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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Choisir un prénom; Chosing a name

Publié le 6 Octobre 2014 par proust pour tous

Choisir un prénom; Chosing a name

Sainte Bathilde, (630-680, épouse de Clovis II, roi des Francs)

Si j'avais un enfant maintenant (pas question, je fais très attention), je me demande quel serait son prénom. Je suis déjà passée par les affres de la sélection, sélection d'autant plus ardue qu'elle devait satisfaire une oreille française (la mienne) et une américaine (le père présumé des enfants). Un compromis avait été trouvé: un garçon prénom américain, une fille prénom français. Tout ça pour accoucher de Gabrielle (qui a été déclarée plus d'une semaine après sa naissance, faute d'accord. Avec un deuxième prénom qui m'enchantait: France, et qui a permis à ,ma fille une fois au collège de faire rire ses camarades: pourquoi pas USA?); Alexander et James.

Depuis j'ai découvert Proust et j'aurais aimé rappeler par l'état civil de ma progéniture la passion littéraire de leur mère, allié à un nom synonyme de grandes qualités. Mais le choix, malgré le nombre important des personnages, n'est guère emballant d'autant que le seul personnage qui n'ait aucun défaut dans La Recherche c'est la grand-mère du narrateur (sa mère aussi mais on n'apprend pas son nom), et elle s'appelle Bathilde ! Je n'aurais pas osé comme une grande proustienne américaine que j'espère rencontrer un jour, utiliser un prénom nouvellement créé: Marcelita.

Quand ces tours de jardin de ma grand'mère avaient lieu après dîner, une chose avait le pouvoir de la faire rentrer : c'était, à un des moments où la révolution de sa promenade la ramenait périodiquement, comme un insecte, en face des lumières du petit salon où les liqueurs étaient servies sur la table à jeu – si ma grand'tante lui criait : « Bathilde ! viens donc empêcher ton mari de boire du cognac ! » Pour la taquiner, en effet (elle avait apporté dans la famille de mon père un esprit si différent que tout le monde la plaisantait et la tourmentait), comme les liqueurs étaient défendues à mon grand-père, ma grand'tante lui en faisait boire quelques gouttes. Ma pauvre grand'mère entrait, priait ardemment son mari de ne pas goûter au cognac ; il se fâchait, buvait tout de même sa gorgée, et ma grand'mère repartait, triste, découragée, souriante pourtant, car elle était si humble de coeur et si douce que sa tendresse pour les autres et le peu de cas qu'elle faisait de sa propre personne et de ses souffrances, se conciliaient dans son regard en un sourire où, contrairement à ce qu'on voit dans le visage de beaucoup d'humains, il n'y avait d'ironie que pour elle-même, et pour nous tous comme un baiser de ses yeux qui ne pouvaient voir ceux qu'elle chérissait sans les caresser passionnément du regard. Du côté de chez Swann

If I had a child these days (I am very careful at avoiding that), I wonder what name I would had chosen. I have already been through that, a particularly difficult selection with names able to satisfy a French ear (mine) and an American one (the presumed father). A compromise had been found: if it is a girl, a French name, a boy an American name. All that bargaining gave to the world Gabrielle (middle name France, that made laugh many of her friends in college: "why not USA"?), Alexander and James.

Since, I have discovered Proust and I would have loved on my offsprings' birth certificates to declare the litterary passion of their mother. But, in spite of the huge number of characters in the Proust's novel, the choice is not thrilling, all the more because I would have wanted a nice sounding name, but also the name of exemplary character. The only sinless one being the narrator's grand-mother (as the mother's name is not revealed): Bathilde! I would not have dared, as a great American Proustian (whom I will meet soon I hope), to create this charming name Marcelita.

When these walks of my grandmother’s took place after dinner there was one thing which never failed to bring her back to the house: that was if (at one of those points when the revolutions of her course brought her, moth-like, in sight of the lamp in the little parlour where the liqueurs were set out on the card-table) my great-aunt called out to her: “Bathilde! Come in and stop your husband from drinking brandy!” For, simply to tease her (she had brought so foreign a type of mind into my father’s family that everyone made a joke of it), my great-aunt used to make my grandfather, who was forbidden liqueurs, take just a few drops. My poor grandmother would come in and beg and implore her husband not to taste the brandy; and he would become annoyed and swallow his few drops all the same, and she would go out again sad and discouraged, but still smiling, for she was so humble and so sweet that her gentleness towards others, and her continual subordination of herself and of her own troubles, appeared on her face blended in a smile which, unlike those seen on the majority of human faces, had no trace in it of irony, save for herself, while for all of us kisses seemed to spring from her eyes, which could not look upon those she loved without yearning to bestow upon them passionate caresses. Swann's Way
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Multon 06/10/2014 11:50

Si c'était à refaire je choisirais Albertine!mais ce fut Charlotte que j'adore aussi.