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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Un désir de Toscane 2: juger des inconnus

Publié le 20 Octobre 2015 par proust pour tous

Le Laumière, lieu des délices toscans
Le Laumière, lieu des délices toscans

Je vous avais laissés haletant à l'idée de la pauvre Catherine restée à cette réunion de présentation d'un matelas toscan. Que se passa-t-il donc après mon départ précipité? Se trouva-t-elle entourée de gens sans intérêt? des lourdauds, des petites vieilles radoteuses? Elle le raconte, dans une lettre tout droit sortie, ou presque, des Liaisons dangereuses:

La démonstration fut éblouissante, ayant travaillé dans la publicité et le marketing, je me suis délectée de suivre et décortiquer son argumentaire d'ailleurs suivi de plusieurs commandes de braves gens tombés sous le charme de la sirène...
Le déjeuner qui a suivi fut la hauteur des espérances, de la très fine cuisine italienne servie sur des tables de quatre personnes: antipasti gracieusement disposés tièdes sur une tartelette feuilletée, un pavé de saumon comme j'aime, très peu cuit, fondant à souhait et un dessert chocolat au coulis de framboise ! Laurence tu as raté quelque chose.
Le meilleur pour la fin: J'avais repéré trois copains qui avaient aussi été surpris par l'objet de cette réunion mais avaient fait preuve d'humour et me suis glissée à leur table pour faire la quatrième. Je n'ai pas regretté ce choix. Momo, Alain et Diego sont les champions de pétanque, ils s'entraînent aux Buttes Chaumont non loin de là. Ils m'ont enchantée de leurs anecdotes et récits de voyages, nous avons confronté nos expériences en mycologie, botanique et autres sports de plein air. Je leur ai promis d'aller un jour prochain les encourager... peut-être avec toi, Laurence. Catherine Le Gallen
D'autre part, Albertine et Andrée, symbolisant en cela l'incapacité des gens du monde à porter un jugement valable sur les choses de l'esprit et leur propension à s'attacher dans cet ordre à de faux-semblants, non seulement n'étaient pas loin de me trouver stupide parce que j'étais curieux d'un tel imbécile, mais s'étonnaient surtout que, joueur de golf pour joueur de golf, mon choix se fût justement porté sur le plus insignifiant. Si encore j'avais voulu me lier avec le jeune Gilbert de Belloeuvre ; en dehors du golf c'était un garçon qui avait de la conversation, qui avait eu un accessit au concours général et faisait agréablement les vers (or il était, en réalité, plus bête qu'aucun). Ou alors si mon but était de « faire une étude pour un livre », Guy Saumoy, qui était complètement fou, avait enlevé deux jeunes filles, était au moins un type curieux qui pouvait « m'intéresser ». Ces deux-là, on me les eût « permis », mais l'autre, quel agrément pouvais-je lui trouver ? c'était le type de la « grande brute », de la « brute épaisse ». La prisonnière
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