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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Fin de soirée à Neuilly; In Neuilly, end of the party

Publié le 3 Juillet 2015 par proust pour tous

Charlemagne envoie ses missi dominici
Charlemagne envoie ses missi dominici

Hier soir à Neuilly, Claude Wittezaele, Jérôme Bastianelli et moi-même avons épaté une assistance agitée de coups d'éventails dans une brasserie voisine de la librairie du Roule, dépositaire de nos productions livresques ( (Proust Ruskin, Les 7 leçons de Marcel Proust, ainsi que ses 12 dîners sans oublier ses 36 femmes; annonce pour la rentrée de Cheminements proustiens). Je me disais, tout en écoutant avec passion mes deux partenaires, que nous étions comme 3 missi dominici essayant de gérer le royaume de Proust! un royaume qui a encore besoin de braves conquérants, qui ne sont pas légion mais dont la troupe s'avance tout de même. A la fin de la soirée, les compliments ont fusé.

Les autres invitées de M. de Charlus s'en allèrent assez rapidement. Beaucoup disaient : « Je ne voudrais pas aller à la sacristie (le petit salon où le baron, ayant Charlie à côté de lui, recevait les félicitations, et qu'il appelait ainsi lui-même), il faudrait pourtant que Palamède me voie pour qu'il sache que je suis restée jusqu'à la fin. » Aucune ne s'occupait de Mme Verdurin. Plusieurs feignirent de ne pas la reconnaître et de dire adieu par erreur à Mme Cottard, en me disant de la femme du docteur : « C'est bien Mme Verdurin, n'est-ce pas ? » Mme d'Arpajon me demanda, à portée des oreilles de la maîtresse de maison : « Est-ce qu'il y a seulement jamais eu un M. Verdurin ? » Les duchesses, ne trouvant rien des étrangetés auxquelles elles s'étaient attendues, dans ce lieu qu'elles avaient espéré plus différent de ce qu'elles connaissaient, se rattrapaient, faute de mieux, en étouffant des fous rires devant les tableaux d'Elstir ; pour le reste, qu'elles trouvaient plus conforme qu'elles n'avaient cru à ce qu'elles connaissaient déjà, elles en faisaient honneur à M. de Charlus en disant : « Comme Palamède sait bien arranger les choses ! il monterait une féerie dans une remise ou dans un cabinet de toilette que ça n'en serait pas moins ravissant. » Les plus nobles étaient celles qui félicitaient avec le plus de ferveur M. de Charlus de la réussite d'une soirée dont certaines n'ignoraient pas le ressort secret, sans en être embarrassées d'ailleurs, cette société – par souvenir peut-être de certaines époques de l'histoire où leur famille était déjà arrivée à un degré identique d'impudeur pleinement consciente – poussant le mépris des scrupules presque aussi loin que le respect de l'étiquette. Plusieurs d'entre elles engagèrent sur place Charlie pour des soirs où il viendrait jouer le septuor de Vinteuil, mais aucune n'eut même l'idée d'y convier Mme Verdurin. Celle-ci était au comble de la rage quand M. de Charlus qui, porté sur un nuage, ne pouvait s'en apercevoir, voulut, par décence, inviter la Patronne à partager sa joie. Et ce fut peut-être plutôt en se livrant à son goût de littérature qu'à un débordement d'orgueil que ce doctrinaire des fêtes artistes dit à Mme Verdurin : « Hé bien, êtes-vous contente ? Je pense qu'on le serait à moins ; vous voyez que, quand je me mêle de donner une fête, cela n'est pas réussi à moitié. Je ne sais pas si vos notions héraldiques vous permettent de mesurer exactement l'importance de la manifestation, le poids que j'ai soulevé, le volume d'air que j'ai déplacé pour vous. Vous avez eu la reine de Naples, le frère du roi de Bavière, les trois plus anciens pairs. Si Vinteuil est Mahomet, nous pouvons dire que nous avons déplacé pour lui les moins amovibles des montagnes. Pensez que, pour assister à votre fête, la reine de Naples est venue de Neuilly, ce qui est beaucoup plus difficile pour elle que de quitter les Deux-Siciles, dit-il avec une intention de rosserie, malgré son admiration pour la Reine. C'est un événement historique. Pensez qu'elle n'était peut-être jamais sortie depuis la prise de Gaète. Il est probable que, dans les dictionnaires, on mettra comme dates culminantes le jour de la prise de Gaète et celui de la soirée Verdurin. L'éventail qu'elle a posé pour mieux applaudir Vinteuil mérite de rester plus célèbre que celui que Mme de Metternich a brisé parce qu'on sifflait Wagner. – Elle l'a même oublié, son éventail », dit Mme Verdurin, momentanément apaisée par le souvenir de la sympathie que lui avait témoignée la Reine, et elle montra à M. de Charlus l'éventail sur un fauteuil. « Oh ! comme c'est émouvant ! s'écria M. de Charlus en s'approchant avec vénération de la relique. Il est d'autant plus touchant qu'il est affreux ; la petite violette est incroyable ! » Et des spasmes d'émotion et d'ironie le parcouraient alternativement. « Mon Dieu, je ne sais pas si vous ressentez ces choses-là comme moi. Swann serait simplement mort de convulsions s'il avait vu cela. Je sais bien qu'à quelque prix qu'il doive monter, j'achèterai cet éventail à la vente de la Reine. Car elle sera vendue, comme elle n'a pas le sou », ajouta-t-il, la cruelle médisance ne cessant jamais chez le baron de se mêler à la vénération la plus sincère, bien qu'elles partissent de deux natures opposées, mais réunies en lui. La prisonnière

In Neuilly, last night, Claude Wittezaele, Jérôme Bastianelli and I have impressed a public trying to find some relief to the heat with fans. In a brasserie close to a bookstore that carries our various litterary proustian productions (Proust Ruskin, Les 7 leçons de Marcel Proust, les 12 dîners and the 36 femmes; in English : The Seven Lessons of Marcel Proust and the launching in September of Cheminements proustiens). I was telling to myself as I was passionately listening to my partners that we were like 3 missi dominici trying to manage Proust's kingdom, a kingdom that need more soldiers than managers. At the end of the party, many congratulations...

The remainder of M. de Charlus’s guests drifted away fairly rapidly. Several of them said: “I don’t want to call at the vestry” (the little room in which the Baron, with Charlie by his side, was receiving congratulations, and to which he himself had given the name), “but I must let Palamède see me so that he shall know that I stayed to the end.” Nobody paid the slightest attention to Mme. Verdurin. Some pretended not to know which was she and said good night by mistake to Mme. Cottard, appealing to me for confirmation with a “That is Mme. Verdurin, ain’t it?” Mme. d’Arpajon asked me, in the hearing of our hostess: “Tell me, has there ever been a Monsieur Verdurin?” The Duchesses, finding none of the oddities that they expected in this place which they had hoped to find more different from anything that they already knew, made the best of a bad job by going into fits of laughter in front of Elstir’s paintings; for all the rest of the entertainment, which they found more in keeping than they had expected with the style with which they were familiar, they gave the credit to M. de Charlus, saying: “How clever Palamède is at arranging things; if he were to stage an opera in a stable or a bathroom, it would still be perfectly charming.” The most noble ladies were those who shewed most fervour in congratulating M. de Charlus upon the success of a party, of the secret motive of which some of them were by no means unaware, without, however, being embarrassed by the knowledge, this class of society —remembering perhaps certain epochs in history when their own family had already arrived at an identical stage of brazenly conscious effrontery — carrying their contempt for scruples almost as far as their respect for etiquette. Several of them engaged Charlie on the spot for different evenings on which he was to come and play them Vinteuil’s septet, but it never occurred to any of them to invite Mme. Verdurin. This last was already blind with fury when M. de Charlus who, his head in the clouds, was incapable of perceiving her condition, decided that it would be only decent to invite the Mistress to share his joy. And it was perhaps yielding to his literary preciosity rather than to an overflow of pride that this specialist in artistic entertainments said to Mme. Verdurin: “Well, are you satisfied? I think you have reason to be; you see that when I set to work to give a party there are no half-measures. I do not know whether your heraldic knowledge enables you to gauge the precise importance of the display, the weight that I have lifted, the volume of air that I have displaced for you. You have had the Queen of Naples, the brother of the King of Bavaria, the three premier peers. If Vinteuil is Mahomet, we may say that we have brought to him some of the least movable of mountains. Bear in mind that to attend your party the Queen of Naples has come up from Neuilly, which is a great deal more difficult for her than evacuating the Two Sicilies,” he went on, with a deliberate sneer, notwithstanding his admiration for the Queen. “It is an historic event. Just think that it is perhaps the first time she has gone anywhere since the fall of Gaeta. It is probable that the dictionaries of dates will record as culminating points the day of the fall of Gaeta and that of the Verdurins’ party. The fan that she laid down, the better to applaud Vinteuil, deserves to become more famous than the fan that Mme. de Metternich broke because the audience hissed Wagner.” “Why, she has left it here,” said Mme. Verdurin, momentarily appeased by the memory of the Queen’s kindness to herself, and she shewed M. de Charlus the fan which was lying upon a chair. “Oh! What a touching spectacle!” exclaimed M. de Charlus, approaching the relic with veneration. “It is all the more touching, it is so hideous; poor little Violette is incredible!” And spasms of emotion and irony coursed through him alternately. “Oh dear, I don’t know whether you feel this sort of thing as I do. Swann would positively have died of convulsions if he had seen it. I am sure, whatever price it fetches, I shall buy the fan at the Queen’s sale. For she is bound to be sold up, she hasn’t a penny,” he went on, for he never ceased to intersperse the cruellest slanders with the most sincere veneration, albeit these sprang from two opposing natures, which, however, were combined in himself. They might even be brought to bear alternately upon the same incident. The Captive

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