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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Question 9 des 36 questions pour tomber amoureux; Question 9/36

Publié le 13 Mai 2015 par proust pour tous

Question 9 des 36 questions pour tomber amoureux; Question 9/36

le lycée Marie Curie à Sceaux où aucune camarade ne m'avait parlé de Proust

9) Quelle est la chose pour laquelle vous êtes le plus reconnaissant dans la vie ?

Parmi les lecteurs de ce blog dont le nom, je le rappelle au cazou, est PROUSTPOURTOUS, je suis sûre que plus d'un serait d'accord avec moi: avoir découvert A la recherche du temps perdu avant de manger les pissenlits par la racine. Dans mon cas, un regret, je ne l'ai lu qu'à 50 ans, et ne saurai donc jamais quel effet ce grand livre aurait eu sur moi dans ma jeunesse. J'ajoute que Jules me rappelle souvent que s'il n'est pas "proustien", c'est-à-dire dont la vie a été changée par la lecture de Proust, mais juste "amateur", lui il a lu la Recherche à 25 ans! C'est sa plus grande qualité. Si seulement une amie au lycée m'avait parlé!

J'avais entendu parler de Bergotte pour la première fois par un de mes camarades plus âgé que moi et pour qui j'avais une grande admiration, Bloch. En m'entendant lui avouer mon admiration pour la Nuit d'Octobre, il avait fait éclater un rire bruyant comme une trompette et m'avait dit : « Défie-toi de ta dilection assez basse pour le sieur de Musset. C'est un coco des plus malfaisants et une assez sinistre brute. Je dois confesser, d'ailleurs, que lui et même le nommé Racine, ont fait chacun dans leur vie un vers assez bien rythmé, et qui a pour lui, ce qui est selon moi le mérite suprême, de ne signifier absolument rien. C'est : « La blanche Oloossone et la blanche Camire » et « La fille de Minos et de Pasiphaé ». Ils m'ont été signalés à la décharge de ces deux malandrins par un article de mon très cher maître, le père Lecomte, agréable aux Dieux immortels. À propos voici un livre que je n'ai pas le temps de lire en ce moment qui est recommandé, paraît-il, par cet immense bonhomme. Il tient, m'a-t-on dit, l'auteur, le sieur Bergotte, pour un coco des plus subtils ; et bien qu'il fasse preuve, des fois, de mansuétudes assez mal explicables, sa parole est pour moi oracle delphique. Lis donc ces proses lyriques, et si le gigantesque assembleur de rythmes qui a écrit Bhagavat et le Levrier de Magnus a dit vrai, par Apollon tu goûteras, cher maître, les joies nectaréennes de l'Olympos. » C'est sur un ton sarcastique qu'il m'avait demandé de l'appeler « cher maître » et qu'il m'appelait lui-même ainsi. Mais en réalité nous prenions un certain plaisir à ce jeu, étant encore rapprochés de l'âge où on croit qu'on crée ce qu'on nomme. Du côté de chez Swann

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ANNONCE: le prochain mercredi du Swann (Hôtel Le Swann,15 rue de Constantinople, Paris 8ème), à partir de 18h30, sera consacré au lancement de mon nouveau recueil d'extraits de La recherche: Les 36 femmes de Marcel Proust (10€). Si vous voulez venir et obtenir une dédicace non pas de Proust mais de moi, écrivez-moi sur ce blog ou à proustpourtous@yahoo.fr

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9. For what in your life do you feel most grateful?

Among the readers of that blog, called, I remind you, PROUSTPOURTOUS, I am sure that many would agree with me: to have discovered In Search of Lost Time before when I could still read. However, in my case, a little regret, to have read it at 50. I add that Jules reminds me often that he read it at 25! It is his biggest quality. If only a highschool girlfriend had spoken to me...

I had heard Bergotte spoken of, for the first time, by a friend older than myself, for whom I had a strong admiration, a precious youth of the name of Bloch. Hearing me confess my love of the Nuit d’Octobre, he had burst out in a bray of laughter, like a bugle-call, and told me, by way of warning: “You must conquer your vile taste for A. de Musset, Esquire. He is a bad egg, one of the very worst, a pretty detestable specimen. I am bound to admit, natheless,” he added graciously, “that he, and even the man Racine, did, each of them, once in his life, compose a line which is not only fairly rhythmical, but has also what is in my eyes the supreme merit of meaning absolutely nothing. One is
La blanche Oloossone et la blanche Camire,
and the other
La fille de Minos et de Pasiphaë.
They were submitted to my judgment, as evidence for the defence of the two runagates, in an article by my very dear master Father Lecomte, who is found pleasing in the sight of the immortal gods. By which token, here is a book which I have not the time, just now, to read, a book recommended, it would seem, by that colossal fellow. He regards, or so they tell me, its author, one Bergotte, Esquire, as a subtle scribe, more subtle, indeed, than any beast of the field; and, albeit he exhibits on occasion a critical pacifism, a tenderness in suffering fools, for which it is impossible to account, and hard to make allowance, still his word has weight with me as it were the Delphic Oracle. Read you then this lyrical prose, and, if the Titanic master-builder of rhythm who composed Bhagavat and the Lévrier de Magnus speaks not falsely, then, by Apollo, you may taste, even you, my master, the ambrosial joys of Olympus.” It was in an ostensible vein of sarcasm that he had asked me to call him, and that he himself called me, “my master.” But, as a matter of fact, we each derived a certain amount of satisfaction from the mannerism, being still at the age in which one believes that one gives a thing real existence by giving it a name. Swann's Way (translated by CK Scott Moncrieff)

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ANNONCE: le prochain mercredi du Swann (Hôtel Le Swann,15 rue de Constantinople, Paris 8ème), à partir de 18h30, sera consacré au lancement de mon nouveau recueil d'extraits de La recherche: Les 36 femmes de Marcel Proust (10€). Si vous voulez venir et obtenir une dédicace non pas de Proust mais de moi, écrivez-moi sur ce blog ou à proustpourtous@yahoo.fr

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