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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Un proustien pas comme les autres; a Proustian of a different kind

Publié le 31 Mai 2014 par proust pour tous

Un proustien pas comme les autres; a Proustian of a different kind

Hier soir, séance filmage chez moi, autour d'un vin naturel (de chez Roujoublan). Sophie, amateur de Proust mais fan de Virginia Woolf (Nobody's perfec!t) assistait, et participait vivement, entre 2 prises, à la délicieuse conversation que j'avais (derrière ma piètre caméra) avec un proustien de grand cru, Claude Wittezaele (prononcé par lui-même vit-za-elle). Je mettrai la conversation sur le site aussitôt qu'elle sera montée sur YouTube. Or Claude m'assurait qu'il était presque gêné de dire en public qu'il voyait dans la recherche un livre mystique qui renforçait sa croyance, car il avait rencontré très peu de lecteurs de Proust qui partageaient son avis. C'est une des merveilles de cet ouvrage: CHACUN S'Y RETROUVE AU PLUS PROFOND! Je passe sur le guide culturel que Claude pourrait écrire sur toutes ses lectures, visites de musées, régions variées aux quatre coins du pays, et qu'il partagera peut-être avec nous: cet homme est une mine, un filon pas encore exploité.

Il [Bergotte] était mort. Mort à jamais ? Qui peut le dire ? Certes, les expériences spirites, pas plus que les dogmes religieux, n'apportent la preuve que l'âme subsiste. Ce qu'on peut dire, c'est que tout se passe dans notre vie comme si nous y entrions avec le faix d'obligations contractées dans une vie antérieure ; il n'y a aucune raison, dans nos conditions de vie sur cette terre, pour que nous nous croyions obligés à faire le bien, à être délicats, même à être polis, ni pour l'artiste cultivé à ce qu'il se croie obligé de recommencer vingt fois un morceau dont l'admiration qu'il excitera importera peu à son corps mangé par les vers, comme le pan de mur jaune que peignit avec tant de science et de raffinement un artiste à jamais inconnu, à peine identifié sous le nom de Ver Meer. Toutes ces obligations, qui n'ont pas leur sanction dans la vie présente, semblent appartenir à un monde différent, fondé sur la bonté, le scrupule, le sacrifice, un monde entièrement différent de celui-ci, et dont nous sortons pour naître à cette terre, avant peut-être d'y retourner revivre sous l'empire de ces lois inconnues auxquelles nous avons obéi parce que nous en portions l'enseignement en nous, sans savoir qui les y avait tracées – ces lois dont tout travail profond de l'intelligence nous rapproche et qui sont invisibles seulement – et encore ! – pour les sots. De sorte que l'idée que Bergotte n'était pas mort à jamais est sans invraisemblance.
On l'enterra, mais toute la nuit funèbre, aux vitrines éclairées, ses livres, disposés trois par trois, veillaient comme des anges aux ailes éployées et semblaient, pour celui qui n'était plus, le symbole de sa résurrection. La prisonnière

Last night, I was behind my bad movie camera with a glass of natural wine and Sophie -a Proust amateur but fan of Virginia Woolf (nobody's perfect!) to film a first class Proustian, Claude Wittezaele. It happens that Claude told me that he was embarassed to see in The Search a mystical book, that reinforced his beliefs. an opinion shared, in his experience, by very few other Proust's readers. I reassured him, because in that book, EVERYBODY FINDS ONESELF! Another great gift of Claude as a Proust follower would be a cultural guide of all the discoveries, visits of museums, of various régions, plays seen in theaters, books read, music listened, all inspired by Proust' book. That man is a mine and I hope that he will give us, on that site, all his traveling tips....

He [Bergotte] was dead. Permanently dead? Who shall say? Certainly our experiments in spiritualism prove no more than the dogmas of religion that the soul survives death. All that we can say is that everything is arranged in this life as though we entered it carrying the burden of obligations contracted in a former life; there is no reason inherent in the conditions of life on this earth that can make us consider ourselves obliged to do good, to be fastidious, to be polite even, nor make the talented artist consider himself obliged to begin over again a score of times a piece of work the admiration aroused by which will matter little to his body devoured by worms, like the patch of yellow wall painted with so much knowledge and skill by an artist who must for ever remain unknown and is barely identified under the name Vermeer. All these obligations which have not their sanction in our present life seem to belong to a different world, founded upon kindness, scrupulosity, self-sacrifice, a world entirely different from this, which we leave in order to be born into this world, before perhaps returning to the other to live once again beneath the sway of those unknown laws which we have obeyed because we bore their precepts in our hearts, knowing not whose hand had traced them there — those laws to which every profound work of the intellect brings us nearer and which are invisible only — and still! — to fools. So that the idea that Bergotte was not wholly and permanently dead is by no means improbable. They buried him, but all through the night of mourning, in the lighted windows, his books arranged three by three kept watch like angels with outspread wings and seemed, for him who was no more, the symbol of his resurrection. The Captive
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zaza 31/05/2014 11:52

Que Claude soit rassuré : je partage son expérience, la lecture de la "recherche" fut pour moi une révélation, au sens mystique du terme. Je t'ai raconté comment, cherchant dans ma mémoire le passage "Bouleversement de toute ma personne." je croyais qu'il s'agissait de "Joie, joie, joie, pleurs de joie." avant de réaliser ma méprise. Cela m'avait beaucoup troublée.