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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Savourer l'harmonie; Savor harmony

Publié le 21 Mai 2015 par proust pour tous

Savourer l'harmonie; Savor harmony

Chinami et moi à l'hôtel Le Swann, 15 rue de Constantinople, Paris 8ème, hier soir.

Les remarques de notre amie japonaise sont passionantes, son appréciation de Proust m'ouvre les yeux sur une raison possible à la "révélation" que j'ai ressentie il y a quelques années en lisant la Recherche, révélation qu'elle a vécue, comme beaucoup de ceux qui viennent nous rejoindre dans ce bel endroit tout imprégné du grand écrivain. Voici ce qu'elle dit: "Je sentais que la traduction en Japonais ne me satisfaisait pas, qu'il y avait quelque chose d'autre sous ce texte. Je me mis donc à apprendre le Français pour lire Proust dans ses propres mots, et c'est ainsi que son texte put me toucher profondément, atteindre mon coeur, mon âme." Et pourquoi? parce qu'en Français elle a pu détecter l'harmonie du monde que l'auteur avait créé, une harmonie que beaucoup d'oreilles musicales ont déjà détectée, par la "musique" du texte, mais que d'autres sourds dans mon genre ont perçu ailleurs, dans le sens de la phras, son rythme, ses métaphores, enfin tout ce qui fait de Proust l'égal de Shakespeare.

L'année précédente, dans une soirée, il avait entendu une oeuvre musicale exécutée au piano et au violon. D'abord, il n'avait goûté que la qualité matérielle des sons sécrétés par les instruments. Et ç'avait déjà été un grand plaisir quand au-dessous de la petite ligne du violon mince, résistante, dense et directrice, il avait vu tout d'un coup chercher à s'élever en un clapotement liquide, la masse de la partie de piano, multiforme, indivise, plane et entrechoquée comme la mauve agitation des flots que charme et bémolise le clair de lune. Mais à un moment donné, sans pouvoir nettement distinguer un contour, donner un nom à ce qui lui plaisait, charmé tout d'un coup, il avait cherché à recueillir la phrase ou l'harmonie – il ne savait lui-même – qui passait et qui lui avait ouvert plus largement l'âme, comme certaines odeurs de roses circulant dans l'air humide du soir ont la propriété de dilater nos narines. Du côté de chez Swann

What Chinami, our Japanese friend tells us is engrossing, her appreciation of Proust opens my eyes on the reason why, some years ago, I felt a "revelation" while reading The Search , revelation that many among those who join us in this beautiful site full of the great writer have experienced. I quote Chinami: "I thought that the Japanese translation I was reading was incomplete, hiding something it could not grasp. Thus I started to learn French to unveil the beauty, the mystery of the novel. And then, and only then, Proust deeply touched me, it touched my heart and my soul." Why? in French she was able to discover the harmony in a universe the author created, an harmony that many musician ears have detected, through the "music" of the text, but that other deaf ears like mine have perceived in the meaning of the words, the rhythm of the sentences, the metaphors, in a word all what makes of Proust the equal of Shakespeare.

The year before, at an evening party, he had heard a piece of music played on the piano and violin. At first he had appreciated only the material quality of the sounds which those instruments secreted. And it had been a source of keen pleasure when, below the narrow ribbon of the violin-part, delicate, unyielding, substantial and governing the whole, he had suddenly perceived, where it was trying to surge upwards in a flowing tide of sound, the mass of the piano-part, multiform, coherent, level, and breaking everywhere in melody like the deep blue tumult of the sea, silvered and charmed into a minor key by the moonlight. But at a given moment, without being able to distinguish any clear outline, or to give a name to what was pleasing him, suddenly enraptured, he had tried to collect, to treasure in his memory the phrase or harmony — he knew not which — that had just been played, and had opened and expanded his soul, just as the fragrance of certain roses, wafted upon the moist air of evening, has the power of dilating our nostrils. Swann's Way
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