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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Où trouver la beauté? Where to find beauty?

Publié le 22 Février 2014 par proust pour tous

Où trouver la beauté? Where to find beauty?

Gaëtan Brulotte, un grand écrivain qui enseigne la littérature française en Floride, organise un colloque international sur la beauté, un sujet qui plait à tous, surtout aux Français dont la culture est empreinte d'esthétique. En lisant l'annonce j'ai pensé à un tableau que je trouve particulièrement beau malgré son modeste sujet: l'évier du peintre Lucian Freud.

Je restais maintenant volontiers à table pendant qu’on desservait, et si ce n’était pas un moment où les jeunes filles de la petite bande pouvaient passer, ce n’était plus uniquement du côté de la mer que je regardais. Depuis que j’en avais vu dans des aquarelles d’Elstir, je cherchais à retrouver dans la réalité, j’aimais comme quelque chose de poétique, le geste interrompu des couteaux encore de travers, la rondeur bombée d’une serviette défaite où le soleil intercale un morceau de velours jaune, le verre à demi vidé qui montre mieux ainsi le noble évasement de ses formes et au fond de son vitrage translucide et pareil à une condensation du jour, un reste de vin sombre, mais scintillant de lumières, le déplacement des volumes, la transmutation des liquides par l’éclairage, l’altération des prunes qui passent du vert au bleu et du bleu à l’or dans le compotier déjà à demi dépouillé, la promenade des chaises vieillottes qui deux fois par jour viennent s’installer autour de la nappe dressée sur la table ainsi que sur un autel où sont célébrées les fêtes de la gourmandise et sur laquelle au fond des huîtres quelques gouttes d’eau lustrale restent comme dans de petits bénitiers de pierre, j’essayais de trouver la beauté là où je ne m’étais jamais figuré qu’elle fût, dans les choses les plus usuelles, dans la vie profonde des «natures mortes». A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Gaëtan Brulotte, a geat writer who teaches French literature in Florida, is organizing a bilingual conference on Beauty, a topic loved by everybody, particularly the French, whose culture is dripping withe esthetics. As I was reading the add, I thought of a painting by Lucian Freud that I found really beautiful, in spite of its modest model, his sink.

I would now gladly remain at the table while it was being cleared, and, if it was not a moment at which the girls of the little band might be passing, it was no longer solely towards the sea that I would turn my eyes. Since I had seen such things depicted in water-colours by Elstir, I sought to find again in reality, I cherished, as though for their poetic beauty, the broken gestures of the knives still lying across one another, the swollen convexity of a discarded napkin upon which the sun would patch a scrap of yellow velvet, the half-empty glass which thus shewed to greater advantage the noble sweep of its curved sides, and, in the heart of its translucent crystal, clear as frozen daylight, a dreg of wine, dusky but sparkling with reflected lights, the displacement of solid objects, the transmutation of liquids by the effect of light and shade, the shifting colour of the plums which passed from green to blue and from blue to golden yellow in the half-plundered dish, the chairs, like a group of old ladies, that came twice daily to take their places round the white cloth spread on the table as on an altar at which were celebrated the rites of the palate, where in the hollows of oyster-shells a few drops of lustral water had gathered as in tiny holy water stoups of stone; I tried to find beauty there where I had never imagined before that it could exist, in the most ordinary things, in the profundities of ‘still life.’ Within a Budding Grove
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