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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Quand les familles se divisent; When families part

Publié le 23 Novembre 2014 par proust pour tous

Quand les familles se divisent; When families part

Hier, anniversaire de Zaza, une nièce charmante qui fêtait ses 28 ans. Toute la famille était invitée chez mon frère et ma belle-soeur, ses parents. Et malgré une ambiance très joyeuse du côté de la génération qui me succède (les 25-40 ans), on sentait chez les adultes (qui commencent à devenir des seniors), un schisme qui s'était amplifié entre la famille de mon autre frère, les hostilités étant ouvertes par sa femme à l'encontre de la famille de ma soeur dont le représentant le plus controversé n'est autre que son mari de plus de 40 ans. L'accumulation de plus de 30 ans d'inimitié semble prendre le pas sur un fort esprit de famille. C'est ça l'histoire des diverses branches familiales qui finissent par adopter des cultures toujours plus étrangères les unes aux autres.

Le génie de la famille avait d'ailleurs d'autres occupations, par exemple de faire parler de morale. Certes il y avait des Guermantes plus particulièrement intelligents, des Guermantes plus particulièrement moraux, et ce n'étaient pas d'habitude les mêmes. Mais les premiers – même un Guermantes qui avait fait des faux et trichait au jeu et était le plus délicieux de tous, ouvert à toutes les idées neuves et justes – traitaient encore mieux de la morale que les seconds, et de la même façon que Mme de Villeparisis, dans les moments où le génie de la famille s'exprimait par la bouche de la vieille dame. Dans des moments identiques on voyait tout d'un coup les Guermantes prendre un ton presque aussi vieillot, aussi bonhomme, et à cause de leur charme plus grand, plus attendrissant que celui de la marquise pour dire d'une domestique : « On sent qu'elle a un bon fond, c'est une fille qui n'est pas commune, elle doit être la fille de gens bien, elle est certainement restée toujours dans le droit chemin. » À ces moments-là le génie de la famille se faisait intonation. Mais parfois il était aussi tournure, air de visage, le même chez la duchesse que chez son grand-père le maréchal, une sorte d'insaisissable convulsion (pareille à celle du Serpent, génie carthaginois de la famille Barca), et par quoi j'avais été plusieurs fois saisi d'un battement de coeur, dans mes promenades matinales, quand, avant d'avoir reconnu Mme de Guermantes, je me sentais regardé par elle du fond d'une petite crémerie. Ce génie était intervenu dans une circonstance qui avait été loin d'être indifférente non seulement aux Guermantes, mais aux Courvoisier, partie adverse de la famille et, quoique d'aussi bon sang que les Guermantes, tout l'opposé d'eux (c'est même par sa grand'mère Courvoisier que les Guermantes expliquaient le parti pris du prince de Guermantes de toujours parler naissance et noblesse comme si c'était la seule chose qui importât). Non seulement les Courvoisier n'assignaient pas à l'intelligence le même rang que les Guermantes, mais ils ne possédaient pas d'elle la même idée. Pour un Guermantes (fût-il bête), être intelligent, c'était avoir la dent dure, être capable de dire des méchancetés, d'emporter le morceau, c'était aussi pouvoir vous tenir tête aussi bien sur la peinture, sur la musique, sur l'architecture, parler anglais. Les Courvoisier se faisaient de l'intelligence une idée moins favorable et, pour peu qu'on ne fût pas de leur monde, être intelligent n'était pas loin de signifier « avoir probablement assassiné père et mère ». Pour eux l'intelligence était l'espèce de « pince monseigneur » grâce à laquelle des gens qu'on ne connaissait ni d'Ève ni d'Adam forçaient les portes des salons les plus respectés, et on savait chez les Courvoisier qu'il finissait toujours par vous en cuire d'avoir reçu de telles « espèces ». Aux insignifiantes assertions des gens intelligents qui n'étaient pas du monde, les Courvoisier opposaient une méfiance systématique. Le côté de Guermantes

Yesterday celebration of my charming niece Zaza's 28th birthday. The whole family had been gathered at her parents'. And in spite of a very joyous ambiance among the generation succeeding me (25-40 year old), you could feel among the adults turning seniors a chism triggered by my other brother's wife, against my sister's whose husband had a 30 year old difficult relationship with that branch of the family, and and an entirely different culture. That is such a common thing among families.

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The familiar spirit had other occupations as well, one of which was to inspire them to talk morality. It is true that there were Guermantes who went in for intellect and Guermantes who went in for morals, and that these two classes did not as a rule coincide. But the former kind — including a Guermantes who had forged cheques, who cheated at cards and was the most delightful of them all, with a mind open to every new and sound idea — spoke even more eloquently upon morals than the others, and in the same strain as Mme. de Villeparisis, at the moments in which the familiar spirit expressed itself through the lips of the old lady. At corresponding moments one saw the Guermantes adopt suddenly a tone almost as old-ladylike, as genial and (as they themselves had more charm) more touching than that of the Marquise, to say of a servant: “One feels that she has a thoroughly sound nature, she’s not at all a common girl, she must come of decent parents, she is certainly a girl who has never gone astray.” At such moments the familiar spirit took the form of an intonation. But at times it could be bearing also, the expression on a face, the same in the Duchess as in her grandfather the Marshal, a sort of undefinable convulsion (like that of the Serpent, the genius of the Carthaginian family of Barca) by which my heart had more than once been set throbbing, on my morning walks, when before I had recognised Mme. de Guermantes I felt her eyes fastened upon me from the inside of a little dairy. This familiar spirit had intervened in a situation which was far from immaterial not merely to the Guermantes but to the Courvoisiers, the rival faction of the family and, though of as good blood as the Guermantes (it was, indeed, through his Courvoisier grandmother that the Guermantes explained the obsession which led the Prince de Guermantes always to speak of birth and titles as though those were the only things that mattered), their opposite in every respect. Not only did the Courvoisiers not assign to intelligence the same importance as the Guermantes, they had not the same idea of it. For a Guermantes (even were he a fool) to be intelligent meant to have a sharp tongue, to be capable of saying cutting things, to ‘get away with it’; but it meant also the capacity to hold one’s own equally in painting, music, architecture, to speak English. The Courvoisiers had formed a less favourable impression of intelligence, and unless one were actually of their world being intelligent was almost tantamount to ‘having probably murdered one’s father and mother.’ For them intelligence was the sort of burglar’s jemmy by means of which people one did not know from Adam forced the doors of the most reputable drawing-rooms, and it was common knowledge among the Courvoisiers that you always had to pay in the long run for having ‘those sort’ of people in your house. To the most trivial statements made by intelligent people who were not ‘in society’ the Courvoisiers opposed a systematic distrust. The Guermantes Way

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