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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Une visite à Combray; A visit to Combray

Publié le 18 Mai 2015 par proust pour tous

Une visite à Combray; A visit to Combray

Ricardo Lopez-Cabrera (1890)

Patrice Louis, le fou de Proust a fait un rapport de la journée d'hier à Illiers-Combray, une journée pleine de proustiens: on a pu parler sans retenue de ce qui nous hante! C'est étrange mais de toute cette ballade, ce qui m'a le plus rappelé La Recherche, c'était notre arrivée dans le train régional, à la gare d'Illiers Combray: une petite troupe de 5 personnes, érudits de diverses origines, nous nous serions crus dans le petit train nous emmenant à La Raspelière, où Mme Verdurin nous aurait envoyé une voiture, pour participer à un de ses célèbres mercredis!

Arrivés en avance avec Cottard et Brichot à la gare de Graincourt, ils avaient laissé Brichot dans la salle d'attente et étaient allés faire un tour. Quand Cottard avait voulu revenir, Ski avait répondu : « Mais rien ne presse. Aujourd'hui ce n'est pas le train local, c'est le train départemental ». Ravi de voir l'effet que cette nuance dans la précision produisait sur Cottard, il ajouta, parlant de lui-même : « Oui, parce que Ski aime les arts, parce qu'il modèle la glaise, on croit qu'il n'est pas pratique. Personne ne connaît la ligne mieux que moi ». Néanmoins ils étaient revenus vers la gare, quand tout d'un coup, apercevant la fumée du petit train qui arrivait, Cottard, poussant un hurlement, avait crié : « Nous n'avons qu'à prendre nos jambes à notre cou. » Ils étaient en effet arrivés juste, la distinction entre le train local et départemental n'ayant jamais existé que dans l'esprit de Ski. « Mais est-ce que la princesse n'est pas dans le train ? » demanda d'une voix vibrante Brichot, dont les lunettes énormes, resplendissantes comme ces réflecteurs que les laryngologues s'attachent au front pour éclairer la gorge de leurs malades, semblaient avoir emprunté leur vie aux yeux du professeur, et, peut-être à cause de l'effort qu'il faisait pour accommoder sa vision avec elles, semblaient, même dans les moments les plus insignifiants, regarder elles-mêmes avec une attention soutenue et une fixité extraordinaire. D'ailleurs la maladie, en retirant peu à peu la vue à Brichot, lui avait révélé les beautés de ce sens, comme il faut souvent que nous nous décidions à nous séparer d'un objet, à en faire cadeau par exemple, pour le regarder, le regretter, l'admirer. « Non, non, la princesse a été reconduire jusqu'à Maineville des invités de Mme Verdurin qui prenaient le train de Paris. Il ne serait même pas impossible que Mme Verdurin, qui avait affaire à Saint-Mars, fût avec elle ! Comme cela elle voyagerait avec nous et nous ferions route tous ensemble, ce serait charmant. Il s'agira d'ouvrir l'oeil à Maineville, et le bon ! Ah ! ça ne fait rien, on peut dire que nous avons bien failli manquer le coche. Quand j'ai vu le train j'ai été sidéré. C'est ce qui s'appelle arriver au moment psychologique. Voyez-vous ça que nous ayions manqué le train ? Mme Verdurin s'apercevant que les voitures revenaient sans nous ? Tableau ! ajouta le docteur qui n'était pas encore remis de son émoi. Voilà une équipée qui n'est pas banale. Dites donc, Brichot, qu'est-ce que vous dites de notre petite escapade ? demanda le docteur avec une certaine fierté. – Par ma foi, répondit Brichot, en effet, si vous n'aviez plus trouvé le train, c'eût été, comme eût parlé feu Villemain, un sale coup pour la fanfare ! » Mais moi, distrait dès les premiers instants par ces gens que je ne connaissais pas, je me rappelai tout d'un coup ce que Cottard m'avait dit dans la salle de danse du petit Casino, et, comme si un chaînon invisible eût pu relier un organe et les images du souvenir, celle d'Albertine appuyant ses seins contre ceux d'Andrée me faisait un mal terrible au coeur. Ce mal ne dura pas : l'idée de relations possibles entre Albertine et des femmes ne me semblait plus possible depuis l'avant-veille, où les avances que mon amie avait faites à Saint-Loup avaient excité en moi une nouvelle jalousie qui m'avait fait oublier la première. J'avais la naïveté des gens qui croient qu'un goût en exclut forcément un autre. À Harambouville, comme le tram était bondé, un fermier en blouse bleue, qui n'avait qu'un billet de troisième, monta dans notre compartiment. Le docteur, trouvant qu'on ne pourrait pas laisser voyager la princesse avec lui, appela un employé, exhiba sa carte de médecin d'une grande compagnie de chemin de fer et força le chef de gare à faire descendre le fermier. Cette scène peina et alarma à un tel point la timidité de Saniette que, dès qu'il la vit commencer, craignant déjà, à cause de la quantité de paysans qui étaient sur le quai, qu'elle ne prît les proportions d'une jacquerie, il feignit d'avoir mal au ventre, et pour qu'on ne pût l'accuser d'avoir sa part de responsabilité dans la violence du docteur, il enfila le couloir en feignant de chercher ce que Cottard appelait les « water ». N'en trouvant pas, il regarda le paysage de l'autre extrémité du tortillard. « Si ce sont vos débuts chez Mme Verdurin, Monsieur, me dit Brichot, qui tenait à montrer ses talents à un « nouveau », vous verrez qu'il n'y a pas de milieu où l'on sente mieux la « douceur de vivre », comme disait un des inventeurs du dilettantisme, du je m'enfichisme, de beaucoup de mots en « isme » à la mode chez nos snobinettes, je veux dire M. le prince de Talleyrand. » Car, quand il parlait de ces grands seigneurs du passé, il trouvait spirituel, et « couleur de l'époque » de faire précéder leur titre de Monsieur et disait Monsieur le duc de La Rochefoucauld, Monsieur le cardinal de Retz, qu'il appelait aussi de temps en temps : « Ce struggle for lifer de Gondi, ce « boulangiste » de Marsillac. » Et il ne manquait jamais, avec un sourire, d'appeler Montesquieu, quand il parlait de lui : « Monsieur le Président Secondat de Montesquieu. » Un homme du monde spirituel eût été agacé de ce pédantisme, qui sent l'école. Mais, dans les parfaites manières de l'homme du monde, en parlant d'un prince, il y a un pédantisme aussi qui trahit une autre caste, celle où l'on fait précéder le nom Guillaume de « l'Empereur » et où l'on parle à la troisième personne à une Altesse. « Ah ! celui-là, reprit Brichot, en parlant de « Monsieur le prince de Talleyrand », il faut le saluer chapeau bas. C'est un ancêtre. – C'est un milieu charmant, me dit Cottard, vous trouverez un peu de tout, car Mme Verdurin n'est pas exclusive : des savants illustres comme Brichot de la haute noblesse comme, par exemple, la princesse Sherbatoff, une grande dame russe, amie de la grande-duchesse Eudoxie qui même la voit seule aux heures où personne n'est admis. » En effet, la grande-duchesse Eudoxie, ne se souciant pas que la princesse Sherbatoff, qui depuis longtemps n'était plus reçue par personne, vînt chez elle quand elle eût pu y avoir du monde, ne la laissait venir que de très bonne heure, quand l'Altesse n'avait auprès d'elle aucun des amis à qui il eût été aussi désagréable de rencontrer la princesse que cela eût été gênant pour celle-ci. Comme depuis trois ans, aussitôt après avoir quitté, comme une manucure, la grande-duchesse, Mme Sherbatoff partait chez Mme Verdurin, qui venait seulement de s'éveiller, et ne la quittait plus, on peut dire que la fidélité de la princesse passait infiniment celle même de Brichot, si assidu pourtant à ces mercredis, où il avait le plaisir de se croire, à Paris, une sorte de Chateaubriand à l'Abbaye-aux-Bois et où, à la campagne, il se faisait l'effet de devenir l'équivalent de ce que pouvait être chez Mme du Châtelet celui qu'il nommait toujours (avec une malice et une satisfaction de lettré) : « M. de Voltaire. » Sodome et Gomorrhe

Patrice Louis, le fou de Proust has reported on the exciting day that I spent Saturday, in Illiers Combray, surounded by tens of Proustians, which meant that we could all speak about our obsession without fear of anybody complaining, and that was in itself such a feat! but where I really felt I was in In Search of Lost Time, was in the local train bringing five of us, all more or less experts and I could identify among them Brichot, Cottard and the princess Sherbatoff. I was Mme Verdurin receiving for one of her Wednesdays.

Having reached Graincourt station with Cottard and Brichot, with time to spare, he and Cottard had left Brichot in the waiting-room and had gone for a stroll. When Cottard proposed to turn back, Ski had replied: “But there is no hurry. It isn’t the local train to-day, it’s the departmental train.” Delighted by the effect that this refinement of accuracy produced upon Cottard, he added, with reference to himself: “Yes, because Ski loves the arts, because he models in clay, people think he’s not practical. Nobody knows this line better than I do.”Nevertheless they had turned back towards the station when, all of a sudden, catching sight of the smoke of the approaching train, Cottard, with a wild shout, had exclaimed: “We shall have to put our best foot foremost.” They did as a matter of fact arrive with not a moment to spare, the distinction between local and departmental trains having never existed save in the mind of Ski. “But isn’t the Princess on the train?” came in ringing tones from Brichot, whose huge spectacles, resplendent as the reflectors that laryngologists attach to their foreheads to throw a light into the throats of their patients, seemed to have taken their life from the Professor’s eyes, and possibly because of the effort that he was making to adjust his sight to them, seemed themselves, even at the most trivial moments, to be gazing at themselves with a sustained attention and an extraordinary fixity. Brichot’s malady, as it gradually deprived him of his sight, had revealed to him the beauties of that sense, just as, frequently, we have to have made up our minds to part with some object, to make a present of it for instance, before we can study it, regret it, admire it.“No, no, the Princess went over to Maineville with some of Mme. Verdurin’s guests who were taking the Paris train. It is within the bounds of possibility that Mme. Verdurin, who had some business at Saint-Mars, may be with her! In that case, she will be coming with us, and we shall all travel together, which will be delightful. We shall have to keep our eyes skinned at Maineville and see what we shall see! Oh, but that’s nothing, you may say that we came very near to missing the bus. When I saw the train I was dumbfoundered. That’s what is called arriving at the psychological moment. Can’t you picture us missing the train, Mme. Verdurin seeing the carriages come back without us: Tableau!” added the doctor, who had not yet recovered from his emotion. “That would be a pretty good joke, wouldn’t it? Now then, Brichot, what have you to say about our little escapade?” inquired the doctor with a note of pride. “Upon my soul,” replied Brichot, “why, yes, if you had found the train gone, that would have been what the late Villemain used to call a wipe in the eye!” But I, distracted at first by these people who were strangers to me, was suddenly reminded of what Cottard had said to me in the ball-room of the little casino, and, just as though there were an invisible link uniting an organ to our visual memory, the vision of Albertine leaning her breasts against Andrée’s caused my heart a terrible pain. This pain did not last: the idea of Albertine’s having relations with women seemed no longer possible since the occasion, forty-eight hours earlier, when the advances that my mistress had made to Saint-Loup had excited in me a fresh jealousy which had made me forget the old. I was simple enough to suppose that one taste of necessity excludes another. At Harambouville, as the tram was full, a farmer in a blue blouse who had only a third class ticket got into our compartment. The doctor, feeling that the Princess must not be allowed to travel with such a person, called a porter, shewed his card, describing him as medical officer to one of the big railway companies, and obliged the station-master to make the farmer get out. This incident so pained and alarmed Saniette’s timid spirit that, as soon as he saw it beginning, fearing already lest, in view of the crowd of peasants on the platform, it should assume the proportions of a rising, he pretended to be suffering from a stomach-ache, and, so that he might not be accused of any share in the responsibility for the doctor’s violence, wandered down the corridor, pretending to be looking for what Cottard called the ‘water.’ Failing to find one, he stood and gazed at the scenery from the other end of the ‘twister.’ “If this is your first appearance at Mme. Verdurin’s, Sir,” I was addressed by Brichot, anxious to shew off his talents before a newcomer, “you will find that there is no place where one feels more the ‘amenities of life,’ to quote one of the inventors of dilettantism, of pococurantism, of all sorts of words in — ism that are in fashion among our little snobbesses, I refer to M. le Prince de Talleyrand.” For, when he spoke of these great noblemen of the past, he thought it clever and ‘in the period’ to prefix a ‘M.’ to their titles, and said ‘M. le Duc de La Rochefoucauld,’ ‘M. le Cardinal de Retz,’ referring to these also as ‘That struggle-for-lifer de Gondi,’ ‘that Boulangist de Marcillac.’ And he never failed to call Montesquieu, with a smile, when he referred to him: “Monsieur le Président Secondât de Montesquieu.” An intelligent man of the world would have been irritated by a pedantry which reeked so of the lecture-room. But in the perfect manners of the man of the world when speaking of a Prince, there is a pedantry also, which betrays a different caste, that in which one prefixes ‘the Emperor’ to the name ‘William’ and addresses a Royal Highness in the third person. “Ah, now that is a man,” Brichot continued, still referring to ‘Monsieur le Prince de Talleyrand’—“to whom we take off our hats. He is an ancestor.” “It is a charming house,” Cottard told me, “you will find a little of everything, for Mme. Verdurin is not exclusive, great scholars like Brichot, the high nobility, such as the Princess Sherbatoff, a great Russian lady, a friend of the Grand Duchess Eudoxie, who even sees her alone at hours when no one else is admitted.” As a matter of fact the Grand Duchess Eudoxie, not wishing Princess Sherbatoff, who for years past had been cut by everyone, to come to her house when there might be other people, allowed her to come only in the early morning, when Her Imperial Highness was not at home to any of those friends to whom it would have been as unpleasant to meet the Princess as it would have been awkward for the Princess to meet them. As, for the last three years, as soon as she came away, like a manicurist, from the Grand Duchess, Mme. Sherbatoff would go on to Mme. Verdurin, who had just awoken, and stuck to her for the rest of the day, one might say that the Princess’s loyalty surpassed even that of Brichot, constant as he was at those Wednesdays, both in Paris, where he had the pleasure of fancying himself a sort of Chateaubriand at l’Abbaye-aux-Bois, and in the country, where he saw himself becoming the equivalent of what might have been in the salon of Mme. de Châtelet the man whom he always named (with an erudite sarcasm and satisfaction): “M. de Voltaire.” Cities on the Plain
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