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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Un dîner proustien ; Proustian Dinner

Publié le 18 Septembre 2015 par proust pour tous

les Douze dîners
les Douze dîners

http://www.editionsdelaspirale.com/product/Les-douze-diners

Je cherche à organiser des dîners durant lesquels la conversation serait intéressante, et quoi de plus intéressant qu'un dialogue extrait de La Recherche? Si vous voulez tenir votre rôle, envoyez-moi un message...Je vous contacterai. On en parlera aussi mercredi prochain 23 septembre, au café de la Mairie, à 18h 30, au 1er étage, voici un extrait:

UN DÎNER À LA RASPELIÈRE

« Quand les bourgeois invitent les aristocrates à dîner »

(Sodome et Gomorrhe)

adapté d’après l’œuvre de Marcel Proust

par Laurence Grenier

Des rafraîchissements sont servis sur une table. Mme Verdurin invite les messieurs à aller eux-mêmes choisir la boisson qui leur convient. M. de Charlus vient boire son verre et revient vite s’assoir à la table de jeu. MME VERDURIN: Avez-vous pris de mon orangeade? CHARLUS(avec un sourire gracieux, sur un ton cristallin, avec mille moues de la bouche et déhanchements de la taille) : Non, j’ai préféré sa voisine, c’est de la fraisette, je crois, c’est délicieux. MME VERDURIN (au baron): Croyez-vous que ce n’est pas un crime que cet être-là qui pourrait nous enchanter avec son violon, soit là à une table d’écarté. Quand on joue du violon comme lui ! CHARLUS: Il joue bien aux cartes, il fait tout bien, il est si intelligent. (tout en regardant les jeux, afin de conseiller Morel). MME VERDURIN: Dites donc, Charlus, (elle commençait à se familiariser) vous n’auriez pas dans votre faubourg quelque vieux noble ruiné qui pourrait me servir de concierge ? CHARLUS: Mais si…mais si… (en souriant d’un air bonhomme) mais je ne vous le conseille pas. MME VERDURIN: Pourquoi ? CHARLUS: Je craindrais pour vous que les visiteurs élégants n’allassent pas plus loin que la loge. MME VERDURIN: Vous m’avez dit que vous connaissiez Mme de Molé. Est-ce que vous allez chez elle ? CHARLUS (avec une inflexion de dédain, une affectation de précision et un ton de psalmodie): Mais quelquefois. MME VERDURIN: Est-ce que vous y avez rencontré le duc de Guermantes ? CHARLUS: Ah! Je ne me rappelle pas. MME VERDURIN: Ah! vous ne connaissez pas le duc de Guermantes? CHARLUS: Mais comment est-ce que je ne le connaitrais pas ? (un sourire ironique fait onduler ses lèvres) MME VERDURIN: Pourquoi dites-vous: Comment est-ce que je ne le connaitrais pas ? CHARLUS: Mais puisque c’est mon frère. (négligemment) MME VERDURIN (se dirigeant vers Marcel): J’ai entendu tout à l’heure que M. de Cambremer vous invitait à dîner. Moi, vous comprenez, cela m’est égal. Mais dans votre intérêt j’espère bien que vous n’irez pas. D’abord c’est infesté d’ennuyeux. Ah! si vous aimez à diner avec des comtes et des marquis de province que personne ne connaît, vous serez servi à souhait. MARCEL: Je crois que je serai obligé d’y aller une fois ou deux. Je ne suis du reste pas très libre car j’ai une jeune cousine que je ne peux laisser seule. Mais pour les Cambremer, comme je la leur ai déjà présentée… MME VERDURIN: Vous ferez ce que vous voudrez. Ce que je peux vous dire : c’est excessivement malsain ; quand vous aurez pincé une fluxion de poitrine, ou les bons petits rhumatismes des familles, vous serez bien avancé ? MARCEL: Mais est-ce que l’endroit n’est pas très joli ? MME VERDURIN: Mmmmouiiii.... si on veut. Moi j’avoue franchement que j’aime cent fois mieux la vue d’ici sur cette vallée. D’abord on nous aurait payés que je n’aurais pas pris l’autre maison parce que l’air de la mer est fatal à M. Verdurin. Pour peu que votre cousine soit nerveuse… Mais du reste vous êtes nerveux, je crois…vous avez des étouffements. Hé bien ! vous verrez. Allez-y une fois, vous ne dormirez pas de huit jours. Non, ce n’est pas votre affaire. Si cela vous amuse de voir la maison qui n’est pas mal, jolie est trop dire, mais enfin amusante, avec le vieux fossé, le vieux pont-levis, comme il faudra que je m’exécute et que j’y dîne une fois, hé bien! Venez-y ce jour là, je tâcherai d’amener tout mon petit cercle, alors ce sera gentil. Après-demain nous irons à Arembouville, en voiture. La route est magnifique, il y a du cidre délicieux. Venez donc. Vous, Brichot, vous viendrez aussi. Et vous aussi, Ski. Monsieur de Charlus, est-ce que vous en êtes ? ( il ne sait pas de quoi on parle, et il sursaute) CHARLUS: Etrange question (murmuré d’un ton narquois qui pique Mme Verdurin). MME VERDURIN (à Marcel): D’ailleurs, en attendant le dîner Cambremer, pourquoi ne l’amèneriez-vous pas, votre cousine? Aime-t-elle la conversation ? les gens intelligents ? Est-elle agréable ?Oui, eh bien alors, très bien! Venez avec elle. Il n’y a pas que les Cambremer au monde. Je comprends qu’ils soient heureux de l’inviter, ils ne peuvent arriver à avoir personne. Ici elle aura un bon air, toujours des hommes intelligents. En tous cas je compte que vous ne me lâcherez pas pour mercredi prochain. Vous pouvez amener qui vous voulez. Je ne dirai pas cela à tout le monde. Enfin vous verrez que ce sera un de mes mercredis les plus réussis. Du reste ne jugez pas par celui de ce soir, il était tout à fait raté. Ne protestez pas, vous n’avez pas pu vous ennuyer plus que moi, moi-même je trouvais que c’était assommant. Ce ne sera pas toujours comme ce soir, vous savez ! Du reste je ne parle pas des Cambremer qui sont impossibles, mais j’ai connu des gens du monde qui passaient pour être agréables, hé bien ! à côté de mon petit noyau, cela n’existait pas. Je peux tout supporter, excepté l’ennui. Ah! ça non! Vous verrez, quand on a des gens du monde avec des gens vraiment intelligents, des gens de notre milieu, c’est là qu’il faut les voir, l’homme du monde le plus spirituel dans le monde des aveugles n’est plus qu’un borgne ici. De plus il gèle les autres qui ne se sentent plus en confiance. Concluons: vous viendrez avec votre cousine. C’est convenu. Bien. Aimez-vous les tartes aux pommes ? Oui, eh bien! notre chef les fait comme personne. Voyons, qu’est-ce que tu as ? (voyant M. Verdurin faire des signes d’impatience). C’est encore Saniette qui t’a agacé ? Mais puisque tu sais qu’il est idiot, prends-en ton parti, ne te mets pas dans des états comme cela…(à Marcel) Je n’aime pas cela, parce que c’est mauvais pour lui, cela le congestionne. Mais aussi je dois dire qu’il faut parfois une patience d’ange pour supporter Saniette et surtout se rappeler que c’est une charité de le recueillir. Pour ma part j’avoue que la splendeur de sa bêtise fait plutôt ma joie. Je pense que vous avez entendu après le dîner son mot : « Je ne sais pas jouer au whist, mais je sais jouer du piano. » Est-ce assez beau ! C’est un mensonge, car il ne sait pas plus l’un que l’autre. Mais mon mari, sous ses apparences rudes, est très sensible, très bon, et cette espèce d’égoïsme de Saniette, toujours préoccupé de l’effet qu’il va faire, le met hors de lui…Voyons, mon petit, calme-toi, tu sais bien que Cottard t’a dit que c’était mauvais pour ton foie. Et c’est sur moi que tout va retomber. Demain Saniette va venir avoir sa petite crise de nerfs et de larmes. Pauvre homme! il est très malade. Mais enfin ce n’est pas une raison pour qu’il tue les autres. Et puis, même dans les moments où il souffre trop, où on voudrait le plaindre, sa bêtise arrête net l’attendrissement. Il est par trop stupide. On entend de temps à autre les voix de Cottard et Morel. MOREL: Vous avez de l’atout? COTTARD: Yes. M. DE CAMBREMER (à Morel): Ah! Vous en avez de bonnes, vous. COTTARD: Voici la femme de carreau. Ça est de l’atout, savez-vous ? Ié coupe, ié prend… Mais il n’y a plus de Sorbonne ; il n’y a plus que l’université de Paris M. DE CAMBREMER: Que voulez-vous dire ? COTTARD: Je croyais que vous parliez de la Sorbonne. J’avais entendu que vous disiez : tu nous la sors bonne (avec un clin d’œil). Attendez (en montrant son adversaire) je lui prépare un coup de Trafalgar. (il se met en riant à remuer voluptueusement les deux épaules) Avez-vous de la petite chaôse ? (en se tournant vers Morel). Non? Alors je joue ce vieux David. MOREL: Mais alors, vous en avez cinq, vous avez gagné ! M. DE CAMBREMER: Voilà une belle victoire, docteur. COTTARD: Une victoire à la Pyrrhus (en se tournant vers le marquis et en regardant par-dessus son lorgnon pour juger de l’effet de son mot). (à Morel) Si nous avons encore le temps, je vous donne votre revanche. C’est à moi de faire…Ah! non, voici les voitures, ce sera pour vendredi, et je vous montrerai un tour qui n’est pas dans une musette. M. et Mme Verdurin conduisent leurs invités dehors. La Patronne est particulièrement câline avec Saniette afin d’être certaine qu’il reviendra le lendemain.

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A dinner to play between friends, to be sure to have a pleasant interesting conversation that night. We did it several times in America, in Connecticut, with Mary Jane, a talented actress as the grande dame and the rest of us (Pierre, Michelle, Melany, Elizabeth, Peter....) playing in her shadow. We laughed a lot.

Dinner at the Raspelière (from Cities on the Plain)

Refreshments were set out on a table. Mme Verdurin invites the gentlemen to go and choose whatever drinks they prefer. M. de Charlus goes and drinks his glass and at once returns to a seat by the card-table. MME VERDURIN: Have you tasted my orangeade? CHARLUS (with a gracious smile, in a crystalline tone with endless motions of his lips and body): No, I preferred its neighbour, it was strawberry-juice, I think, it was delicious MME VERDURIN (to the Baron): Don’t you think it criminal, that that creature who might be enchanting us with his violin should be sitting there at a card-table. When anyone can play the violin like that! CHARLUS: He plays cards well, he does everything well, he is so intelligent. (keeping his eye on the game, so as to be able to advise Morel). MME VERDURIN: By the way, Charlus, (beginning to grow familiar) you don’t know of any ruined old nobleman in your Faubourg who would come to me as janitor? CHARLUS: Why, yes... why, yes, (with a genial smile), but I don’t advise it. MME VERDURIN: Why not? CHARLUS: I should be afraid for your sake, that your smart visitors would call at the lodge and go no farther MME VERDURIN: You told me that you knew Mme de Molé. Does that mean, you go there? CHAR LUS (with an inflexion of disdain, an affectation of precision and in a sing-song tone): Yes, sometimes. MME VERDURIN: Have you ever met the Duc de Guermantes there? CHARLUS: Ah! That I don’t remember. MME VERDURIN: Oh! you don’t know the Duc de Guermantes? CHARLUS: And how should I not know him? (his lips curving in a smile. This smile was ironical; but as the Baron was afraid of letting a gold tooth be seen, he stopped it with a reverse movement of his lips, so that the resulting sinuosity was that of a good-natured smile) MME VERDURIN: Why do you say: ‘How should I not know him?’ CHARLUS: Because he is my brother (carelessly, leaving Mme Verdurin plunged in stupefaction and in the uncertainty whether her guest was making fun of her, was a natural son, or a son by another marriage. The idea that the brother of the Duc de Guermantes might be called Baron de Charlus never entered her head) MME VERDURIN (to Marcel): I heard M. de Cambremer invite you to dinner just now. It has nothing to do with me, you understand. But for your own sake, I do hope you won’t go. For one thing, the place is infested with bores. Oh! If you like dining with provincial Counts and Marquises whom nobody knows, you will be supplied to your heart’s content. MARCEL: I think I shall be obliged to go there once or twice. I am not altogether free, however, for I have a young cousin whom I cannot leave by herself . But as for the Cambremers, as I have been introduced to them... . MME VERD URIN: You shall do just as you please. One thing I can tell you: it’s extremely unhealthy; when you have caught pneumonia, or a nice little chronic rheumatism, you’ll be a lot better off! MARCEL: But isn’t the place itself very pretty? MME VERDURIN: Mmmmyess.... If you like. For my part, I confess frankly that I would a hundred times rather have the view from here over this valley. To begin with, if they’d paid us I wouldn’t have taken the other house because the sea air is fatal to M. Verdurin. If your cousin suffers at all from nerves.... But you yourself have bad nerves, I think you have choking fits. Very well! You shall see. Go there once, you won’t sleep for a week after it; but it’s not my business.If it would amuse you to see the house, which is not bad, pretty is too strong a word, still it is amusing with its old moat, and the old drawbridge, as I shall have to sacrifice myself and dine there once, very well, come that day, I shall try to bring all my little circle, then it will be quite nice. The day after to-morrow we are going to Harambouville in the carriage. It’s a magnificent drive, the cider is delicious. Come with us. You, Brichot, you shall come too. And you too, Ski. That will make a party which, as a matter of fact, my husband must have arranged already. I don’t know whom all he has invited, Monsieur de Charlus, are you one of them? CHAR LUS ( who had not heard the whole speech, and did not know that she was talking of an excursion to Harambouville): A strange question, (he murmures in a mocking tone by which Mme Verdurin feels hurt). MME VERDURIN (to Marcel): Anyhow, before you dine with the Cambremers, why not bring her here, your cousin? Does she like conversation, and clever people? Is she pleasant? Yes, very well then. Bring her with you. The Cambremers aren’t the only people in the world. I can understand their being glad to invite her, they must find it difficult to get anyone. Here she will have plenty of fresh air, and lots of clever men. In any case, I am counting on you not to fail me next Wednesday. I heard you were having a tea-party at Rivebelle with your cousin, and M. de Charlus, and I forget who’ else. You must arrange to bring the whole lot on here, it would be nice if you all came in a body. It’s the easiest thing in the world to get here, the roads are charming; if you like I can send down for you. I can’t imagine what you find attractive in Rivebelle, it’s infested with mosquitoes. You are thinking perhaps of the reputation of the rock-cakes. My cook makes them far better. I can let you have them, here, Norman rock-cakes, the real article, and shortbread; I need say no more. Ah! If you like the filth they give you at Rivebelle, that I won’t give you, I don’t poison my guests, Sir, and even if I wished to, my cook would refuse to make such abominations and would leave my service. Those rock-cakes you get down there, you can’t tell what they are made of. I knew a poor girl who got peritonitis from them, which carried her off in three days. She was only seventeen. It was sad for her poor mother (with a melancholy air beneath the spheres of her temples charged with experience and suffering). However, go and have tea at Rivebelle, if you enjoy being fleeced and flinging money out of the window. But one thing I beg of you, it is a confidential mission I am charging you with, on the stroke of six, bring all your party here, don’t allow them to go straggling away by themselves. You can bring whom you please. I wouldn’t say that to everybody. But I am sure that your friends are nice, I can see at once that we understand one another. Apart from the little nucleus, there are some very pleasant people coming on Wednesday. You don’t know little Madame de Longpont. She is charming, and so witty, not in the least a snob, you will find, you’ll like her immensely. And she’s going to bring a whole troop of friends too. We shall see which has most influence and brings most people, Barbe de Longpont or you. And then I believe somebody’s going to bring Bergotte (with a vague air). Anyhow, you will see that it will be one of my most successful Wednesdays, I don’t want to have any boring women. You mustn’t judge by this evening, it has been a complete failure. Don’t try to be polite, you can’t have been more bored than I was, I thought myself it was deadly. It won’t always be like to-night, you know! I’m not thinking of the Cambremers, who are impossible, but I have known society people who were supposed to be pleasant, well, compared with my little nucleus, they didn’t exist.

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