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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Aimez la peinture; Love paintings

Publié le 6 Mars 2015 par proust pour tous

Aimez la peinture; Love paintings

Piero di Cosimo Vierge et l'Enfant avec la colombe (grande galerie du Louvre)

Jules vient de terminer un livre qu'il a beaucoup aimé, un livre de Daniel Arasse sur les primitifs italiens, et il va me préparer un petit parcours au Louvre pour aller en admirer quelques-uns, devant lesquels il me fera partager (à Gigi aussi qui doit nous accompagner) ce qu'il a appris dans cet ouvrage passionnant. Et moi, tout en écoutant avec intérêt ses explications d'expert, je vais tacher de ne pas oublier à quoi sert l'art.

Même dans les joies artistiques, qu'on recherche pourtant en vue de l'impression qu'elles donnent, nous nous arrangeons le plus vite possible à laisser de côté comme inexprimable ce qui est précisément cette impression même, et à nous attacher à ce qui nous permet d'en éprouver le plaisir sans le connaître, jusqu'au fond et de croire le communiquer à d'autres amateurs avec qui la conversation sera possible, parce que nous leur parlerons d'une chose qui est la même pour eux et pour nous, la racine personnelle de notre propre impression étant supprimée. Dans les moments mêmes où nous sommes les spectateurs les plus désintéressés de la nature, de la société, de l'amour, de l'art lui-même, comme toute impression est double, à demi engainée dans l'objet, prolongée en nous-mêmes par une autre moitié que seuls nous pourrions connaître, nous nous empressons de négliger celle-là, c'est-à-dire la seule à laquelle nous devrions nous attacher, et nous ne tenons compte que de l'autre moitié qui, ne pouvant pas être approfondie parce qu'elle est extérieure, ne sera cause pour nous d'aucune fatigue : le petit sillon qu'une phrase musicale ou la vue d'une église a creusé en nous, nous trouvons trop difficile de tâcher de l'apercevoir. Le Temps retrouvé

Jules has just read a book he loves, a book by Daniel Arasse sur les primitifs italiens, and he is designing a little course in the Louvre to make us admire some of them, in front of which he will share (Gigi who will come with us) what he learned in this fascinating book. And, while listening to his new expertise' s explanations, I shall try not to forget what Art is all about

Even when we seek artistic delights for the sake of the impression they make on us, we manage quickly to dispense with the impression itself and to fix our attention on that element in it which enables us to experience pleasure without penetrating to its depth, and thinking we can communicate it to others in conversation because we shall be talking to them about something common to them and to us, the personal root impression is eliminated. In the very moments when we are the most disinterested spectators of nature, of society, of love, of art itself — as all impression is two-fold, half-sheathed in the object, prolonged in ourselves by another half which we alone can know — we hasten to neglect the latter, that is to say, the only one on which we should concentrate and fasten merely on the other half which, being unfathomable because it is exterior to ourselves, causes us no fatigue; we consider the effort to perceive the little groove which a musical phrase or the view of a church has hollowed in ourselves too arduous. Time Regained
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