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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Du jardinage controversé; Controversy and Gardening

Publié le 11 Octobre 2014 par proust pour tous

Du jardinage controversé; Controversy and Gardening

la cour de devant

Le jardin à l'arrière de la maison où j'habite est une petite forêt vierge, tandis que le jardinet de devant est dans un état un peu moins lamentable, les pissenlits y prolifèrent mais de temps à autre j'arrache quelques liserons. Hier, attendant une visite importante, j'ai demandé à James de mettre les feuilles qui jonchaient ce jardinet dans des sacs fournis par la mairie à cet effet, le résultat en a été spectaculaire, un petit air d'ordre s'est immiscé dans mon arrangement floral. Regagnerai-je le respect de mes voisins?

Enfin, un jardin de curé commençait à remplacer devant le château les plates-bandes qui faisaient l'orgueil non seulement des Cambremer mais de leur jardinier. Celui-ci, qui considérait les Cambremer comme ses seuls maîtres et gémissait sous le joug des Verdurin, comme si la terre eût été momentanément occupée par un envahisseur et une troupe de soudards, allait en secret porter ses doléances à la propriétaire dépossédée, s'indignait du mépris où étaient tenus ses araucarias, ses bégonias, ses joubarbes, ses dahlias doubles, et qu'on osât dans une aussi riche demeure faire pousser des fleurs aussi communes que des anthémis et des cheveux de Vénus. Mme Verdurin sentait cette sourde opposition et était décidée, si elle faisait un long bail ou même achetait la Raspelière, à mettre comme condition le renvoi du jardinier, auquel la vieille propriétaire au contraire tenait extrêmement. Il l'avait servie pour rien dans des temps difficiles, l'adorait ; mais par ce morcellement bizarre de l'opinion des gens du peuple, où le mépris moral le plus profond s'enclave dans l'estime la plus passionnée, laquelle chevauche à son tour de vieilles rancunes inabolies, il disait souvent de Mme de Cambremer qui, en 70, dans un château qu'elle avait dans l'Est, surprise par l'invasion, avait dû souffrir pendant un mois le contact des Allemands : « Ce qu'on a beaucoup reproché à Madame la marquise, c'est, pendant la guerre, d'avoir pris le parti des Prussiens et de les avoir même logés chez elle. À un autre moment, j'aurais compris ; mais en temps de guerre, elle n'aurait pas dû. C'est pas bien. » De sorte qu'il lui était fidèle jusqu'à la mort, la vénérait pour sa bonté et accréditait qu'elle se fût rendue coupable de trahison. Sodome et Gomorrhe

My house's back garden is a complete mess, while the front yard, a small closed space, is a bit less of an embarassment, dandelions are everywhere, but here and there I have torn some morning glories. Yesterday, as I was waiting for an important visitor, I asked James to put some of the leaves scattered in the yard in biodegradable bags supplied by the town hall. The result is spectacular, an small air of order has infiltrated my floral arrangement. Will I regain the respect of my neighbors?

Furthermore, a herb garden was beginning to take the place, in front of the mansion, of the borders that were the pride not merely of the Cambremers but of their gardener. The latter, who regarded the Cambremers as his sole masters, and groaned beneath the yoke of the Verdurins, as though the place were under occupation for the moment by an invading army, went in secret to unburden his griefs to its dispossessed mistress, grew irate at the scorn that was heaped upon his araucarias, begonias, house-leeks, double dahlias, and at anyone’s daring in so grand a place to grow such common plants as camomile and maidenhair. Mme. Verdurin felt this silent opposition and had made up her mind, if she took a long lease of la Raspelière or even bought the place, to make one of her conditions the dismissal of the gardener, by whom his old mistress, on the contrary, set great store. He had worked for her without payment, when times were bad, he adored her; but by that odd multiformity of opinion which we find in the lower orders, among whom the most profound moral scorn is embedded in the most passionate admiration, which in turn overlaps old and undying grudges, he used often to say of Mme. de Cambremer who, in ‘70, in a house that she owned in the East of France, surprised by the invasion, had been obliged to endure for a month the contact of the Germans: “What many people can’t forgive Mme. la Marquise is that during the war she took the side of the Prussians and even had them to stay in her house. At any other time, I could understand it; but in war time, she ought not to have done it. It is not right.” So that he was faithful to her unto death, venerated her for her goodness, and firmly believed that she had been guilty of treason. Cities on the Plain
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