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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Réformer la France et les Français; Reform the French

Publié le 31 Janvier 2014 par proust pour tous

Le Français n'est pas souriant, et comme je le disais aux Américains qui s'en plaignaient, du temps encore récent où je vivais dans le Connecticut, le Français est comme une huître, il faut savoir l'ouvrir (tout en reconnaissant que l'on y trouve rarement une perle). Les Français doivent sourire plus, quoique par goût personnel et entraînement, j'adore les huîtres et ça m'excite de les ouvrir avec l'espoir du délice qui m'attend.

Mme de Villeparisis ajouta elle-même, quoique indirectement, une confirmation aux traits essentiels, déjà certains pour moi de la nature de son neveu, un jour où je les rencontrai tous deux dans un chemin si étroit qu’elle ne put faire autrement que de me présenter à lui [Saint-Loup . Il sembla ne pas entendre qu’on lui nommait quelqu’un, aucun muscle de son visage ne bougea; ses yeux où ne brilla pas la plus faible lueur de sympathie humaine, montrèrent seulement dans l’insensibilité, dans l’inanité du regard, une exagération à défaut de laquelle, rien ne les eût différenciés de miroirs sans vie. Puis fixant sur moi ces yeux durs comme s’il eût voulu se renseigner sur moi, avant de me rendre mon salut, par un brusque déclenchement qui sembla plutôt dû à un réflexe musculaire qu’à un acte de volonté, mettant entre lui et moi le plus grand intervalle possible, allongea le bras dans toute sa longueur, et me tendit la main, à distance. Je crus qu’il s’agissait au moins d’un duel, quand le lendemain il me fit passer sa carte. Mais il ne me parla que de littérature, déclara après une longue causerie qu’il avait une envie extrême de me voir plusieurs heures chaque jour. Il n’avait pas, durant cette visite, fait preuve seulement d’un goût très ardent pour les choses de l’esprit, il m’avait témoigné une sympathie qui allait fort peu avec le salut de la veille. Quand je le lui eus vu refaire chaque fois qu’on lui présentait quelqu’un, je compris que c’était une simple habitude mondaine particulière à une certaine partie de sa famille et à laquelle sa mère qui tenait à ce qu’il fût admirablement bien élevé, avait plié son corps; il faisait ces saluts-là sans y penser plus qu’à ses beaux vêtements, à ses beaux cheveux; c’était une chose dénuée de la signification morale que je lui avais donnée d’abord, une chose purement apprise A l'ombre des jeunes filles en fleurs

The French are not smily people, as I used to tell my American friends when I was still living in Connecticut,they are like oysters, you have to be able to open them, although it is rare to find a pearl in them. The French must smile more.

Mme. de Villeparisis herself confirmed, though indirectly, my diagnosis, which was already a conviction, of the essential points of her nephew’s [Saint Loup) character one day when I met them both coming along a path so narrow that there was nothing for it but to introduce me to him. He seemed not to hear that a person’s name was being repeated to him, not a muscle of his face moved; his eyes, in which there shone not the faintest gleam of human sympathy, shewed merely in the insensibility, in the inanity of their gaze an exaggeration failing which there would have been nothing to distinguish them from lifeless mirrors. Then fastening on me those hard eyes, as though he wished to make sure of me before returning my salute, by an abrupt release which seemed to be due rather to a reflex action of his muscles than to an exercise of will, keeping between himself and me the greatest possible interval, he stretched his arm out to its full extension and, at the end of it, offered me his hand. I supposed that it must mean, at the very least, a duel when, next day, he sent me his card. But he spoke to me only of literature, declared after a long talk that he would like immensely to spend several hours with me every day. He had not only, in this encounter, given proof of an ardent zest for the things of the spirit, he had shewn a regard for myself which was little in keeping with his greeting of me the day before. After I had seen him repeat the same process whenever anyone was introduced to him, I realised that it was simply a social usage peculiar to his branch of the family, to which his mother, who had seen to it that he should be perfectly brought up, had moulded his limbs; he went through those motions without thinking, any more than he thought about his beautiful clothes or hair; they were a thing devoid of the moral significance which I had at first ascribed to them, a thing purely acquired Within a Budding Grove

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