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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Hasard et marketing; Chance and marketing

Publié le 23 Février 2014 par proust pour tous

Hasard et marketing; Chance and marketing

Librairie L'écume des pages à St Germain-des-Prés

Les sept leçons de Marcel Proust (voir "pages"), un livre d'extraits de la Recherche, que j'ai bien vendu avant les fêtes de fin d'année dans de nombreuses librairies a vu ses ventes s'écrouler aussitôt que les bouquins se sont retrouvés avec des myriades d'autres sur les étagères des magasins. Sauf chez quelques rares qui ont continué à les mettre en piles. En particulier dans la plus belle librairie que je connaisse à Paris: L'écume des pages, bd Saint-Germain, juste à côté du café de Flore.

Mais à Sceaux, en décembre, Jahida m'a dit un jour: "Pourquoi ne vends-tu pas ton livre à la Maison de la Presse, rue Houdan?. - parce que je le vends (mal) dans une très belle librairie voisine, Le roi Lire." Pourquoi pas? et une pile placée parmi d'autres sur le trajet des clients fort nombreux qui défilent toute la journée pour acheter leur journal. Et 85 livres vendus plus tard, je me suis dit (enfin): "essayons d'autres marchands de journaux". Et depuis, grâce au heureux hasard de Jahida et moi passant devant cette boutique au lieu de boire un verre de vin naturel et délicieux dans sa cave Roujoublan, de nombreux points de presse, parmi leurs journaux, présentent Proust, qui, de nouveau, part comme des petits pains. Si j'enseignais le marketing, j'insisterais sur le hasard, si j'enseignais la vie aussi.

Mais sans Swann je n’aurais pas connu même les Guermantes, puisque ma grand’mère n’eût pas retrouvé Mme de Villeparisis, moi fait la connaissance de Saint-Loup et de M. de Charlus, ce qui m’avait fait connaître la duchesse de Guermantes et par elle sa cousine, de sorte que ma présence même en ce moment chez le prince de Guermantes, où venait de me venir brusquement l’idée de mon oeuvre (ce qui faisait que je devrais à Swann non seulement la matière mais la décision), me venait aussi de Swann. Pédoncule un peu mince peut-être pour supporter ~ainsi l’étendue de toute ma vie. (Ce « côté de Guermantes » s’était trouvé, en ce sens, ainsi procéder du « côté de chez Swann ».) Mais bien souvent cet auteur des aspects de notre vie est quelqu’un de bien inférieur à Swann, est l’être le plus médiocre. N’eût-il pas suffi qu’un camarade quelconque m’indiquât quelque agréable fille à y posséder (que probablement je n’y aurais pas rencontrée) pour que je fusse allé à Balbec ? Souvent ainsi on rencontre plus tard un camarade déplaisant, on lui serre à peine la main, et pourtant, si jamais on y réfléchit, c’est d’une parole en l’air qu’il nous a dite, d’un « vous devriez venir à Balbec », que toute notre vie et notre oeuvre sont sorties. Nous ne lui en avons aucune reconnaissance, sans que cela soit faire preuve d’ingratitude. Car en disant ces mots, il n’a nullement pensé aux énormes conséquences qu’ils auraient pour nous. Le Temps retrouvé

The Seven Lessons of Marcel Proust (see "pages"), my book of Proust's exerpts, that had been selling well in many Paris bookstores, around Christmas, had its sale collapsed when instead of being put in display piles, the books were stored on the shops' shelves, among myriads of other titles. But in Sceaux, in December, Jahida told me one day: "Why don't you sell your book through Maison de la Presse, rue Houdan?. - because I sell it (not well) in a nearby beautiful bookstore" Why not? and a pile was placed near the cash register, where many customers come everyday to buy their newspapers. And 85 sold books later, I at last asked to myself "why not to try other newstands?" where they present the book, that sells like hot cakes. If I were teaching marketing, I would insist on the power of chance. If I were teaching life too...

But without Swann I should not even have known the Guermantes, since my grandmother would not have rediscovered Mme de Villeparisis, I should not have made the acquaintance of Saint-Loup and of M. de Charlus which in turn caused me to know the Duchesse de Guermantes and, through her, her cousin, so that my very presence at this moment at the Prince de Guermantes’ from which suddenly sprang the idea of my work (thus making me owe Swann not only the matter but the decision) also came to me from Swann, a rather flimsy pedestal to support the whole extension of my life. (In that sense, this Guermantes side derived from Swann’s side.) But very often the author of a determining course in our lives is a person much inferior to Swann, in fact, a completely indifferent individual. It would have sufficed for some schoolfellow or other to tell me about a girl it would be nice for me to meet at Balbec (where in all probability I should not have met her) to make me go there. So it often happens that later on one runs across a schoolfellow one does not like and shakes hands with him without realising that the whole subsequent course of one’s life and work has sprung from his chance remark: “You ought to come to Balbec.” We feel no gratitude toward him nor does that prove us ungrateful. For in uttering those words he in no wise foresaw the tremendous consequences they might entail for us. Time Regained
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