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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Antisémitisme, s'en débarasser c'est possible; Antisemitism, to get rid of it is possible

Publié le 24 Février 2015 par proust pour tous

Antisémitisme, s'en débarasser c'est possible; Antisemitism, to get rid of it is possible

Antisémitisme: la vilaine bête sort de nouveau sa tête bien haut, et malgré les efforts volontaristes de nos gouvernants de tout poil, comment faire pour la faire rentrer dans son terrier? ne suffirait-il pas que des gens charmants et intelligents expliquent de quoi il retourne?

Or, dans l'intervalle, le duc de Guermantes avait connu aux eaux trois charmantes dames (une princesse italienne et ses deux belles-soeurs). En les entendant dire quelques mots sur les livres qu'elles lisaient, sur une pièce qu'on jouait au Casino, le duc avait tout de suite compris qu'il avait affaire à des femmes d'une intellectualité supérieure et avec lesquelles, comme il le disait, il n'était pas de force. Il n'en avait été que plus heureux d'être invité à jouer au bridge par la princesse. Mais à peine arrivé chez elle, comme il lui disait, dans la ferveur de son antidreyfusisme sans nuances : « Hé bien, on ne nous parle plus de la révision du fameux Dreyfus », sa stupéfaction avait été grande d'entendre la princesse et ses belles-soeurs dire : « On n'en a jamais été si près. On ne peut pas retenir au bagne quelqu'un qui n'a rien fait. – Ah ? Ah ? », avait d'abord balbutié le duc, comme à la découverte d'un sobriquet bizarre qui eût été en usage dans cette maison pour tourner en ridicule quelqu'un qu'il avait cru jusque-là intelligent. Mais au bout de quelques jours, comme, par lâcheté et esprit d'imitation, on crie : « Eh ! là, Jojotte », sans savoir pourquoi, à un grand artiste qu'on entend appeler ainsi, dans cette maison, le duc, encore tout gêné par la coutume nouvelle, disait cependant : « En effet, s'il n'y a rien contre lui ! » Les trois charmantes dames trouvaient qu'il n'allait pas assez vite et le rudoyaient un peu : « Mais, au fond, personne d'intelligent n'a pu croire qu'il y eût rien. » Chaque fois qu'un fait « écrasant » contre Dreyfus se produisait et que le duc, croyant que cela allait convertir les trois dames charmantes, venait le leur annoncer, elles riaient beaucoup et n'avaient pas de peine, avec une grande finesse de dialectique, à lui montrer que l'argument était sans valeur et tout à fait ridicule. Le duc était rentré à Paris dreyfusard enragé. Et certes nous ne prétendons pas que les trois dames charmantes ne fussent pas, dans ce cas-là, messagères de vérité. Mais il est à remarquer que tous les dix ans, quand on a laissé un homme rempli d'une conviction véritable, il arrive qu'un couple intelligent, ou une seule dame charmante, entrent dans sa société et qu'au bout de quelques mois on l'amène à des opinions contraires. Et sur ce point il y a beaucoup de pays qui se comportent comme l'homme sincère, beaucoup de pays qu'on a laissés remplis de haine pour un peuple et qui, six mois après, ont changé de sentiment et renversé leurs alliances. Sodome et Gomorrhe

Antisemitism : the ugly beast is showing its teeth again, and in spite of volontarist efforts by our governing class, how to make the beast go back to its lair? would it not be useful to have intelligent and charming people explain why it is so unproductive and disgusting?

The fact was that, in the interval, the Duke had met, at the spa, three charming ladies (an Italian princess and her two sisters-in-law). After hearing them make a few remarks about the books they were reading, a play that was being given at the Casino, the Duke had at once understood that he was dealing with women of superior intellect, by whom, as he expressed it, he would be knocked out in the first round. He was all the more delighted to be asked to play bridge by the Princess. But, the moment he entered her sitting room, as he began, in the fervour of his double-dyed anti-Dreyfusism: “Well, we don’t hear very much more of the famous Dreyfus and his appeal,” his stupefaction had been great when he heard the Princess and her sisters-in-law say: “It’s becoming more certain every day. They can’t keep a man in prison who has done nothing.” “Eh? Eh?” the Duke had gasped at first, as at the discovery of a fantastic nickname employed in this household to turn to ridicule a person whom he had always regarded as intelligent. But, after a few days, as, from cowardice and the spirit of imitation, we shout ‘Hallo, Jojotte’ without knowing why at a great artist whom we hear so addressed by the rest of the household, the Duke, still greatly embarrassed by the novelty of this attitude, began nevertheless to say: “After all, if there is no evidence against him.” The three charming ladies decided that he was not progressing rapidly enough and began to bully him: “But really, nobody with a grain of intelligence can ever have believed for a moment that there was anything.” Whenever any revelation came out that was‘damning’ to Dreyfus, and the Duke, supposing that now he was going to convert the three charming ladies, came to inform them of it, they burst out laughing and had no difficulty in proving to him, with great dialectic subtlety, that his argument was worthless and quite absurd. The Duke had returned to Paris a frantic Dreyfusard. And certainly we do not suggest that the three charming ladies were not, in this instance, messengers of truth. But it is to be observed that, every ten years or so, when we have left a man filled with a genuine conviction, it so happens that an intelligent couple, or simply a charming lady, come in touch with him and after a few months he is won over to the opposite camp. And in this respect there are plenty of countries that behave like the sincere man, plenty of countries which we have left full of hatred for another race, and which, six months later, have changed their attitude and broken off all their alliances. Cities of the Plain
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