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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Dernier voyage; Last trip

Publié le 4 Octobre 2015 par proust pour tous

Proust sur son lit de mort
Proust sur son lit de mort

Après avoir regardé le portrait-souvenir de Proust, de Roger Stéphane, avec en particulier l'interview très émouvante de Céleste Albaret décrivant la fin de celui qu'elle avait si bien servi et adoré....

J'ai relu dans In memoriam de Paul Léautaud (Mercure de France, 1956) l'agonie de son père, et dans La recherche, celle de la grand-mère du narrateur.

Paul Léautaud: Et puis, c’étaient les manèges habituels, que j’avais déjà vus à Calais, pour la mort de Fanny. Des gens venaient aux nouvelles et il fallait bien les faire entrer. Un coup d’œil au malade, et l’on s’asseyait en rond autour du lit, pour bavarder. On parlait bien un peu du mourant, et de la mort, oui, le premier quart d’heure, mais rien n’était plus vite épuisé que les sujets éternels, et l’on arrivait vite à parler d’autre chose. On allait même jusqu’à lire, ma parole ! Quel brillant il prenait alors à mes yeux, celui qui était étendu là, qui ne disait plus rien, qui ne regardait plus rien, la bouche seulement s’ouvrant automatiquement sous la poussée de son souffle. C’était donc là toute la douleur des vivants pour les morts ! Pas même le silence ! Pas étonnant qu’il fît une telle grimace, et il se serait certainement retourné du côté du mur, s’il avait pu, au lieu de rester comme il l’était, le visage tourné vers nous. In memoriam, p.212

Par moments, il semblait que tout fût fini, le souffle s'arrêtait, soit par ces mêmes changements d'octaves qu'il y a dans la respiration d'un dormeur, soit par une intermittence naturelle, un effet de l'anesthésie, le progrès de l'asphyxie, quelque défaillance du coeur. Le médecin reprit le pouls de ma grand'mère, mais déjà, comme si un affluent venait apporter son tribut au courant asséché, un nouveau chant s'embranchait à la phrase interrompue. Et celle-ci reprenait à un autre diapason, avec le même élan inépuisable. Qui sait si, sans même que ma grand'mère en eût conscience, tant d'états heureux et tendres comprimés par la souffrance ne s'échappaient pas d'elle maintenant comme ces gaz plus légers qu'on refoula longtemps ? On aurait dit que tout ce qu'elle avait à nous dire s'épanchait, que c'était à nous qu'elle s'adressait avec cette prolixité, cet empressement, cette effusion. Au pied du lit, convulsée par tous les souffles de cette agonie, ne pleurant pas mais par moments trempée de larmes, ma mère avait la désolation sans pensée d'un feuillage que cingle la pluie et retourne le vent. Le côté de Guermantes

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Rendez-vous mercredi 7 octobre, à partir de 18h30, au café de la Mairie, place Saint Sulpice, 1er étage

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Now and then it seemed that all was over, her breath stopped, whether owing to one of those transpositions to another octave that occur in the breathing of a sleeper, or else from a natural interruption, an effect of unconsciousness, the progress of asphyxia, some failure of the heart. The doctor stooped to feel my grandmother’s pulse, but already, as if a tributary were pouring its current into the dried river-bed, a fresh chant broke out from the interrupted measure. And the first was resumed in another pitch with the same inexhaustible force. Who knows whether, without indeed my grandmother’s being conscious of them, a countless throng of happy and tender memories compressed by suffering were not escaping from her now, like those lighter gases which had long been compressed in the cylinders? One would have said that everything that she had to tell us was pouring out, that it was to us that she was addressing herself with this prolixity, this earnestness, this effusion. At the foot of the bed, convulsed by every gasp of this agony, not weeping but now and then drenched with tears, my mother presented the unreasoning desolation of a leaf which the rain lashes and the wind twirls on its stem. The Guermantes Way
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