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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Les cerisiers en fleurs; Cherrytrees in bloom; sous mon arbre au parc de Sceaux

Publié le 1 Avril 2015 par proust pour tous

Les cerisiers en fleurs; Cherrytrees in bloom; sous mon arbre au parc de Sceaux

au parc de Sceaux

DIMANCHE 19 AVRIL , 16H. Venez réciter tous ensemble (avec, entre autres, le maire de Sceaux, Philippe Laurent), "Le Printemps", de Charles d'Orléans, poème de lancement du grand mouvement national, "Vous en souvenez-vous? par coeur". Mais tout commence donc sous mon arbre, là où je parle de Proust, et pour les fidèles, je réciterai cet extrait (par coeur ou pas). Après ou avant cette réunion, j'espère que vous irez voir les magnifiques cerisiers en fleurs, dans le parc.

Ayant quitté Paris où, malgré le printemps commençant, les arbres des boulevards étaient à peine pourvus de leurs premières feuilles, quand le train de ceinture nous arrêta, Saint-Loup et moi, dans le village de banlieue où habitait sa maîtresse, ce fut un émerveillement de voir chaque jardinet pavoisé par les immenses reposoirs blancs des arbres fruitiers en fleurs. C'était comme une des fêtes singulières, poétiques, éphémères et locales qu'on vient de très loin contempler à époques fixes, mais celle-là donnée par la nature. Les fleurs des cerisiers sont si étroitement collées aux branches, comme un blanc fourreau, que de loin, parmi les arbres qui n'étaient presque ni fleuris, ni feuillus, on aurait pu croire, par ce jour de soleil encore si froid, que c'était de la neige, fondue ailleurs, qui était encore restée après les arbustes. Mais les grands poiriers enveloppaient chaque maison, chaque modeste cour, d'une blancheur plus vaste, plus unie, plus éclatante et comme si tous les logis, tous les enclos du village fussent en train de faire, à la même date, leur première communion.
Ces villages des environs de Paris gardent encore à leurs portes des parcs du XVIIe et du XVIIIe siècle, qui furent les « folies » des intendants et des favorites. Un horticulteur avait utilisé l'un d'eux situé en contre-bas de la route pour la culture des arbres fruitiers (ou peut-être conservé simplement le dessin d'un immense verger de ce temps-là). Cultivés en quinconces, ces poiriers, plus espacés, moins avancés que ceux que j'avais vus, formaient de grands quadrilatères – séparés par des murs bas – de fleurs blanches sur chaque côté desquels la lumière venait se peindre différemment, si bien que toutes ces chambres sans toit et en plein air avaient l'air d'être celles du Palais du Soleil, tel qu'on aurait pu le retrouver dans quelque Crète ; et elles faisaient penser aussi aux chambres d'un réservoir ou de telles parties de la mer que l'homme pour quelque pêche ou ostréiculture subdivise, quand on voyait des branches, selon l'exposition, la lumière venir se jouer sur les espaliers comme sur les eaux printanières et faire déferler çà et là, étincelant parmi le treillage à claire-voie et rempli d'azur des branches, l'écume blanchissante d'une fleur ensoleillée et mousseuse.
C'était un village ancien, avec sa vieille mairie cuite et dorée devant laquelle, en guise de mâts de cocagne et d'oriflammes, trois grands poiriers étaient, comme pour une fête civique et locale, galamment pavoisés de satin blanc. Le côté de Guermantes

SUNDAY, APRIL 19, 4 pm. Come recite all together (with, among us, Sceaux' mayor, Philippe Laurent) "Le Printemps", de Charles d'Orléans, first text to be learned by heart by hopefully all France (and Alliances Françaises all over the world), launching of a big movement "Vous en souvenez-vous? par coeur". But all starts under my tree, where I speak of Proust , and for the faithful, I'll recite the following text, by rote if possible... After or before that joyous meeting, let's pay tribute to the magnificent cherrytrees in the park.

After coming out of a Paris in which, although spring had begun, the trees on the boulevards had hardly put on their first leaves, it was a marvel to Saint-Loup and myself, when the circle train had set us down at the suburban village in which his mistress was living, to see every cottage garden gay with huge festal altars of fruit trees in blossom. It was like one of those peculiar, poetical, ephemeral, local festivals which people travel long distances to attend on certain fixed occasions, only this one was held by Nature. The bloom of the cherry tree is stuck so close to its branches, like a white sheath, that from a distance, among the other trees that shewed as yet scarcely a flower or leaf, one might have taken it, on this day of sunshine that was still so cold, for snow, melted everywhere else, which still clung to the bushes. But the tall pear trees enveloped each house, each modest courtyard in a whiteness more vast, more uniform, more dazzling, as if all the dwellings, all the enclosed spaces in the village were on their way to make, on one solemn date, their first communion.
It had been a country village, and had kept its old mayor’s office sunburned and brown, in front of which, in the place of maypoles and streamers, three tall pear trees were, as though for some civic and local festival, gallantly beflagged with white satin. These villages in the environs of Paris still have at their gates parks of the seventeenth and eighteenth centuries which were the ‘follies’ of the stewards and favourites of the great. A fruit-grower had utilised one of these which was sunk below the road for his trees, or had simply, perhaps, preserved the plan of an immense orchard of former days. Laid out in quincunxes, these pear trees, less crowded and not so far on as those that I had seen, formed great quadrilaterals — separated by low walls — of snowy blossom, on each side of which the light fell differently, so that all these airy roofless chambers seemed to belong to a Palace of the Sun, such as one might unearth in Crete or somewhere; and made one think also of the different ponds of a reservoir, or of those parts of the sea which man, for some fishery, or to plant oyster-beds, has subdivided, when one saw, varying with the orientation of the boughs, the light fall and play upon their trained arms as upon water warm with spring, and coax into unfolding here and there, gleaming amid the open, azure-panelled trellis of the branches, the foaming whiteness of a creamy, sunlit flower. The Guermantes Way
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