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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Quand votre Jules vous fait de la peine; When your guy hurts your feelings

Publié le 8 Décembre 2015 par proust pour tous

madeleines de Noël
madeleines de Noël

Jules m'a chagrinée, je ne sais même plus pour quoi, car je me suis précipitée sur Albertine disparue, à la fois pour panser ma plaie et pour approfondir ma douleur, selon le hasard qui me ferait tomber sur un passage plus qu'un autre. Eh bien, je n'ai pas eu le temps de penser à cette souffrance, arrêtée dans mon élan par un paquet de madeleines que je ne me rappelais pas et qui s'ajoutèrent à ma liste plus longue que celle des cadeaux que je vais demander au Père Noël (auquel je ne crois pas, tandis que pour les madeleines j'ai une recette)

Alors ma vie fut entièrement changée. Ce qui en avait fait, et non à cause d'Albertine, parallèlement à elle, quand j'étais seul, la douceur, c'était justement, à l'appel de moments identiques, la perpétuelle renaissance de moments anciens. Par le bruit de la pluie m'était rendue l'odeur des lilas de Combray ; par la mobilité du soleil sur le balcon, les pigeons des Champs-Élysées ; par l'assourdissement des bruits dans la chaleur de la matinée, la fraîcheur des cerises ; le désir de la Bretagne ou de Venise par le bruit du vent et le retour de Pâques. L'été venait, les jours étaient longs, il faisait chaud. C'était le temps où de grand matin élèves et professeurs vont dans les jardins publics préparer les derniers concours sous les arbres, pour recueillir la seule goutte de fraîcheur que laisse tomber un ciel moins enflammé que dans l'ardeur du jour, mais déjà aussi stérilement pur. De ma chambre obscure, avec un pouvoir d'évocation égal à celui d'autrefois mais qui ne me donnait plus que de la souffrance, je sentais que dehors, dans la pesanteur de l'air, le soleil déclinant mettait sur la verticalité des maisons, des églises, un fauve badigeon. Et si Françoise en revenant dérangeait sans le vouloir les plis des grands rideaux, j'étouffais un cri à la déchirure que venait de faire en moi ce rayon de soleil ancien qui m'avait fait paraître belle la façade neuve de Bricqueville l'Orgueilleuse, quand Albertine m'avait dit : « Elle est restaurée. » Ne sachant comment expliquer mon soupir à Françoise, je lui disais : « Ah ! j'ai soif. » Elle sortait, rentrait, mais je me détournais violemment, sous la décharge douloureuse d'un des mille souvenirs invisibles qui à tout moment éclataient autour de moi dans l'ombre : je venais de voir qu'elle avait apporté du cidre et des cerises qu'un garçon de ferme nous avait apportés dans la voiture, à Balbec, espèces sous lesquelles j'aurais communié le plus parfaitement, jadis, avec l'arc-en-ciel des salles à manger obscures par les jours brûlants. Albertine disparue

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DEMAIN MERCREDI 9 DECEMBRE, PROUSTPOURTOUS AU CAFE DE LA MAIRIE PLACE SAINT SULPICE A PARTIR DE 18H 30

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Jules has hurt my feelings, I don't remember why, as I rushed to The Fugitive, in order to heal my wound and deepen my pain, according to the text I would tumble upon. Meanwhile I discovered a pack of madeleines that cured me instantly. Madeleines I had no memory of, and that I added to my list, a list longer that the number of gifts I will ask Santa for Christmas (I don't believe in him, on the other hand a have a good madeleine recipe).

So, my life was entirely altered. What had made it — and not owing to Albertine, concurrently with her, when I was alone — attractive, was precisely the perpetual resurgence, at the bidding of identical moments, of moments from the past. From the sound of the rain I recaptured the scent of the lilacs at Combray, from the shifting of the sun’s rays on the balcony the pigeons in the Champs-Elysées, from the muffling of all noise in the heat of the morning hours, the cool taste of cherries, the longing for Brittany or Venice from the sound of the wind and the return of Easter. Summer was at hand, the days were long, the weather warm. It was the season when, early in the morning, pupils and teachers resort to the public gardens to prepare for the final examinations under the trees, seeking to extract the sole drop of coolness that is let fall by a sky less ardent than in the midday heat but already as sterilely pure. From my darkened room, with a power of evocation equal to that of former days but capable now of evoking only pain, I felt that outside, in the heaviness of the atmosphere, the setting sun was plastering the vertical fronts of houses and churches with a tawny distemper. And if Françoise, when she came in, parted, by accident, the inner curtains, I stifled a cry of pain at the gash that was cut in my heart by that ray of long-ago sunlight which had made beautiful in my eyes the modern front of Marcouville l’Orgueilleuse, when Albertine said to me: “It is restored.” Not knowing how to account to Françoise for my groan, I said to her: “Oh, I am so thirsty.” She left the room, returned, but I turned sharply away, smarting under the painful discharge of one of the thousand invisible memories which at every moment burst into view in the surrounding darkness: I had noticed that she had brought in a jug of cider and a dish of cherries, things which a farm-lad had brought out to us in the carriage, at Balbec, ‘kinds’ in which I should have made the most perfect communion, in those days, with the prismatic gleam in shuttered dining-rooms on days of scorching heat. The Fugitive

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