Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Au sujet de Bach; about Bach

Publié le 27 Décembre 2014 par proust pour tous

Au sujet de Bach; about Bach

L'un des deux morceaux que j'écoute le plus souvent sur mon ordinateur, c'est La Passion selon St Matthieu de J.S. Bach (l'autre c'est Don Giovanni de Mozart). Et en ce moment Jules lit un très beau livre sur la vie de Bach: Musique au château du ciel - Un portrait de Jean-Sébastien Bach de John Eliot Gardiner, et je me demande où je vais trouver le nom de Bach dans la Recherche

« Est-ce que vous comptez rester longtemps sur la côte ? demanda Mme Verdurin à M. de Charlus, en qui elle pressentait un fidèle et qu'elle tremblait de voir rentrer trop tôt à Paris. – Mon Dieu, on ne sait jamais, répondit d'un ton nasillard et traînant M. de Charlus. J'aimerais rester jusqu'à la fin de septembre. – Vous avez raison, dit Mme Verdurin ; c'est le moment des belles tempêtes. – À bien vrai dire ce n'est pas ce qui me déterminerait. J'ai trop négligé depuis quelque temps l'Archange saint Michel, mon patron, et je voudrais le dédommager en restant jusqu'à sa fête, le 29 septembre, à l'Abbaye du Mont. – Ça vous intéresse beaucoup, ces affaires-là ? » demanda Mme Verdurin, qui eût peut-être réussi à faire taire son anticléricalisme blessé si elle n'avait craint qu'une excursion aussi longue ne fit « lâcher » pendant quarante-huit heures le violoniste et le baron. « Vous êtes peut-être affligée de surdité intermittente, répondit insolemment M. de Charlus. Je vous ai dit que saint Michel était un de mes glorieux patrons. » Puis, souriant avec une bienveillante extase, les yeux fixés au loin, la voix accrue par une exaltation qui me sembla plus qu'esthétique, religieuse : « C'est si beau à l'offertoire, quand Michel se tient debout près de l'autel, en robe blanche, balançant un encensoir d'or, et avec un tel amas de parfums que l'odeur en monte jusqu'à Dieu. – On pourrait y aller en bande, suggéra Mme Verdurin, malgré son horreur de la calotte. – À ce moment-là, dès l'offertoire, reprit M. de Charlus qui, pour d'autres raisons mais de la même manière que les bons orateurs à la Chambre, ne répondait jamais à une interruption et feignait de ne pas l'avoir entendue, ce serait ravissant de voir notre jeune ami palestrinisant et exécutant même une Aria de Bach. Il serait fou de joie, le bon Abbé aussi, et c'est le plus grand hommage, du moins le plus grand hommage public, que je puisse rendre à mon Saint Patron. Quelle édification pour les fidèles ! Nous en parlerons tout à l'heure au jeune Angelico musical, militaire comme saint Michel. » Sodome et Gomorrhe

One of the two pieces of music I listen to the most on my computer is La Passion selon St Matthieu by J.S. Bach (the other one is Mozart's Don Giovanni). And right now Jules reads a beautiful book: Music in the Castle of Heaven - A portrait of Jean-Sebastian Bach by John Eliot Gardiner

“Do you intend to remain long on this coast?” Mme. Verdurin asked M. de Charlus, in whom she foresaw an addition to the faithful and trembled lest he should be returning too soon to Paris. “Good Lord, one never knows,” replied M. de Charlus in a nasal drawl. “I should like to stay here until the end of September.” “You are quite right,” said Mme. Verdurin; “that is the time for fine storms at sea.” “To tell you the truth, that is not what would influence me. I have for some time past unduly neglected the Archangel Saint Michael, my patron, and I should like to make amends to him by staying for his feast, on the 29th of September, at the Abbey on the Mount.” “You take an interest in all that sort of thing?” asked Mme. Verdurin, who might perhaps have succeeded in hushing the voice of her outraged anti-clericalism, had she not been afraid that so long an expedition might make the violinist and the Baron ‘fail’ her for forty-eight hours. “You are perhaps afflicted with intermittent deafness,” M. de Charlus replied insolently. “I have told you that Saint Michael is one of my glorious patrons.” Then, smiling with a benevolent ecstasy, his eyes gazing into the distance, his voice strengthened by an excitement which seemed now to be not merely aesthetic but religious: “It is so beautiful at the offertory when Michael stands erect by the altar, in a white robe, swinging a golden censer heaped so high with perfumes that the fragrance of them mounts up to God.” “We might go there in a party,” suggested Mme. Verdurin, notwithstanding her horror of the clergy. “At that moment, when the offertory begins,” went on M. de Charlus who, for other reasons but in the same manner as good speakers in Parliament, never replied to an interruption and would pretend not to have heard it, “it would be wonderful to see our young friend Palestrinising, indeed performing an aria by Bach. The worthy Abbot, too, would be wild with joy, and that is the greatest homage, at least the greatest public homage that I can pay to my Holy Patron. What an edification for the faithful! We must mention it presently to the young Angelico of music, a warrior like Saint Michael.” Cities of the Plain
Commenter cet article

wittezaele 29/12/2014 08:06

Je ne sais pas si tu trouveras Bach directement mais indirectement César Franck (un des inspirateurs de la petite phrase de Vinteuil) jouait de l'oruge si divinement que Franz Liszt, qui l'entendit jouer, s'écria :
C'est Bach !". Quel compliment !

Laurence 29/12/2014 10:10

Quelle érudition! j'adore, merci.