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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Question 3/36, et prochain rendez-vous au Swann le mercredi 18 mars à 19h; Question to fall in love 3/36

Publié le 10 Mars 2015 par proust pour tous

Question 3/36, et prochain rendez-vous au Swann le mercredi 18 mars à 19h; Question to fall in love 3/36

3. Avant de passer un coup de fil, vous arrive-t-il de répéter ce que vous allez dire ? Pourquoi ?

j'entendis tout à coup, mécanique et sublime, comme dans Tristan l'écharpe agitée ou le chalumeau du pâtre, le bruit de toupie du téléphone. Je m'élançai, c'était Albertine. « Je ne vous dérange pas en vous téléphonant à une pareille heure ? – Mais non... », dis-je en comprimant ma joie, car ce qu'elle disait de l'heure indue était sans doute pour s'excuser de venir dans un moment, si tard, non parce qu'elle n'allait pas venir. « Est-ce que vous venez ? demandai-je d'un ton indifférent. – Mais... non, si vous n'avez pas absolument besoin de moi. » Une partie de moi à laquelle l'autre voulait se rejoindre était en Albertine. Il fallait qu'elle vînt, mais je ne le lui dis pas d'abord ; comme nous étions en communication, je me dis que je pourrais toujours l'obliger, à la dernière seconde, soit à venir chez moi, soit à me laisser courir chez elle. « Oui, je suis près de chez moi, dit-elle, et infiniment loin de chez vous ; je n'avais pas bien lu votre mot. Je viens de le retrouver et j'ai eu peur que vous ne m'attendiez. » Je sentais qu'elle mentait, et c'était maintenant, dans ma fureur, plus encore par besoin de la déranger que de la voir que je voulais l'obliger à venir. Mais je tenais d'abord à refuser ce que je tâcherais d'obtenir dans quelques instants. Mais où était-elle ? À ses paroles se mêlaient d'autres sons : la trompe d'un cycliste, la voix d'une femme qui chantait, une fanfare lointaine retentissaient aussi distinctement que la voix chère, comme pour me montrer que c'était bien Albertine dans son milieu actuel qui était près de moi en ce moment, comme une motte de terre avec laquelle on a emporté toutes les graminées qui l'entourent. Les mêmes bruits que j'entendais frappaient aussi son oreille et mettaient une entrave à son attention : détails de vérité, étrangers au sujet, inutiles en eux-mêmes, d'autant plus nécessaires à nous révéler l'évidence du miracle ; traits sobres et charmants, descriptifs de quelque rue parisienne, traits perçants aussi et cruels d'une soirée inconnue qui, au sortir de Phèdre, avaient empêché Albertine de venir chez moi. « Je commence par vous prévenir que ce n'est pas pour que vous veniez, car, à cette heure-ci, vous me gêneriez beaucoup..., lui dis-je, je tombe de sommeil. Et puis, enfin, mille complications. Je tiens à vous dire qu'il n'y avait pas de malentendu possible dans ma lettre. Vous m'avez répondu que c'était convenu. Alors, si vous n'aviez pas compris, qu'est-ce que vous entendiez par là ? – J'ai dit que c'était convenu, seulement je ne me souvenais plus trop de ce qui était convenu. Mais je vois que vous êtes fâché, cela m'ennuie. Je regrette d'être allée à Phèdre. Si j'avais su que cela ferait tant d'histoires... ajouta-t-elle, comme tous les gens qui, en faute pour une chose, font semblant de croire que c'est une autre qu'on leur reproche. – Phèdre n'est pour rien dans mon mécontentement, puisque c'est moi qui vous ai demandé d'y aller. – Alors, vous m'en voulez, c'est ennuyeux qu'il soit trop tard ce soir, sans cela je serais allée chez vous, mais je viendrai demain ou après-demain, pour m'excuser. – Oh ! non, Albertine, je vous en prie, après m'avoir fait perdre une soirée, laissez-moi au moins la paix les jours suivants. Je ne serai pas libre avant une quinzaine de jours ou trois semaines. Écoutez, si cela vous ennuie que nous restions sur une impression de colère, et, au fond, vous avez peut-être raison, alors j'aime encore mieux, fatigue pour fatigue, puisque je vous ai attendue jusqu'à cette heure-ci et que vous êtes encore dehors, que vous veniez tout de suite, je vais prendre du café pour me réveiller. » Sodome et Gomorrhe

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MERCREDI 18 MARS A PARTIR DE 19H A L'HOTEL SWANN: CERTAINS RECITERONT PAR COEUR, D'AUTRES ECOUTERONT.

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3. Before making a telephone call, do you ever rehearse what you are going to say? Why?

I heard all at once, mechanical and sublime, like, in Tristan, the fluttering veil or the shepherd’s pipe, the purr of the telephone. I sprang to the instrument, it was Albertine. “I’m not disturbing you, ringing you up at this hour?” “Not at all . . . ” I said, restraining my joy, for her remark about the lateness of the hour was doubtless meant as an apology for coming, in a moment, so late, and did not mean that she was not coming. “Are you coming round?” I asked in a tone of indifference. “Why . . . no, unless you absolutely must see me.”
Part of me which the other part sought to join was in Albertine. It was essential that she come, but I did not tell her so at first; now that we were in communication, I said to myself that I could always oblige her at the last moment either to come to me or to let me hasten to her. “Yes, I am near home,” she said, “and miles away from you; I hadn’t read your note properly. I have just found it again and was afraid you might be waiting up for me.” I felt sure that she was lying, and it was now, in my fury, from a desire not so much to see her as to upset her plans that I determined to make her come. But I felt it better to refuse at first what in a few moments I should try to obtain from her. But where was she? With the sound of her voice were blended other sounds: the braying of a bicyclist’s horn, a woman’s voice singing, a brass band in the distance rang out as distinctly as the beloved voice, as though to shew me that it was indeed Albertine in her actual surroundings who was beside me at that moment, like a clod of earth with which we have carried away all the grass that was growing from it. The same sounds that I heard were striking her ear also, and were distracting her attention: details of truth, extraneous to the subject under discussion, valueless in themselves, all the more necessary to our perception of the miracle for what it was; elements sober and charming, descriptive of some street in Paris, elements heart-rending also and cruel of some unknown festivity which, after she came away from Phèdre, had prevented Albertine from coming to me. “I must warn you first of all that I don’t in the least want you to come, because, at this time of night, it will be a frightful nuisance . . . ” I said to her, “I’m dropping with sleep. Besides, oh, well, there are endless complications. I am bound to say that there was no possibility of your misunderstanding my letter. You answered that it was all right. Very well, if you hadn’t understood, what did you mean by that?” “I said it was all right, only I couldn’t quite remember what we had arranged. But I see you’re cross with me, I’m sorry. I wish now I’d never gone to Phèdre. If I’d known there was going to be all this fuss about it . . . ” she went on, as people invariably do when, being in the wrong over one thing, they pretend to suppose that they are being blamed for another. “I am not in the least annoyed about Phèdre, seeing it was I that asked you to go to it.” “Then you are angry with me; it’s a nuisance it’s so late now, otherwise I should have come to you, but I shall call tomorrow or the day after and make it up.” “Oh, please, Albertine, I beg of you not to, after making me waste an entire evening, the least you can do is to leave me in peace for the next few days. I shan’t be free for a fortnight or three weeks. Listen, if it worries you to think that we seem to be parting in anger, and perhaps you are right, after all, then I greatly prefer, all things considered, since I have been waiting for you all this time and you have not gone home yet, that you should come at once. I shall take a cup of coffee to keep myself awake.” Cities of the Plain

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