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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Contre Sainte-Beuve; Against Sainte-Beuve

Publié le 10 Juin 2015 par proust pour tous

Contre Sainte-Beuve; Against Sainte-Beuve

Hier colloque à Normale sup sur Proust et la jalousie j'étais impressionnée par tous ces esprits très savants et très clairs, qui passent leur vie sur les grandes oeuvres, en l'occurence sur celle qui a changé ma vie .Il y était question de la Recherche sauf pour un chapître qui concerne la relation de Marcel Proust avec son chauffeur Alfred Agostinelli, dont l'auteur, Jean-Marc Quaranta, universitaire comme tous les orateurs, raconta quel travail de fourmi avait été son enquête menée en particulier dans les archives de Monaco. Je dois avouer que malgré mon peu de goût pour les études sur la vie de Proust, ce travail de Sherlock Holmes, qui aurait ainsi pu permettre de déchiffrer une des clés du roman était très distrayant! « Élémentaire, mon cher Watson ».

Mme de Villeparisis interrogée par moi sur Chateaubriand, sur Balzac, sur Victor Hugo, tous reçus jadis par ses parents et entrevus par elle-même, riait de mon admiration, racontait sur eux des traits piquants comme elle venait de faire sur des grands seigneurs ou des hommes politiques, et jugeait sévèrement ces écrivains, précisément parce qu'ils avaient manqué de cette modestie, de cet effacement de soi, de cet art sobre qui se contente d'un seul trait juste et n'appuie pas, qui fuit plus que tout le ridicule de la grandiloquence, de cet à-propos, de ces qualités de modération de jugement et de simplicité, auxquelles on lui avait appris qu'atteint la vraie valeur : on voyait qu'elle n'hésitait pas à leur préférer des hommes qui, peut-être, en effet, avaient eu, à cause d'elles, l'avantage sur un Balzac, un Hugo, un Vigny, dans un salon, une académie, un conseil des ministres, Molé, Fontanes, Vitrolles, Bersot, Pasquier, Lebrun, Salvandy ou Daru.
– C'est comme les romans de Stendhal pour qui vous aviez l'air d'avoir de l'admiration. Vous l'auriez beaucoup étonné en lui parlant sur ce ton. Mon père qui le voyait chez M. Mérimée – un homme de talent au moins celui-là – m'a souvent dit que Beyle (c'était son nom) était d'une vulgarité affreuse, mais spirituel dans un dîner, et ne s'en faisant pas accroire pour ses livres. Du reste, vous avez pu voir vous-même par quel haussement d'épaules il a répondu aux éloges outrés de M. de Balzac. En cela du moins il était homme de bonne compagnie.
Elle avait de tous ces grands hommes des autographes, et semblait, se prévalant des relations particulières que sa famille avait eues avec eux, penser que son jugement à leur égard était plus juste que celui de jeunes gens qui comme moi n'avaient pas pu les fréquenter.
– Je crois que je peux en parler, car ils venaient chez mon père ; et comme disait M. Sainte-Beuve, qui avait bien de l'esprit, il faut croire sur eux ceux qui les ont vus de près et ont pu juger plus exactement de ce qu'ils valaient. A l'ombre des jeunes filles en fleurs

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LE PROCHAIN MERCREDI DE PROUSTPOURTOUS AURA LIEU LE MERCREDI (!) 17 JUIN, A PARTIR DE 18 H 30 AU "96" 96 BLD SAINT-GERMAIN ( presqu'à l'angle du bd St Michel)

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Yesterday I attended a meeting in the famous Normale sup school, on Proust et la jalousie I was impressed by all these expert and very clear minds who spend their lives studying masterpieces, in that case the one that has changed my life. All was around The Search, but for a chapter presented by Jean-Marc Quaranta, university teacher like all other speakers, who investigated through Monaco archives, the relationship of Proust and his chauffeur Alfred Agostinelli, and so doing unveiled an explanation for one of the keys in the novel. I have to admit that, in spite of my very limited taste for Proust's life studies, this Sherlock Holmes' type work was very entertaining. "Elementary, my dear Watson!"

Mme. de Villeparisis, questioned by me about Chateaubriand, about Balzac, about Victor Hugo, each of whom had in his day been the guest of her parents, and had been seen and spoken to by her, smiled at my reverence, told amusing anecdotes of them, such as she had a moment ago been telling us of dukes and statesmen, and severely criticised those writers simply because they had been lacking in that modesty, that self-effacement, that sober art which is satisfied with a single right line, and lays no stress on it, which avoids more than anything else the absurdity of grandiloquence, in that opportuneness, those qualities of moderation, of judgment and simplicity to which she had been taught that real greatness aspired and attained: it was evident that she had no hesitation in placing above them men who might after all, perhaps, by virtue of those qualities, have had the advantage of a Balzac, a Hugo, a Vigny in a drawing-room, an academy, a cabinet council, men like Mole, Fontanes, Vitroles, Bersot, Pasquier, Lebrun, Salvandy or Daru.
“Like those novels of Stendhal, which you seem to admire. You would have given him a great surprise, I assure you, if you had spoken to him in that tone. My father, who used to meet him at M. Mérimée’s — now he was a man of talent, if you like — often told me that Beyle (that was his real name) was appallingly vulgar, but quite good company at dinner, and never in the least conceited about his books. Why, you can see for yourself how he just shrugged his shoulders at the absurdly extravagant compliments of M. de Balzac. There at least he shewed that he knew how to behave like a gentleman.” She possessed the autographs of all these great men, and seemed, when she put forward the personal relations which her family had had with them, to assume that her judgment of them must be better founded than that of young people who, like myself, had had no opportunity of meeting them. “I’m sure I have a right to speak, for they used to come to my father’s house; and as M. Sainte-Beuve, who was a most intelligent man, used to say, in forming an estimate you must take the word of people who saw them close, and were able to judge more exactly of their real worth.” Within a Budding Grove (trad. Scott Moncrieff)
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Holmes 10/06/2015 11:27

Merci à Miss Marple d'avoir signalé cette enquête, d'autres ont paru ou vont paraître. Quant à Sainte-Beuve, il est amusant de voir que ce qui a été le point de départ de l'entrée de Proust dan l'écriture soit réduit dans la Recherche à si peu. Amusant aussi de voir dans le Carnet 1 et la correspondance comment Proust fait du Sainte-Beuve avec Stendhal (sur qui il lit le sulfureux HB de Mérimée), Chateaubriand et... Sainte-Beuve sur qui il va chercher les commérages des Goncourt !

proustpourtous 10/06/2015 11:42

Faites ce que je dis et pas ce que je fais s'applique-t-il aux grands écrivains?