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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Enseigner le français en visitant des musées; Teaching French while visiting museums

Publié le 7 Septembre 2015 par proust pour tous

Bourdelle: centaure portant un jeune homme ailé, aquarelle
Bourdelle: centaure portant un jeune homme ailé, aquarelle

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Mercredi le 9 septembre, Proustpourtous à 18h 30 au Café de la Mairie (1er étage), place St Sulpice, un endroit très agréable et bien fréquenté.

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François, un ami FB, m'a fait lire sa belle thèse de Master 2 FLE (enseignement du français comme langue étrangère) dans laquelle il décrit sa méthode, qui utilise la contemplation de tableaux ou photos pour faire parler ses élèves, sous un angle plus anthropologique qu'esthétique. Et les exercices qu'il propose pourraient être pratiqués avec profit par ceux qui visitent les expositions importantes au pas de course.

Cette fête au bord de l'eau avait quelque chose d'enchanteur. La rivière, les robes des femmes, les voiles des barques, les reflets innombrables des unes et des autres voisinaient parmi ce carré de peinture qu'Elstir avait découpé dans une merveilleuse après-midi. Ce qui ravissait dans la robe d'une femme cessant un moment de danser, à cause de la chaleur et de l'essoufflement, était chatoyant aussi, et de la même manière, dans la toile d'une voile arrêtée, dans l'eau du petit port, dans le ponton de bois, dans les feuillages et dans le ciel. Comme dans un des tableaux que j'avais vus à Balbec, l'hôpital, aussi beau sous son ciel de lapis que la cathédrale elle-même, semblait, plus hardi qu'Elstir théoricien, qu'Elstir homme de goût et amoureux du moyen âge, chanter : « Il n'y a pas de gothique, il n'y a pas de chef-d'oeuvre, l'hôpital sans style vaut le glorieux portail », de même j'entendais : « La dame un peu vulgaire qu'un dilettante en promenade éviterait de regarder, excepterait du tableau poétique que la nature compose devant lui, cette femme est belle aussi, sa robe reçoit la même lumière que la voile du bateau, et il n'y a pas de choses plus ou moins précieuses, la robe commune et la voile en elle-même jolie sont deux miroirs du même reflet, tout le prix est dans les regards du peintre. » Or celui-ci avait su immortellement arrêter le mouvement des heures à cet instant lumineux où la dame avait eu chaud et avait cessé de danser, où l'arbre était cerné d'un pourtour d'ombre, où les voiles semblaient glisser sur un vernis d'or. Mais justement parce que l'instant pesait sur nous avec tant de force, cette toile si fixée donnait l'impression la plus fugitive, on sentait que la dame allait bientôt s'en retourner, les bateaux disparaître, l'ombre changer de place, la nuit venir, que le plaisir finit, que la vie passe et que les instants, montrés à la fois par tant de lumières qui y voisinent ensemble, ne se retrouvent pas. Je reconnaissais encore un aspect, tout autre il est vrai, de ce qu'est l'instant, dans quelques aquarelles à sujets mythologiques, datant des débuts d'Elstir et dont était aussi orné ce salon. Les gens du monde « avancés » allaient « jusqu'à » cette manière-là, mais pas plus loin. Ce n'était certes pas ce qu'Elstir avait fait de mieux, mais déjà la sincérité avec laquelle le sujet avait été pensé ôtait sa froideur. C'est ainsi que, par exemple, les Muses étaient représentées comme le seraient des êtres appartenant à une espèce fossile mais qu'il n'eût pas été rare, aux temps mythologiques, de voir passer le soir, par deux ou par trois, le long de quelque sentier montagneux. Quelquefois un poète, d'une race ayant aussi une individualité particulière pour un zoologiste (caractérisée par une certaine insexualité), se promenait avec une Muse, comme, dans la nature, des créatures d'espèces différentes mais amies et qui vont de compagnie. Dans une de ces aquarelles, on voyait un poète épuisé d'une longue course en montagne, qu'un Centaure, qu'il a rencontré, touché de sa fatigue, prend sur son dos et ramène. Dans plus d'une autre, l'immense paysage (où la scène mythique, les héros fabuleux tiennent une place minuscule et sont comme perdus) est rendu, des sommets à la mer, avec une exactitude qui donne plus que l'heure, jusqu'à la minute qu'il est, grâce au degré précis du déclin du soleil, à la fidélité fugitive des ombres. Par là l'artiste donne, en l'instantanéisant, une sorte de réalité historique vécue au symbole de la fable, le peint, et le relate au passé défini. Le côté de Guermantes

François, a FB friend, made me read his beautiful thesis (to teach French as a foreign language) in which he describes his method: using paintings and photographs to initiate a discussion with his students, a discussion more oriented towards anthropology than esthetics. If only the hords of visitors in big museums could take advantage of his judicious exercises, they would run less fast from one picture to the other...

There was something enchanting about this waterside carnival. The river, the women’s dresses, the sails of the boats, the innumerable reflexions of one thing and another came crowding into this little square panel of beauty which Elstir had cut out of a marvellous afternoon. What delighted one in the dress of a woman who had stopped for a moment in the dance because it was hot and she was out of breath was irresistible also in the same way in the canvas of a motionless sail, in the water of the little harbour, in the wooden bridge, in the leaves of the trees and in the sky. As in one of the pictures that I had seen at Balbec, the hospital, as beautiful beneath its sky of lapis lazuli as the cathedral itself, seemed (more bold than Elstir the theorician, then Elstir the man of taste, the lover of things mediaeval) to be intoning: “There is no such thing as gothic, there is no such thing as a masterpiece; this tasteless hospital is just as good as the glorious porch,” so I now heard: “The slightly vulgar lady at whom a man of discernment would refrain from glancing as he passed her by, would except from the poetical composition which nature has set before him — her dress is receiving the same light as the sail of that boat, and there are no degrees of value and beauty; the commonplace dress and the sail, beautiful in itself, are two mirrors reflecting the same gleam; the value is all in the painter’s eye.” This eye had had the skill to arrest for all time the motion of the hours at this luminous instant, when the lady had felt hot and had stopped dancing, when the tree was fringed with a belt of shadow, when the sails seemed to be slipping over a golden glaze. But just because the depicted moment pressed on one with so much force, this so permanent canvas gave one the most fleeting impression, one felt that the lady would presently move out of it, the boats drift away, the night draw on, that pleasure comes to an end, that life passes and that the moments illuminated by the convergence, at once, of so many lights do not recur. I recognized yet another aspect, quite different it is true, of what the moment means in a series of water-colours of mythological subjects, dating from Elstir’s first period, which also adorned this room. Society people who held ‘advanced’ views on art went ‘as far as’ this earliest manner, but no further. These were certainly not the best work that he had done, but already the sincerity with which the subject had been thought out melted its natural coldness. Thus the Muses, for instance, were represented as it might be creatures belonging to a species now fossilised, but creatures which it would not have been surprising in mythological times to see pass in the evening, in twos or threes, along some mountain path. Here and there a poet, of a race that had also a peculiar interest for the zoologist (characterised by a certain sexlessness) strolled with a Muse, as one sees in nature creatures of different but of kindred species consort together. In one of these water-colours one saw a poet wearied by long wanderings on the mountains, whom a Centaur, meeting him and moved to pity by his weakness, had taken on his back and was carrying home. In more than one other, the vast landscape (in which the mythical scene, the fabulous heroes, occupied a minute place and were almost lost) was rendered, from the mountain tops to the sea, with an exactitude which told one more than the hour, told one to the very minute what time of day it was, thanks to the precise angle of the setting sun, to the fleeting fidelity of the shadows. In this way the artist managed to give, by making it instantaneous, a sort of historical reality, as of a thing actually lived, to the symbol of his fable, painted it and set it at a definite point in the past. The Guermantes Way
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