme d'un plus beau travail. Mais, comme je le lui disais à cet artiste qui semble du reste très poli, qui est paraît-il, un véritable virtuose du pinceau, que lui trouvez-vous donc d'extraordinaire à ce vitrail, qui est encore un peu plus sombre que les autres ?
LÉONIE : (fatiguée) Je suis sûre que si vous le demandiez à Monseigneur, il ne vous refuserait pas un vitrail neuf. Dialogues extraits de "Du côté de chez Swann"
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