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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Question 6/36 pour tomber amoureux; question 3/36 to fall in love

Publié le 13 Avril 2015 par proust pour tous

Question 6/36 pour tomber amoureux; question 3/36 to fall in love

Rendez-vous sous l'arbre de droite (derrière le "petit château", entrée 9 rue du Dr Berger, Sceaux) dimanche 19 avril à 16h , on récitera tous "le Printemps" de Charles d'Orléans, le maire de Sceaux aussi.

J'ai rencontré chez Jahida une femme charmante, mais esseulée, car à 45 ans, elle n'arrive pas à retrouver un mari, malgré de nombreuses sorties, où elle ne côtoie que des femmes célibataires qui, comme elle, sont sur le qui-vive. Où sont donc les hommes? mais pardi, sur les sites de rencontre, dont je n'ai entendu parler que par le récit de "success stories". Ce n'est pourtant pas comme cela que j'ai fait la connaissance de Jules, ni mon ex. A 30 ans d'écart, je suis tombée dans le même panneau, celui d'une amie "bien intentionnée", qui m'avait fait un tableau très élogieux du candidat, et j'arrivai au dîner organisé avec arrière-pensée, déjà conquise... Ah, si seulement j'étais libre à présent, je me précipiterais sur "adopte un mec" ou "meetic", il suffit de cliquer.. d'autant qu'il y a un nouvel outil, les 36 questions, que de choix que de choix.

QUESTION 6:

6. Si tu pouvais vivre jusqu’à 90 ans en conservant le corps OU l’esprit d’une personne de 30 ans, pendant les 60 dernières années de ta vie, que choisirais-tu ? Le corps ou l’esprit ?

Une condition de mon oeuvre telle que je l'avais conçue tout à l'heure dans la bibliothèque était l'approfondissement d'impressions qu'il fallait d'abord recréer par la mémoire. Or celle-ci était usée. Puis, du moment que rien n'était commencé, je pouvais être inquiet, même si je croyais avoir encore devant moi, à cause de mon âge, quelques années, car mon heure pouvait sonner dans quelques minutes. Il fallait partir, en effet, de ceci que j'avais un corps, c'est-à-dire que j'étais perpétuellement menacé d'un double danger, extérieur, intérieur. Encore ne parlé-je ainsi que pour la commodité du langage. Car le danger intérieur, comme celui d'une hémorragie cérébrale, est extérieur aussi, étant du corps. Et avoir un corps c'est la grande menace pour l'esprit. La vie humaine et pensante (dont il faut sans doute moins dire qu'elle est un miraculeux perfectionnement de la vie animale et physique, mais plutôt qu'elle est une imperfection encore aussi rudimentaire qu'est l'existence commune des protozoaires en polypiers, que le corps de la baleine, etc.), dans l'organisation de la vie spirituelle, est telle que le corps enferme l'esprit dans une forteresse ; bientôt la forteresse est assiégée de toutes parts et il faut à la fin que l'esprit se rende. Mais pour me contenter de distinguer les deux sortes de dangers menaçant l'esprit, et pour commencer par l'extérieur, je me rappelais que souvent déjà, dans ma vie, il m'était arrivé, dans les moments d'excitation intellectuelle où quelque circonstance avait suspendu chez moi toute activité physique, par exemple quand je quittais en voiture, à demi gris, le restaurant de Rivebelle pour aller à quelque casino voisin, de sentir très nettement en moi l'objet présent de ma pensée, et de comprendre qu'il dépendait d'un hasard, non seulement que cet objet n'y fût pas encore entré, mais qu'il fût avec mon corps même anéanti. Je m'en souciais peu alors. Mon allégresse n'était pas prudente, pas inquiète. Que cette joie fuît dans une seconde et entrât dans le néant, peu m'importait. Il n'en était plus de même maintenant ; c'est que le bonheur que j'éprouvais ne tenait pas d'une tension purement subjective des nerfs qui nous isole du passé, mais, au contraire, d'un élargissement de mon esprit en qui se reformait, s'actualisait le passé, et me donnait, mais hélas ! momentanément, une valeur d'éternité. J'aurais voulu léguer celle-ci à ceux que j'aurais pu enrichir de mon trésor. Le Temps retrouvé

I just met at Jahida's a very charming 45 year old woman who was feeling very lonely: she was looking for a new husband, but was dispirited: at every party she was attending, and they were numerous, only single women attended. Where are men? did she ask. I suggested: on internet, where meeting sites were full of them, and I had heard so many success stories about them: ah, if only I were single, I would jump on these sites, and would meet prospects with the famous questionaire to fall in love...

QUESTION 6

6. If you were able to live to the age of 90 and retain either the mind or body of a 30-year-old for the last 60 years of your life, which would you want?

A condition of my work as I had conceived it just now in the library was that I must fathom to their depths impressions which had first to be recreated through memory. And my memory was impaired. Therefore as I had not yet begun, I had reason for apprehension, for even though I thought, in view of my age, that I had some years before me, my hour might strike at any moment. I had, in fact, to regard my body as the point of departure, which meant that I was constantly under the menace of a two-fold danger, without and within. And even when I say this it is only for convenience of expression. For the internal danger as in that of cerebral haemorrhage is also external, being of the body. And the body is the great menace of the mind. We are less justified in saying that the thinking life of humanity is a miraculous perfectioning of animal and physical life than that it is an imperfection in the organisation of spiritual life as rudimentary as the communal existence of protozoa in colonies or the body of the whale etc., so imperfect, indeed, that the body imprisons the spirit in a fortress; soon the fortress is assailed at all points and in the end the spirit has to surrender. But in order to satisfy myself by distinguishing the two sorts of danger which threatened my spirit and beginning by the external one, I remembered that it had often already happened in the course of my life, at moments of intellectual excitement when some circumstance had completely arrested my physical activity, for instance when I was leaving the restaurant of Rivebelle in a half-intoxicated condition in order to go to a neighbouring casino, that I felt the immediate object of my thought with extreme vividness and realised that it was a matter of chance not only that the object had not yet entered my mind but that its survival depended upon my physical existence. I cared little enough then. In my lighthearted gaiety I was neither prudent nor apprehensive. It mattered little to me that this happy thought flew away in a second and disappeared in the void. But now it was no longer so because the joy I experienced was not derived from a subjective nervous tension which isolates us from the past, but, on the contrary, from an extension of the consciousness in which the past, recreated and actualised, gave me, alas but for a moment, a sense of eternity. I wished that I could leave this behind me to enrich others with my treasure. Time Regained
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