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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Picasso Jules et moi; Picasso Jules and I

Publié le 5 Août 2015 par proust pour tous

Picasso, flûte de Pan
Picasso, flûte de Pan

Nous continuons notre visite systématique de Paris, et ce lundi, musée Picasso. J'ai pu appliquer ce que Jules avait lu dans un livre magnifique d'intelligence de Pierre Francastel, au sujet de Gauguin et Van Gogh, qui avaient eu l'idée géniale de représenter l'espace par la couleur pure. Comme toutes les critiques d'art utiles, j'ai pu l'appliquer à ce que je regarde: Picasso aujourd'hui, qui demain? Cette remarque, plus celle que m'avait faite à Boston, il y a plus de 20 ans, Nicolaï, un Russe fou d'art, sur la perspective par la couleur chez les Flamands du 17 ème siècle (foncé au premier plan, puis vert puis bleu, correspondant à l'incorporation progressive de l'azur), et me voici avec 2 clés qui me font approfondir ma joie de découvrir des tableaux!

Mais alors, n'est-ce pas que, de ces éléments, tout le résidu réel que nous sommes obligés de garder pour nous-mêmes, que la causerie ne peut transmettre même de l'ami à l'ami, du maître au disciple, de l'amant à la maîtresse, cet ineffable qui différencie qualitativement ce que chacun a senti et qu'il est obligé de laisser au seuil des phrases où il ne peut communiquer avec autrui qu'en se limitant à des points extérieurs communs à tous et sans intérêt, l'art, l'art d'un Vinteuil comme celui d'un Elstir, le fait apparaître, extériorisant dans les couleurs du spectre la composition intime de ces mondes que nous appelons les individus, et que sans l'art nous ne connaîtrions jamais ? Des ailes, un autre appareil respiratoire, et qui nous permissent de traverser l'immensité, ne nous serviraient à rien, car, si nous allions dans Mars et dans Vénus en gardant les mêmes sens, ils revêtiraient du même aspect que les choses de la Terre tout ce que nous pourrions voir. Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d'aller vers de nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux, de voir l'univers avec les yeux d'un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d'eux voit, que chacun d'eux est ; et cela, nous le pouvons avec un Elstir, avec un Vinteuil ; avec leurs pareils, nous volons vraiment d'étoiles en étoiles. La Prisonnière

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Aujourd'hui 5 août, mercredi de Proustpourtous, à 18h30 au Café de la Mairie place St Sulpice, au 1er étage

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We pursue our systematic visit of Paris, and this Monday it was the Picasso Museum. I was able to apply what Jules had read in a magnificent book by Pierre Francastel, on Gauguin and Van Gogh, who had the genial idea of representing space by pure color. I used that key to appreciate more Picasso. This remark added to the one made in Boston, more than 20 years ago, by Nicolaï, a Russian crazy about art, on the representation of perspective by colors in the 17 th century Flemish paintings (dark foreground, then green then blue, because of azur gradually incorporated into the landscape), and here I am with two keys to deepen my joy when I discover a painting!

But is it not the fact then that from those elements, all the real residuum which we are obliged to keep to ourselves, which cannot be transmitted in talk, even by friend to friend, by master to disciple, by lover to mistress, that ineffable something which makes a difference in quality between what each of us has felt and what he is obliged to leave behind at the threshold of the phrases in which he can communicate with his fellows only by limiting himself to external points common to us all and of no interest, art, the art of a Vinteuil like that of an Elstir, makes the man himself apparent, rendering externally visible in the colours of the spectrum that intimate composition of those worlds which we call individual persons and which, without the aid of art, we should never know? A pair of wings, a different mode of breathing, which would enable us to traverse infinite space, would in no way help us, for, if we visited Mars or Venus keeping the same senses, they would clothe in the same aspect as the things of the earth everything that we should be capable of seeing. The only true voyage of discovery, the only fountain of Eternal Youth, would be not to visit strange lands but to possess other eyes, to behold the universe through the eyes of another, of a hundred others, to behold the hundred universes that each of them beholds, that each of them is; and this we can contrive with an Elstir, with a Vinteuil; with men like these we do really fly from star to star. The Captive
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Daniel Salom 05/08/2015 21:42

Proust, vous et nous.... Quel quatuor? Vinteuil peut-être... D.

Marie-Pierre 05/08/2015 11:38

Je recommande le musée de l'architecture et sa terrasse café face à la Tour Eiffel, expo vitrail et salle des collections régulières à la vue somptueuse... Ce soir 1er mercredi du mois, prise mais de cœur avec toi place St Sulpice