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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Des nouvelles du Japon; News from Japan

Publié le 4 Février 2014 par proust pour tous

Des nouvelles du Japon; News from Japan

Albert Marquet: Les Sables d'Olonne

Une lectrice de ce blog au Japon m'a écrit, suite à l'article sur Kawabata, et grâce à elle j'ai mieux compris la raison pour laquelle Gaëtan Brulotte était si épris des Belles endormies. J'ai aussi compris que dans mes références journalières à La Recherche, je ne m'étais pas assez appuyée sur l'évocation du sommeil, pourtant l'un des piliers qui permet à la mémoire ou la réminiscence de jouer son rôle.

De Chinami Nakamura (japomaise de 43ans),:

J'ai lu le sujet de Kawabata. C'est trés intéressant. Chez Kawabata, est une sorte de décadance comme le fruite mûr. Le sommeil égale la mort. La mort signifie simplement "aller au ciel" Cette image est douce, tendresse. Je me souviens <La prisonniére> J'adore la scéne le sommeile d'Albertine.

En fermant les yeux, en perdant la conscience, Albertine avait dépouillé, l’un après l’autre, ses différents caractères d’humanité qui m’avaient déçu depuis le jour où j’avais fait sa connaissance. Elle n’était plus animée que de la vie inconsciente des végétaux, des arbres, vie plus différente de la mienne, plus étrange, et qui cependant m’appartenait davantage. Son moi ne s’échappait pas à tous moments, comme quand nous causions, par les issues de la pensée inavouée et du regard. Elle avait rappelé à soi tout ce qui d’elle était au dehors ; elle s’était réfugiée, enclose, résumée, dans son corps. En le tenant sous mon regard, dans mes mains, j’avais cette impression de la posséder tout entière que je~n’avais pas quand elle était réveillée. Sa vie m’était soumise, exhalait vers moi son léger souffle. J’écoutais cette murmurante émanation mystérieuse, douce comme un zéphir marin, féerique comme ce clair de lune, qu’était son sommeil. Tant qu’il persistait, je pouvais rêver à elle, et pourtant la regarder, et quand ce sommeil devenait plus profond, la toucher, l’embrasser. Ce que j’éprouvais alors, c’était un amour devant quelque chose d’aussi pur, d’aussi immatériel dans sa sensibilité, d’aussi mystérieux que si j’avais été devant les créatures inanimées que sont les beautés de la nature. Et, en effet, dès qu’elle dormait un peu profondément, elle cessait seulement d’être la plante qu’elle avait été ; son sommeil, au bord duquel je rêvais, avec une fraîche volupté dont je ne me fusse jamais lassé et que j’eusse pu goûter indéfiniment, c’était pour moi tout un paysage. Son sommeil mettait à mes côtés quelque chose d’aussi calme, d’aussi sensuellement délicieux que ces nuits de pleine lune dans la baie de Balbec devenue douce comme un lac, où les branches bougent à peine,~où, étendu sur le sable, l’on écouterait sans fin se briser le reflux. En entrant dans la chambre, j’étais resté debout sur le seuil, n’osant pas faire de bruit, et je n’en entendais pas d’autre que celui de son haleine venant expirer sur ses lèvres, à intervalles intermittents et réguliers, comme un reflux, mais plus assoupi et plus doux. Et au moment où mon oreille recueillait ce bruit divin, il me semblait que c’était, condensée en lui, toute la personne, toute la vie de la charmante captive, étendue là sous mes yeux. Des voitures passaient bruyamment dans la rue, son front restait aussi immobile, aussi pur, son souffle aussi léger, réduit à la simple expiration de l’air nécessaire. Puis, voyant que son sommeil ne serait pas troublé, je m’avançais prudemment, je m’asseyais sur la chaise qui était à côté du lit, puis sur le lit même. J’ai passé de charmants soirs à causer, à jouer avec Albertine, mais jamais d’aussi doux que quand je la regardais dormir. Elle avait. beau avoir, en bavardant, en jouant aux cartes, ce naturel qu’une actrice n’eût pu imiter, c’était un ~naturel au deuxième degré que m’offrait son sommeil. Sa chevelure, descendue le long de son visage rose, était posée à côté d’elle sur le lit, et parfois une mèche, isolée et droite, donnait le même effet de perspective que ces arbres lunaires grêles et pâles qu’on aperçoit tout droits au fond des tableaux raphaëliques d’Elstir. Si les lèvres d’Albertine étaient closes, en revanche, de la façon dont j’étais placé, ses paupières paraissaient si peu jointes que j’aurais presque pu me demander si elle dormait vraiment. Tout de même, ces paupières abaissées mettaient dans son visage cette continuité parfaite que les yeux n’interrompaient pas. Il y a des êtres dont la face prend une beauté et une majesté inaccoutumées pour peu qu’ils n’aient plus de regard. Je mesurais des yeux Albertine étendue à mes pieds. Par instants, elle était parcourue d’une agitation légère et inexplicable, comme les feuillages qu’une brise inattendue convulse pendant quelques instants. Elle touchait à sa chevelure, puis, ne l’ayant pas fait comme elle le voulait, elle y portait la main encore par des mouvements si suivis, si volontaires, que j’étais convaincu qu’elle allait s’éveiller. Nullement ; elle redevenait calme dans le sommeil qu’elle n’avait pas quitté. Elle restait désormais immobile. Elle avait posé sa main sur sa poitrine en un abandon du bras si naïvement puéril que j’étais obligé, en la regardant, d’étouffer le sourire que par leur sérieux, leur innocence et leur grâce nous donnent les petits enfants. Moi qui connaissais plusieurs Albertine en une seule, il me semblait en voir bien d’autres encore reposer auprès de moi. Ses sourcils, arqués comme je ne les avais jamais vus, entouraient les globes de ses paupières comme un doux nid d’alcyon. Des races, des atavismes, des vices reposaient sur son visage. Chaque fois qu’elle déplaçait sa tête, elle créait une femme nouvelle, souvent insoupçonnée de moi. Il me semblait posséder non pas une, mais d’innombrables jeunes filles. Sa respiration, peu à peu plus profonde, soulevait maintenant régulièrement sa poitrine et, par-dessus elle, ses mains croisées, ses perles, déplacées d’une manière différente par le même mouvement, comme ces barques, ces chaînes d’amarre que fait osciller le mouvement du flot. Alors, sentant que son sommeil était dans son plein, que je ne me heurterais pas à des écueils de conscience recouverts maintenant par la pleine mer du sommeil profond, délibérément, je sautais sans bruit sur le lit, je me couchais au long d’elle, je prenais sa taille d’un de mes bras, je posais mes lèvres sur sa joue et sur son coeur ; puis, sur toutes les parties de son corps, posais ma seule main restée libre et qui était soulevée aussi, comme les perles, par la respiration d’Albertine ; moi-même, j’étais déplacé légèrement par son mouvement régulier : je m’étais embarqué sur le sommeil d’Albertine. La prisonnière

From Japan, a reader has understood what Gaetan Brulotte found in Kawabata's House of Sleeping Beauties, "a kind of decadence as a ripe fruit. Sleep equals Death, that means only "go to heavens". This image is sweet tenderness. I love in Proust the image of Albertine sleeping":

~~By shutting her eyes, by losing consciousness, Albertine had stripped off, one after another, the different human characters with which she had deceived me ever since the day when I had first made her acquaintance. She was animated now only by the unconscious life of vegetation, of trees, a life more different from my own, more alien, and yet one that belonged more to me. Her personality did not escape at every moment, as when we were talking, by the channels of her unacknowledged thoughts and of her gaze. She had called back into herself everything of her that lay outside, had taken refuge, enclosed, reabsorbed, in her body. In keeping her before my eyes, in my hands, I had that impression of possessing her altogether, which I never had when she was awake. Her life was submitted to me, exhaled towards me its gentle breath. I listened to this murmuring, mysterious emanation, soft as a breeze from the sea, fairylike as that moonlight which was her sleep. So long as it lasted, I was free to think about her and at the same time to look at her, and, when her sleep grew deeper, to touch, to kiss her. What I felt then was love in the presence of something as pure, as immaterial in its feelings, as mysterious, as if I had been in the presence of those inanimate creatures which are the beauties of nature. And indeed, as soon as her sleep became at all heavy, she ceased to be merely the plant that she had been; her sleep, on the margin of which I remained musing, with a fresh delight of which I never tired, but could have gone on enjoying indefinitely, was to me an undiscovered country. Her sleep brought within my reach something as calm, as sensually delicious as those nights of full moon on the bay of Balbec, turned quiet as a lake over which the branches barely stir, where stretched out upon the sand one could listen for hours on end to the waves breaking and receding. When I entered the room, I remained standing in the doorway, not venturing to make a sound, and hearing none but that of her breath rising to expire upon her lips at regular intervals, like the reflux of the sea, but drowsier and more gentle. And at the moment when my ear absorbed that divine sound, I felt that there was, condensed in it, the whole person, the whole life of the charming captive, outstretched there before my eyes. Carriages went rattling past in the street, her features remained as motionless, as pure, her breath as light, reduced to the simplest expulsion of the necessary quantity of air. Then, seeing that her sleep would not be disturbed, I advanced cautiously, sat down upon the chair that stood by the bedside, then upon the bed itself. I have spent charming evenings talking, playing games with Albertine. but never any so pleasant as when I was watching her sleep. Granted that she might have, as she chatted with me, or played cards, that spontaneity which no actress could have imitated, it was a spontaneity carried to the second degree that was offered me by her sleep. Her hair, falling all along her rosy face, was spread out beside her on the bed, and here and there a separate straight tress gave the same effect of perspective as those moonlit trees, lank and pale, which one sees standing erect and stiff in the backgrounds of Elstir’s Raphaelesque pictures. If Albertine’s lips were closed, her eyelids, on the other hand, seen from the point at which I was standing, seemed so loosely joined that I might almost have questioned whether she really was asleep. At the same time those drooping lids introduced into her face that perfect continuity, unbroken by any intrusion of eyes. There are people whose faces assume a quite unusual beauty and majesty the moment they cease to look out of their eyes. I measured with my own Albertine outstretched at my feet. Now and then a slight, unaccountable tremor ran through her body, as the leaves of a tree are shaken for a few moments by a sudden breath of wind. She would touch her hair, then, not having arranged it to her liking, would raise her hand to it again with motions so consecutive, so deliberate, that I was convinced that she was about to wake. Not at all, she grew calm again in the sleep from which she had not emerged. After this she lay without moving. She had laid her hand on her bosom with a sinking of the arm so artlessly childlike that I was obliged, as I gazed at her, to suppress the smile that is provoked in us by the solemnity, the innocence and the charm of little children. I, who was acquainted with many Albertines in one person, seemed now to see many more again, reposing by my side. Her eyebrows, arched as I had never seen them, enclosed the globes of her eyelids like a halcyon’s downy nest. Races, atavisms, vices reposed upon her face. Whenever she moved her head, she created a fresh woman, often one whose existence I had never suspected. I seemed to possess not one, but innumerable girls. Her breathing, as it became gradually deeper, was now regularly stirring her bosom and, through it, her folded hands, her pearls, displaced in a different way by the same movement, like the boats, the anchor chains that are set swaying by the movement of the tide. Then, feeling that the tide of her sleep was full, that I should not ground upon reefs of consciousness covered now by the high water of profound slumber, deliberately, I crept without a sound upon the bed, lay down by her side, clasped her waist in one arm, placed my lips upon her cheek and heart, then upon every part of her body in turn laid my free hand, which also was raised, like the pearls, by Albertine’s breathing; I myself was gently rocked by its regular motion: I had embarked upon the tide of Albertine’s sleep. The Captive
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