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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

le bal des têtes; Heads Ball

Publié le 27 Septembre 2015 par proust pour tous

masque pretty woman
masque pretty woman

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mercredi 30 septembre, au café de la mairie, place St Sulpice, au 1er étage, à 18h30

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Hier, grand raout chez mon frère Fifi, pour ses 60 ans. Tous ses meilleurs amis étaient là, y compris certains que je n'avais pas vus depuis plus de 20 ans, la famille aussi. Quand un essaim de femmes mûres en robes noires sans manches, portant un masque au bout d'un bâton, toutes le même, à l'effigie de Julia Roberts, ont entouré Fifi, en se dandinant sur l'air de "Pretty woman", on a rigolé, comme c'était triste, car il n'y avait que cela à faire: rigoler!

La nécessité, pour donner un nom aux figures, de remonter effectivement le cours des années, me forçait, en réaction, de rétablir ensuite, en leur donnant leur place réelle, les années auxquelles je n'avais pensé. À ce point de vue, et pour ne pas me laisser tromper par l'identité apparente de l'espace, l'aspect tout nouveau d'un être comme M. d'Argencourt m'était une révélation frappante de cette réalité du millésime qui d'habitude nous reste abstraite, comme l'apparition de certains arbres nains ou des baobabs géants nous avertit du changement de latitude. Alors la vie nous apparaît comme la féerie où l'on voit d'acte en acte le bébé devenir adolescent, homme mûr et se courber vers la tombe. Et comme c'est par des changements perpétuels qu'on sent que ces êtres prélevés à des distances assez grandes sont si différents, on sent qu'on a suivi la même loi que ces créatures qui se sont tellement transformées qu'elles ne ressemblent plus, sans avoir cessé d'être – justement parce qu'elles n'ont pas cessé d'être – à ce que nous avons vu d'elles jadis. Le Temps retrouvé

Last night, big celebration for my brother Fifi's 60th birthday. His best friends, among whom some I had not seen in more than 20 years, were there, the family too. When a swarm of mature women dressed in a black sleeveless dress and holding masks on a pick, all identical, with the face of Julia Roberts, surrounded Fifi, while dancing on the air or "Pretty woman", everybody laughed, how sad, there was nothing else to do but laugh!

The need, so as to give a name to a face, of what amounted to climbing up the years, compelled me later to reconstruct retrospectively the years about which I had never thought, so as to give them their proper order. From this point of view and so as not to allow myself to be deceived by the apparent identity of space, the perfectly new aspect of a being like M. d’Argencourt was a striking revelation of the reality of the era which generally seems an abstraction, in the same way as dwarf trees or giant baobabs illustrate a change of latitude. Then life appears to us like a fairyland where one can watch the baby becoming adolescent, man becoming mature and inclining to the grave. And, since it is through perpetual change that one grasps that these beings, observed at considerable intervals, are so different, one realises that one has been obeying the same law as these creatures which are so transformed that they no longer resemble, though they have never ceased to be — just because they have never ceased to be — what we thought them before. Time Regained
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